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Après le cancer, le glyphosate impliqué dans la résistance aux antibiotiques

Publié par wikistrike.com sur 26 Mars 2015, 07:28am

Catégories : #Santé - psychologie

Après le cancer, le glyphosate impliqué dans la résistance aux antibiotiques

Ce n'est décidément pas la bonne semaine pour le glyphosate, l'agent actif du Roundup et d'autres herbicides. Vendredi dernier, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) annonçait qu'elle classait le glyphosate, l'herbicide le plus utilisé dans le monde, dans la catégorie des produits « probablement cancérigène pour les humains ». 

Ce produit chimique vient d'encaisser un second coup. Une étude publiée aujourd'hui dans le journal de la Société états-unienne de microbiologie, mBio, fait le lien entre le glyphosate et deux autres herbicides largement utilisés - le 2-4 D et le Dicamba - et un des problèmes sanitaires les aigus de notre, la résistance aux antibiotiques. 

Cette étude montre que lorsque les bactéries sont exposées à ces herbicides sous leurs formes commerciales, elles changent de mode de réponse à un certain nombre d'antibiotiques, notamment l'ampicilline, la ciprofloxacine et la tétracycline, médicaments largement utilisés pour traiter un large éventail de maladies mortelles. 

Le Dicamba, le 2-4 D et le glyphosate sont utilisés depuis des décennies, alors comment se fait-il que leurs effets de résistance antibactérienne n'aient jamais été étudiés auparavant ? Comme l'explique Jack Heinemann, professeur de génétique à l'Université de Canterbury en Nouvelle Zélande, lorsque les pesticides sont testés pour des effets néfastes, « on se concentre sur la toxicité mortelle ». En d'autres termes, quelle quantité de produit faut-il pour tuer un organisme ? 

Heineman poursuit :

« Ce qui fait que notre étude est différente, c'est qu'elle s'est penchée sur les effets non mortels. Les effets que nous observons nécessitent que la bactérie reste vivante ».

Des études précédentes menées par d'autres chercheurs ont révélé que des substances chimiques similaires au Dicamba et au 2-4 D peuvent provoquer une résistance aux antibiotiques. C'est pour cela que Heineman et ses collègues ont décidé d'étudier si ces herbicides pouvaient produire des effets semblables. Ils inclurent dans leur étude le glyphosate, car il est chimiquement différent des deux autres. Mais à leur grande surprise, le glyphosate provoquait aussi une certaine résistance aux antibiotiques. 

Pour Heineman, c'est parce que les herbicides ne sont pas « supertoxiques » pour les bactéries qui servaient de tests à l'étude - E. coli et Salmonella - et qu'elles ne sont pas tuées directement avec les niveaux utilisés habituellement pour tuer les « mauvaises » herbes. Les bactéries restent en vie, tout en activant une protéine d'expulsion pour se débarrasser des toxines. C'est ce mécanisme de défense qui peut faire que la bactérie développe une résistance contre la menace face à laquelle elle se défend. 

Les scientifiques savent que l'utilisation abusive d'antibiotiques chez les humains peut réduire leur efficacité. « De la même façon », nous dit Heineman « l'exposition rend les agents pathogène plus robustes ». Bien que cette étude n'aient étudié que deux souches de laboratoires d'agents pathogènes pour l'humain, les antibiotiques testés, représentent les « grandes classes » de médicaments dont nous dépendons pour lutter contre les infections, et les herbicides sont trois des plus utilisés dans le monde. 

Heineman note aussi que les différents pesticides produisent des réponses diverses. Alors que les trois produits provoquent une réponse de résistance antibactérienne à certains antibiotiques, certaines des associations que son équipe a testées ne provoquaient aucune réponse alors que d'autres augmentaient l'effet antibiotique. 

Bien que cette étude puisse paraître sujette à discussion pour certains, Mark Silby, professeur assistant de biologie à l'université du Massachusetts à Dartmouth, affirme qu'elle « respecte les protocoles établies » et que la littérature scientifique existante va dans le sens de ses résultats. 

