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Agriculture : les alternatives aux antibiotiques réprimées par l'Etat

Publié par wikistrike.com sur 13 Mai 2014, 12:45pm

Catégories : #Ecologie - conso - biodiversité - énergie

 

Agriculture : les alternatives aux antibiotiques réprimées par l'Etat

 

 

La note traduit une certaine réticence envers les produits à base de plantes évoquant leur « recrudescence ». Un peu gêné au téléphone, Jean-Pierre Orand reconnaît que le terme n'est pas forcément « approprié ». Cette note explique t-il, a été rédigée après la publication dans la presse professionnelle d'une étude expérimentale pour soigner les mammites - des inflammations des mamelles - avec des huiles essentielles. « Certains journaux ont relayé la recette. Or, les produits utilisés doivent avoir été contrôlés un minimum avant d'être administrés aux animaux. » C'est cette évaluation qui conditionne l'homologation des produits à base de plantes et leur autorisation de mise sur le marché. 

Résistance aux antibiotiques : les alertes de l'OMS 

L'agence du médicament vétérinaire se dit notamment préoccupée par les résidus laissés par les produits. « Ces renforcements réglementaires sont exigés pour la sécurité sanitaire du consommateur qui ne sait pas comment a été produit les aliments qu'il consomme », assure Jean-Pierre Orand. Entourée de ses brebis, Sandrine Lizaga ne décolère pas. « Les décoctions de thym ou les feuilles de noyer, ce n'est pas toxique pour les gens ! Va t-on considérer demain les soupes d'ortie comme des produits pharmaceutiques ? » Il y a selon elle un « deux poids, deux mesures » entre les paysans d'un côté, et les laboratoires de l'autre. « Les laboratoires ont obtenu la mention "zéro jour d'attente" pour les vermifuges. Ce qui signifie que l'on peut donner un vermifuge à une brebis et vendre son lait le jour-même. J'ai pourtant du mal à croire que les vermifuges ne laissent aucun résidu... » 

En écho à la colère de Sandrine, le rapport de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la résistance aux antibiotiques, publié le 30 avril, lance une inquiétante alerte : « La résistance aux antibiotiques - lorsque l'évolution des bactéries rend les antibiotiques inefficaces chez les personnes qui en ont besoin pour traiter une infection - est désormais une grave menace pour la santé publique », avertit l'OMS [1]« À moins que les nombreux acteurs concernés agissent d'urgence, de manière coordonnée, le monde s'achemine vers une ère postantibiotiques, où des infections courantes et des blessures mineures qui ont été soignées depuis des décennies pourraient à nouveau tuer », a déclaré le docteur Keiji Fukuda, sous-directeur général de l'OMS pour la sécurité sanitaire. Pourquoi, dans ce contexte, risquer de réprimer celles et ceux qui, à leur modeste échelle, tentent de modérer le recours aux antibiotiques ? 

Dans la Drôme, la Chambre d'agriculture a financé des formations avec des vétérinaires utilisant les plantes. « Les soins par les plantes relèvent d'usages ancestraux, c'est une richesse qui nécessite d'être transmise, souligne Jean-Louis Meurot, à la Confédération paysanne. Le recours aux médicaments faits par les firmes remonte seulement à l'après-guerre. » Mais entre ces éleveurs et l'agence nationale du médicament vétérinaire, la notion de « pratiques populaires » fait dissension. « Qu'est-ce qu'on entend par pratiques populaires ?, interroge Jean-Pierre Orand. Si ces éleveurs font référence à des médecines de décoctions comme il y avait au siècle dernier, les choses ont changé. Nous passons désormais par des autorisations administratives. » 

Main-mise de l'industrie pharmaceutique 

Or, aucun produit à base de plantes ne dispose aujourd'hui d'une autorisation de mise sur le marché. « Le vivant, multifonctionnel et interdépendant ne rentre pas dans ces critères administratifs », observe Philippe Labre. En pratique, les médecines naturelles n'auraient donc pas de place dans la réglementation. L'Agence nationale du médicament vétérinaire admet qu'aucun dossier de demande d'autorisation pour ces plantes n'a été reçu. « Il n'y a pas de retour sur investissement pour l'industriel », tente d'expliquer le directeur de l'agence qui rappelle que le coût d'un dossier pour obtenir l'autorisation de commercialiser un médicament avoisine les 25 000 euros. 
Un décret est néanmoins en cours d'examen pour baisser la taxe des médicaments à base de plantes. Un groupe de réflexion sur la phytothérapie vétérinaire a par ailleurs été créé au sein de l'agence. 

