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Le viticulteur bio qui avait refusé de traiter ses vignes relaxé en appel

Publié par wikistrike.com sur 6 Décembre 2014, 09:46am

Catégories : #Social - Société, #Ecologie - conso - biodiversité - énergie

Le viticulteur bio qui avait refusé de traiter ses vignes relaxé en appel
Emmanuel Giboulot, viticulteur bio-dynamique de Côte-d'Or, condamné en première instance à une amende pour avoir refusé de traiter ses vignes contre la flavescence dorée, a été relaxé ce jeudi par la cour d'appel de Dijon. En février dernier, l'Humanité avait rencontré le vigneron, chez lui en Bourgogne.

"C'est une victoire de la mobilisation citoyenne, c'est être lanceur d'alerte", a déclaré à l'issue du prononcé de l'arrêt de la cour, Emmanuel Giboulot, acclamé par son comité de soutien.

Emmanuel Giboulot qui pratique la biodynamie depuis les années 1970 sur ses parcelles, avait été condamné en avril par le tribunal correctionnel de Dijon à une amende de 1.000 euros, dont la moitié avec sursis, pour avoir refusé en 2013 d'appliquer les traitements imposés par arrêté préfectoral dans l'ensemble des vignobles de Côte-d'Or contre la flavescence dorée, une maladie mortelle de la vigne. "Il ne s'agit pas de ne rien faire mais d'avoir une action responsable avec la détection et l'arrachage des pieds malades et d'appliquer des traitements uniquement quand il y a véritablement danger, en cernant davantage les zones de traitement", a précisé le viticulteur. La profession, y compris la filière bio, s'était désolidarisée du vigneron.

Relaxe du viticulteur bio Emmanuel Giboulot : EELV se réjouit de cette décision de justice

  • Notre rencontre avec Emmanuel Giboulot, en février 2014 :

En quelques semaines, son histoire a fait le tour de France. C’était en novembre dernier. Emmanuel Giboulot, vigneron en Bourgogne, éleveur de côtes-de-beaune et de hautes-côtes-de-nuits, bio-dynamiste résolu et catéchumène d’une viticulture apurée de toute chimie, se faisait rappeler à l’ordre, juridiquement s’entend, pour avoir refusé de traiter ses parcelles contre la flavescence dorée alors qu’un plan de lutte préfectoral le lui ordonnait. Il est convoqué aujourd’hui, 24 février, au tribunal correctionnel de Dijon. Le procureur doit lui signifier si oui ou non il écopera d’une pénalité. L’affaire n’est pas légère – dans l’absolu, il encourt jusqu’à six mois de prison et 30 000 euros d’amende. Pas plus qu’elle n’est simple à trancher, quand elle confronte convictions personnelles et décisions collectives, grise l’opinion publique et fait bouillir la région des grands crus depuis cet automne qu’elle a pris du champ médiatique.

Mais s’il faut repartir du début, Emmanuel Giboulot fait remonter sa genèse à 2011. « Cette année-là, un foyer de flavescence dorée est identifié en Saône-et-Loire, sur la commune de Plottes, au niveau de Tournus », entame le viticulteur. Assis à une table de Formica bleu pâle sur laquelle traîne un calendrier lunaire, dans la sale dépouillée qui surplombe sa cave et sert de cuisine collective lors des vendanges, il raconte lentement, attaché aux détails comme à autant d’indices garants de sa raison. Pour saisir celui-ci, il faut avoir la carte de la Bourgogne en tête. Côté sud, la Saône-et-Loire, donc, qui enveloppe Plottes et le Mâconnais. Côté nord, la Côte-d’Or, laquelle enrobe Beaune et ses fameux vignobles, où sont plantés ceux d’Emmanuel Giboulot. Soixante kilomètres environ les séparent.

