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Les sponsors occidentaux de l’Etat Islamique

Publié par wikistrike.com sur 2 Janvier 2015, 10:38am

Catégories : #Religion - pensées, #Politique internationale

Les sponsors occidentaux de l’Etat Islamique

De nombreux articles sont parus dans les médias indépendants depuis la naissance de l’Etat Islamique, aussi appelé Daesh ou ISIS, pour pointer le rôle ambivalent joué par certaines pays occidentaux mais aussi par des acteurs régionaux, dans l’émergence et la montée en puissance de ce mouvement armé fondamentaliste. Si les USA se sont finalement décidés à intervenir au mois d’août 2014 pour contrer l’avancée des djihadistes vers la capitale irakienne Bagdad, leur engagement s’est limité jusqu’à maintenant à des frappes aériennes et à la constitution d’une coalition internationale sensée légitimer leur action. Sur la quarantaine de pays engagés aux côtés de Washington, seuls la France, le Royaume-Uni, la Jordanie et Israël ont mené des opérations de frappes aériennes et il n’est pas prévu d’envoyer des troupes au sol. Les autres pays européens comme l’Allemagne, l’Italie, la Pologne ou le Danemark se sont simplement engagés à livrer du matériel militaire léger à l’état Irakien ou aux combattants kurdes. Le Canada a approuvé le déploiement de conseillers militaires auprès des forces du kurdistan irakien. Les autres pays engagés officiellement dans cette coalition se sont restreints à un volet humanitaire, c’est le cas par exemple des pays arabes comme le Koweit, l’Arabie Saoudite ou encore la Turquie.

La réticence des états-unis et de leurs alliés à s’engager dans des actions militaires concrètes contre l’Etat Islamique s’explique en grande partie par le fait que les djihadistes visés aujourd’hui par la coalition internationale sont les mêmes qui ont été armés, soutenus et financés lorsqu’ils se trouvaient en territoire syrien dans l’objectif de renverser le gouvernement de Bachar Al-Assad.

 

Aujourd’hui encore, alors que les états-unis et leurs alliés mènent des opérations aériennes pour stopper la progression des djihadistes en Irak, l’ambivalence du bloc américano-occidental à leur égard se traduit sur le terrain par des actions de soutien ouvertes, notamment en territoire syrien, mais aussi en Irak. Ces mêmes groupes fondamentalistes que la coalition prétend combattre restent les alliés des objectifs opérationnels de la coalition emmenée par les états-unis dans leur projet de remodelage géopolitique de la région.

Le plan de remodelage du moyen orient

L’initiative de « grand moyen orient » a été officiellement dévoilée par Georges W Bush en 2003 peu avant l’invasion de l’Irak. Ce plan, initialement conçu par les israéliens et connu sous le titre « Une stratégie pour Israël dans la décennie 1980 » lors de sa première publication en 1982 dans la revue de l’Organisation sioniste mondiale Kivunim, prévoyait le redécoupage des états arabes sous une forme ethnico-religieuse, de manière à garantir la sécurité et la pérennité de l’état juif et à solutionner le problème posé par la présence palestinienne. Ce plan prévoyait notamment le redécoupage de la Syrie en trois états, druze, alaouite et sunnite, de l’Irak, sunnite, kurde et chiite, mais aussi de la Jordanie dont une partie devait être réservée aux palestiniens… Cette théorie a été reprise par les cercles néoconservateurs états-uniens et a donné naissance au projet de « grand moyen orient » de Georges W Bush. Elle constitue une balkanisation des états existants, et présente donc l’avantage de créer des états faibles, sous protectorat de l’hyperpuissance américaine et donc aisément contrôlables, sur le modèle du Koweït ou du Qatar. En 2006, la revue militaire américaine Armed Forces Journal publia une carte de ce redécoupage :

On peut ainsi remarquer que les territoires conquis par l’Etat Islamique en Irak coïncident avec le projet américain de créer un état sunnite dans le nord du pays. L’entrée en guerre des états-unis et le début des frappes aériennes coïncidait également avec l’avancée des djihadistes sur Bagdad et répondait au risque de la chute de la capitale irakienne et d’une percée de l’Etat Islamique dans le sud du pays. On comprend donc que la stratégie américaine de frappes ciblées ne vise absolument pas à détruire l’Etat Islamique mais uniquement à le contenir dans les frontières qui lui ont été impartis dans le projet des néoconservateurs de redécoupage du moyen orient.

La lutte officielle contre la « menace terroriste » et la barbarie masque en réalité la nécessité de contrôler et d’encadrer son expansion en territoire irakien. Du côté syrien, l’Etat Islamique sert les intérêts géostratégiques des états-unis et de leurs alliés dans le projet de remodelage de la Syrie et les oblige ainsi à jouer en permanence un double jeu schizophrénique.

Le double jeu des états-unis et d’Israël

De nombreuses sources ont fait état de livraisons d’armes américaines tombées « accidentellement » entre les mains des combattants de l’Etat Islamique.  Ce fut notamment le cas en octobre à Kobani en Syrie et à Jaloula en Irak selon le député irakien Sattar Ghanam. Trois convois d’armement ont été largués aux combattants islamistes assiégés par un avion militaire de la coalition.  A Kobani où les combattants de daesh faisaient face à la résistance des milices kurdes début octobre, les avions US avaient déjà largué « par erreur » selon les dires du Pentagone, une cargaison d’armes, de médicaments et de vivres contenant notamment des roquettes RPG.