Le vétérinaire Philippe Labre, lui, n'en démord pas. « Les pouvoirs publics favorisent et renforcent le monopole des médicaments industriels prescrits par les professionnels médicaux. » « Obtenir une autorisation demeure hors de portée pour un producteur de plantes et même pour un petit laboratoire de phytothérapie, confirme Thierry Thévenin du Syndicat des Simples, qui regroupe les « producteurs cueilleurs » de plantes médicinales. Jean-Louis Meurot, fervent partisan de l'automédication, y voit « la défense des intérêts des industries pharmaceutiques et de la corporation des vétérinaires qui défend becs et ongles le monopole de la prescription ». 

Lutte contre les antibiotiques : contradiction gouvernementale 

La mise en œuvre de ces règlements intervient alors que le ministère de l'Agriculture a mis en place le Plan Ecoantibio, dont l'objectif est de diminuer de 25 % en cinq ans (2012-2017) l'utilisation des antibiotiques en élevage. « Je fais des décoctions de feuilles de noyer, riches en tanin, connus pour être des antiparasitaires efficaces,illustre Sandrine Lizaga. Ces utilisations ponctuelles dans l'année permettent de réduire par quatre le traitement antiparasitaire. » Soit l'objectif visé par le ministère.« Toutes ces décoctions permettent de réguler le parasitisme, poursuit Sandrine. L'éleveur accompagne l'animal dans son équilibre physiologique. A l'inverse, le traitement chimique détruit le parasite et la flore des animaux qui devient encore plus fragile dans la recrudescence des parasites. » 
L'attitude du ministère de l'Agriculture n'est-elle pas contradictoire en la matière ? Le ministre Stéphane Le Foll, pourtant chantre de l'agro-écologie, joue la prudence dans ce dossier. « Ce n'est pas parce qu'une matière active est naturelle qu'elle ne peut pas avoir de conséquences sur la santé. Donc, il faut qu'on soit extrêmement précautionneux et qu'il n'y ait pas de réglementation différenciée entre les produits chimiques et les matières actives » d'origine naturelle, explique-t-il à l'AFP. 

« J'invite les consommateurs à venir me voir » 

Suite à ce rappel réglementaire, Sandrine Lizaga n'a finalement pas été sanctionnée par la DDPP. « Ils ont reconnu que l'utilisation de plantes ne constituait pas le même risque que le recours à des médicaments frauduleux. » Elle redoute néanmoins que d'autres DDPP, dans d'autres départements, appliquent la réglementation de manière plus stricte. Certains éleveurs ont recommandé à Sandrine de continuer à soigner ses animaux avec les plantes, mais en restant discrète sur ses pratiques.« Cette solution ne me convient pas car je veux être transparente. Mes consommateurs savent comment je travaille, je les invite même à venir me voir. » 

Ces derniers mois, Sandrine s'est investie dans la création du collectif Plantes libres composé de plusieurs associations et syndicats [2]. « Il s'agit de défendre les droits des agriculteurs et des éleveurs et de tout un chacun à pouvoir utiliser librement les plantes selon des savoirs ancestraux et populaires » ont rappelé les organisateurs, lors de la première réunion d'information le 4 avril. Plusieurs caravanes de défense de l'agro-écologie paysanne parties d'Aquitaine et de Rhône-Alpes ont fait route sur Paris entre le 8 et le 12 mai. Elles entendent dénoncer le contenu du projet de 
Loi d'avenir agricole, examiné en deuxième lecture à l'Assemblée nationale d'ici fin mai, qui « ne permet pas aux éleveurs de privilégier l'homéopathie ou la phytothérapie plutôt que le tout antibiotique »« Il y va de l'autonomie de chacun, d'un environnement non pollué, de la santé de tous » conclut l'appel

 

http://www.bastamag.net/Soins-des-animaux-par-les-plantes

 

 

 

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