Tout en préparant le café, il poursuit. « Branle-le-bas de combat dans le département… » Dix-neuf communes sont placées dans le périmètre de lutte obligatoire. Insuffisante, l’opération est renouvelée en 2012 et met la région en alerte. La flavescence dorée n’a rien de bénin. Phytoplasme (1) véhiculé par un insecte portant le doux nom de cicadelle, elle peut vous réduire une vigne à néant en moins de trois années. Tout droit débarquée d’Amérique du Nord voilà une poignée de décennies, encore imparfaitement comprise, ses symptômes rappellent ceux du bois noir, autre fléau des vignes, qui en rouille pareillement les feuilles et en flétrit les grappes. Une solution est communément admise pour l’endiguer après qu’elle s’est infiltrée sur une terre : détruire les larves de cicadelles par traitement pesticide, arracher les pieds contaminés, voire détruire les parcelles, dès lors que celles-ci sont touchées à plus de 20 %. Des mesures, quoi qu’il en soit, collectives, prises par arrêté préfectoral, sur conseils et avis d’organismes publics et professionnels.

En 2013, les autorités réitèrent l’ordre de recourir à trois traitements en Saône-et-Loire, où douze hectares de vignes devront au final être détruits. Elle commande, en sus, un traitement à titre préventif sur la quasi-totalité de la Côte-d’Or. L’arrêté tombe le 7 juin. C’est lui qui cristallisera toute l’histoire, alors qu’aucune flavescence n’a, à ce moment-là, été repérée dans le département. « Cela nous paraissait complètement incongru », reprend Emmanuel Giboulot. Par nous, il entend lui et un nombre indéterminé d’exploitants, qui exprimeront leur scepticisme lors de réunions préalables à la décision. « Détruire une population de cicadelles non porteuse de la flavescence peut créer une sorte d’appel d’air susceptible de favoriser la circulation de cicadelles qui, elles, seront atteintes », avance-t-il pour argument. Surtout, « les pesticides utilisés détruisent des insectes auxiliaires, dérégulant l’équilibre auquel nous veillons dans nos sols ».

Certes, il en existe un, autorisé en agriculture biologique : le Pyrevert. Pas non plus une bonne solution : neurotoxique avéré, il n’est pas plus sélectif que les conventionnels. Pour Emmanuel Giboulot, la décision est prise, il ne traitera pas. Il ne sera pas le seul à faire ce choix, assure-t-il, estimant à vue de nez que 25 % de la population vigneronne, bio ou non, a suivi le même raisonnement. Il sera le seul, en revanche, à se faire épingler, lors d’un contrôle sur son exploitation, opéré le 30 juillet.

Alors qu’il est convoqué une première fois en novembre, son audience sera reportée en décembre, puis finalement à aujourd’hui. ONG, association ou personnalités… un large comité de soutien s’est développé autour de lui, et appelle à manifester ce matin devant le tribunal de Dijon.

Reste que l’affaire divise fermement les viticulteurs bourguignons, dont beaucoup ne comprennent toujours pas son refus patenté d’intégrer un dispositif de lutte admis, si ce n’est revendiqué, par une majorité d’entre eux. « Son choix nous met tous en danger », relève ainsi une exploitante voisine. « La décision de traiter s’est prise à la majorité, et impliquait que tout le monde la suive pour être efficace », note, dans la même veine, Jean-Marc Aubinel, président de la Confédération des appellations et des vignerons de Bourgogne (CAVB), laquelle avait donné son feu vert à la préfecture. « Elle s’est prise dans l’urgence, la méconnaissance et la transmission de la peur », rétorque Emmanuel Giboulot, estimant qu’elle « témoigne de l’incapacité à entendre des voix discordantes ».

Urgence ? Jean-Marc Aubinel, l’admet. « Nous n’avions pas de photographie précise de la situation en Côte-d’Or. Par précaution, nous avons décidé de frapper fort un grand coup, au risque de dégâts collatéraux. » Depuis, 100 % des parcelles ont été inspectées, qui ont révélé quelques cas isolés de flavescence, mais aucune « explosion », comme le stipulait l’arrêté préfectoral. La CAVB y voit la preuve que le traitement préventif a fonctionné, Emmanuel Giboulot celle qu’il n’était pas nécessaire. Avec un débouché positif à l’histoire : un collectif de vignerons s’est créé qui rassemble aujourd’hui une centaine de domaines de la région, bio ou pas, pour « comprendre et agir » communément contre la flavescence dorée.

 

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