Dimanche 28 janvier, une commission du parlement irakien a émis une déclaration accusant les états-unis de soutenir l’Etat Islamique. Les parlementaires accusent l’armée américaine de fournir des armes aux djihadistes. Cités par l’agence russe RIA Novosti, ils ont affirmé :

« Ce n’est pas la première fois que l’aviation américaine largue des armes et des provisions aux membres de l’Etat islamique: c’était le cas à Tal Afar, puis à Sinjar et maintenant près de la ville de Balad. Et les justifications des Etats-Unis, qui affirment que ce sont des erreurs, ne nous tromperont plus », a déclaré le député Awad Al-Awadi. »

Le maire de la ville de Balad a également déclaré qu’un hélicoptère US Apache avait largué des armes aux terroristes bloqués dans le village d’Al-Khudaïr.

Du côté syrien, les USA continuent à fournir des armes aux rebelles dits « modérés ». Cependant, là aussi, elles se retrouvent bien souvent entre les mains de groupes djihadistes fanatiques, comme le front Al-Nusra, la branche syrienne d’Al-Qaïda. Selon le média en ligne New Eastern Outlook, le dernier épisode en date concerne des missiles antichar TOW qui avaient été fournis aux factions rebelles syriennes d’Harakat Hazm contrôlées par la CIA en mai.Cependant, une vidéo postée par Al -Nusra montre l’utilisation de ces armes pour attaquer des bases militaires syriennes. Les deux groupes ont en effet fusionné et combattent conjointement l’armée syrienne dans la région d’Alep. L’hypothèse selon laquelle le front Al-Nusra se serait « emparé de force » des missiles ne semble donc pas crédible, d’autant plus qu’une vidéo montrant un milicien les utiliser suggère qu’il a bénéficié d’une formation sur leur maniement…

Il faut ajouter à cette aide militaire directe, la campagne de bombardements aériens qui sous couvert de lutter officiellement contre les sources de financement de l’Etat Islamique a visé essentiellement les infrastructures pétrolières syriennes comme les pipeline ou les raffineries, qui ne sont pas utilisés par les djihadistes, comme le rapportait la journaliste Maram Susli, qui utilisent des camions afin d’acheminer leur pétrole en Turquie pour le revendre sur le marché noir. Ces bombardements ont ainsi pour but de détruire les infrastructures énergétiques syriennes afin d’affaiblir l’économie et le régime syrien mais aussi d’éliminer un concurrent régional pour les supplétifs des états-unis comme l’Arabie Saoudite ou le Qatar.

Israël poursuit le même double jeu que son allié historique, d’abord en continuant à former et soutenir les djihadistes sur le territoire syrien. Ainsi, les observateurs de l’ONU sur le plateau du Golan, frontalier avec la Syrie, ont témoigné de l’assistance que fournissait l’état hébreux aux combattants islamistes du front Jabhat al-Nusra, affilié à Al-Qaïda, selon un rapport remis à l’ONU. Ce même rapport fait état de contacts directs et de remise de matériel par l’armée israélienne. Selon d’autre sources citées par AlManar, les forces israéliennes auraient mis en place un hôpital de fortune en mars 2013 pour soigner des blessés de la rébellion, et transféré d’autres à des hôpitaux au nord de Tel-Aviv.

L’aviation israélienne poursuit également des cibles militaires syriennes sous le couvert de la coalition internationale et de la lutte contre l’Etat Islamique. Selon la télévision syrienne elle a pilonné début décembre la zone de l’aéroport de Damas ainsi que l’aérodrome de la ville de Dima, alors qu’aucunes forces djihadistes n’y avaient été signalées. Selon la radio internationale iranienne IRIB, l’aviation israélienne aurait visé les systèmes anti-missile syrien S300 près de l’aéroport de Damas. Le régime syrien a logiquement déclaré que « Tel Aviv et ses alliés occidentaux aident les groupes miliciens d’al-Qaeda opérant à l’intérieur de la Syrie ».

Enfin, selon le site israélien Debkafile, l’état hébreux continue à soutenir et à former des groupes djihadistes. Dans un article du 17 décembre, le site affirme que la milice de rebelles syriens les brigades Al Yarmouk Shuhada, formée et entraînée par des officiers US et des experts de la CIA en Jordanie et soutenue par l’armée israélienne a abandonnée ses sponsors et a rejoint l’Etat Islamique en Irak et en Syrie. Il s’agissait d’une force de 2000 hommes opérant le long de la frontière israélo-syrienne et contrôlant également des portions de la frontière jordanienne. Selon Debkafile :

« Le ralliement des bridages au camp djihadiste radical avait été négocié les deux semaines précédentes par son commandant Mousab Ali Qarfan, aussi connu sous le nom de Mousab Zaytouneh. Il était en contact direct avec le chef d’ISIS Abu Baqr Al-Baghdadi qui, selon nos sources, a récemment relocalisé son quartier général de l’Irark à al-Raqqa au nord de la Syrie. »