Pour Mark Hansen, un des responsables scientifiques du Consumers Union« Cette étude est soigneusement conçue. C'est un travail extrêmement important qui montre la complexité d'un effet auquel on n'a pas pensé précédemment ». Le mécanisme qu'utilise la bactérie pour répondre à des produits toxiques - dans ce cas des herbicides - est déjà bien connu. Ce qui est nouveau et important, c'est d'observer des niveaux non mortels en combinaison avec les antibiotiques, explique Hansen 

Les herbicides utilisés dans cette étude ont été achetés dans un magasin proche et ont été utilisé aux niveaux indiqués dans les consigne d'utilisation. Cela signifie que les scientifiques ont testé les produits chimiques en usage à l'échelle planétaire, plutôt qu'un échantillon de l'agent actif, préparé spécialement pour le laboratoire. 

Est-ce que cela pourrait avoir des conséquences sur les humains ? 

Heineman : « Ces herbicides sont actuellement utilisés à une telle échelle qu'on peut dire d'eux qu'ils sont quasiment omniprésents ». Le glyphosate est utilisé sur 94 % du soja et 89 % du maïs cultivés aux États-Unis, alors que le 2-4 D est le troisième herbicide le plus utilisé aux États-Unis et que le Dicamba est le cinquième au niveau mondial. 

Les niveaux auxquels les chercheurs ont mis en évidence les effets, étaient supérieurs à celui des résidus autorisés dans les aliments, mais en dessous des normes d'utilisation en milieu rural. Pour Hansen, les résultats de l'équipe de Heineman suggèrent qu'il y a probablement un petit risque qu'une exposition alimentaire produise ces effets, mais que par contre, on peut être inquiet dans les zones où ces produits sont épandus. Les personnes qui ont le plus de chance d'être touchées sont les travailleurs agricoles et les autres personnes qui vivent dans les communautés rurales. 

Cette année, un nouvel herbicide qui combine glyphosate et 2-4 D a été autorisé ainsi que des semences de coton et de soja modifiés génétiquement pour tolérer le Dicamba. Ces mesures ne peuvent que favoriser une augmentation de l'utilisation de ces produits chimiques. 

La résistance aux antibiotiques provoquée par les herbicides pourrait aussi affecter les abeilles, étant donné que de nombreuses ruches sont maintenant traitées avec des antibiotiques. Pour Heineman, il est possible que « la combinaison antibiotiques et herbicides puissent compromettre l'efficacité de ces antibiotiques » et mettre en danger la santé des abeilles. 

La compagnie Monsanto a déjà annoncé qu'elle était en désaccord avec l'annonce faite par l'OMC sur le glyphosate et déclarait sur son site web : « Tous les usages désignés du glyphosate sont sans danger pour la santé humaine et cela est confirmé par une des bases de données les plus importantes jamais compilée au monde sur la santé humaine pour un produit agricole ». 

Ni Monsanto, ni les autres fabricants de pesticides n'ont eu l'occasion de répondre à cette nouvelle étude parue dans mBio. Mais le Council for Biotechnology Information affirmait le mois dernier sur son site internet « Réponses sur les OGM », que le glyphosate a été évoqué à une époque comme antibiotique, mais que « les niveaux nécessaires pour tuer les microbes étaient relativement élevés et que des résistances peuvent facilement apparaître ». En d'autres termes, le phénomène que Heineman et ses collègues ont mis en évidence n'est pas aussi inattendu que cela. 

Pour le scientifique « Parler de puzzle est une bonne métaphore », pour décrire comment ces effets s'emboitent les uns dans les autres. 

La prochaine étape de cette recherche consistera à tester d'autres bactéries et des échantillons du produit pur. Mais pour l'instant, dit Hansen « il est clair qu'il faut continuer ce travail, car il est nécessaire d'en savoir plus alors que ces herbicides sont de plus en plus utilisés ».

 

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