On peut ainsi se demander comment une défection d’une telle ampleur peut survenir de manière « inattendue » et si elle ne constitue pas une précaution opérationnelle permettant de masquer un soutien tactique et opérationnel à ISIS…

 

Le rôle de la Turquie

 

Au mois de novembre un député turc du Parti Républicain du Peuple, révélait également qu’un cargo d’armes américain à destination des combattants de l’Etat Islamique avait accosté au port d’Iskanderun en Turquie. La Turquie sert de base arrière et de porte d’entrée aux combattants étrangers comme l’avait montré l’enquête de la chaîne de télévision M6 intitulée « Jeunes, français et djihadistes, les nouvelles recrues de l’état islamique » diffusée en novembre et qui remontait les filières de recrutement françaises jusqu’à la frontière turco-syrienne. Selon le journal suisse Le Temps, les autorités turques auraient laissé passer environ 10 000 djihadistes en Syrie et en Irak, un camp d’entraînement aurait également été mis à disposition des combattants et les hôpitaux turques prendraient en charge des blessés. Lors de la bataille pour le contrôle de la ville frontière kurde de Kobani en octrobre, les autorités d’Ankara ont refusé d’apporter leur soutien logistique aux Peshmergas kurdes en autorisant notamment la création d’un corridor sur leur territoire destiné à acheminer des armes et des combattants et ont relancé l’offensive contre les bases militaires du PKK sur leur territoire.

Selon le journaliste Christian Chesnot citant une source diplomatique sur son blog Quai d’Orient :

« Des éléments de l’Etat islamique se font soigner dans les hôpitaux turcs. Les djihadistes passent la frontière pour se reposer et tenir des réunions en territoire turc alors que les services de renseignement turc sont parfaitement au courant. »

Ces informations ont été confirmées par le journaliste du Washington Times Daniel Pipes, citant différents médias turques :

« Des Kurdes, des experts universitaires et l’opposition syrienne s’accordent à dire que des Syriens, des Turcs (qu’on estime à 3000) et des combattants étrangers (particulièrement des Saoudiens mais aussi un nombre important d’Occidentaux) ont traversé la frontière turco-syrienne à leur guise, souvent pour rejoindre l’EIIL. Ce que le journaliste turc Kadri Gursel appelle une « autoroute djihadiste à deux sens » n’est pas gêné par des contrôles frontaliers et inclut parfois l’aide active des services de renseignement turcs. »

Une photo parue dans le quotidien turc HurrietDailyNews le 13 juin 2014 montre notamment un commandant de l’EI, Abu Muhammad, recevant des soins à l’hôpital d’état de Hatay.

Le commandant de l’EI Abu Muhammad recevant des soins à l’hôpital turc de Hatay

Selon Daniel Pipes, les turques ont également apporté un soutien logistique, des armes, et ont entraîné les combattants de l’EI. Des militaire en service auraient notamment entraîné des djihadistes. Un opposant politique avance le chiffre d’un financement à hauteur de 800 millions de dollars. Il n’est donc pas étonnant que les bastions de l’EIIL en Syrie soient situés le long de la frontière turque.

En juin 2014, l’AFP relayait des informations parues dans la presse turque révélant l’existence d’une circulaire du ministre de l’intérieur Muammer Güler recommandant d’offrir hébergement et assistance aux combattants du front al-Nosra.

Ainsi il a fallu attendre le 02 octobre pour que la Turquie autorise sous la pression insistante de Washington l’utilisation de ses bases militaires par la coalition internationale, officiellement à des fins « humanitaires ». Elle a cependant refusé tout engagement direct dans le conflit en posant comme condition la mise en place d’une zone tampon le long de sa frontière avec la Syrie ainsi que d’une zone d’exclusion aérienne de même que l’entraînement et l’armement des rebelles dits « modérés ». Lorsqu’on sait que la majeure partie de ces mêmes rebelles « modérés » précédemment formés et armés par le bloc américano-occidental ont rallié en masse les rangs de l’Etat Islamique, il devient évident que la Turquie ne souhaite absolument pas s’engager dans une lutte contre des djihadistes qu’elle continue de soutenir largement dans le but de renverser le gouvernement de Bachar Al-Assad et de dépecer la Syrie à son profit. Elle poursuit en cela ses buts géostratégiques propres à l’instar des USA et d’Israël, qui sont engagés dans une lutte factice contre les djihadistes fondamentalistes qu’ils continuent par ailleurs à soutenir afin de réaliser de manière indirecte leur plan de remodelage du moyen orient.

Au vu des éléments de preuve de ce double jeu développés ici et librement accessibles dans la presse régionale ou internationale, on peut légitimement se demander quel est le rôle joué par les pays membres de la coalition internationale dans ce jeu de dupe et leur intérêt géostratégique, notamment en ce qui concerne la France qui fut depuis 1945 l’allié traditionnel de la Syrie jusqu’au retournement de sa politique étrangère sous Nicolas Sarkozy et son alignement sur les états-unis…

 

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