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Déclin du puits de carbone amazonien lié à une surmortalité des arbres

Publié par wikistrike.com sur 22 Mars 2015, 22:09pm

Catégories : #Ecologie - conso - biodiversité - énergie

Déclin du puits de carbone amazonien lié à une surmortalité des arbres

L’Amazonie est en train de perdre sa capacité à absorber le dioxyde de carbone (CO2) atmosphérique, principal gaz à effet de serre.

C’est le résultat d’un inventaire colossal : le suivi, sur une trentaine d’années, de la biomasse contenue dans 321 parcelles de forêt amazonienne. Celui-ci révèle que le taux de mortalité des arbres a augmenté de plus d’un tiers depuis le milieu des années 1980, diminuant la capacité de stockage du CO2 par la forêt tropicale. « Partout sur Terre, les forêts changent, commente l’un des auteurs, ajoutant que nous ne pouvons plus compter seulement sur elles pour résoudre le problème du carbone

 

Lors des décennies passées, la forêt amazonienne a joué le rôle de puits de carboneatmosphérique, absorbant plus de carbone qu’il n’en rejette, aidant par conséquent à limiter l’impact du réchauffement global. Mais une nouvelle analyse sur la dynamique forestière montre une augmentation rapide du taux de mortalité des arbres en Amazonie.

Pour le premier auteur de cette étude, Dr Roel Brienen, du département de géographie à l’Université de Leeds, « le taux de mortalité des arbres a augmenté de plus d’un tiers depuis le milieu des années 1980, et cela altère la capacité de l’Amazonie à stocker du carbone ».

Changement de régime dans la forêt amazonienne

Selon les chercheurs, l’augmentation du dioxyde de carbone dans l’atmosphère, l’un des composants clefs pour la photosynthèse, a initialement conduit à une augmentation de la capacité de stockage dans les arbres amazoniens. Mais un changement de régime semble être proche et avoir des conséquences inattendues.

Selon le professeur Oliver Phillips (Université de Leeds), coauteur de l’étude et coordonnateur du projet Rainfor sur lequel l’analyse s’appuie, « avec le temps, la stimulation de croissance impacte le système ; les arbres vivent plus vite et meurent plus jeunes ».

Des sécheresses récentes en Amazonie et des températures anormalement élevées pourraient aussi jouer un rôle important dans cette observation. Si l’étude démontre que l’augmentation de mortalité a commencé bien avant la mégasécheresse de 2005, elle montre aussi que les événements de sécheresse de 2005 et 2010 ont conduit à la mort de millions d’arbres en plus.

Marquage d’arbres au Pérou dans le cadre d'une étude, coordonnée par Rainfor, menée sur plus de 200.000 sujets. © Roel Brienen
Marquage d’arbres au Pérou dans le cadre d'une étude, coordonnée par Rainfor, menée sur plus de 200.000 sujets. © Roel Brienen

L’article publié dans l’édition du 18 mars 2015 de Nature montre comment l’intensité du puits de carbone a décliné en Amazonie de manière concomitante avec l’accélération de la mortalité. D’un pic de 2 milliards de tonnes de dioxyde de carbone stockées annuellement dans les années 1990, le stockage net a désormais diminué de moitié et est maintenant pour la première fois dépassé par les émissions fossiles de l’Amérique du Sud.

Selon le Dr Brienen, « quelles que soient les causes de l’augmentation de mortalité, cette étude montre que les prédictions d’une capacité indéfinie de stockage des forêts tropicales pourraient être trop optimistes. Les modèles climatiques qui prennent en compte la réponse de la végétation font l’hypothèse que tant que les niveaux de dioxyde de carbone augmentent, l’Amazonie va continuer à stocker du carbone. Nos recherches démontrent que cette hypothèse pourrait être incorrecte et que les processus démographiques sont critiques dans ce système ».

Plus de 200.000 arbres étudiés dans 321 parcelles de la forêt

L’étude repose sur des décennies de suivis détaillés des forêts d’Amérique du Sud. Le travail qui implique une centaine de chercheurs sous la direction de l’université de Leeds, dont des chercheurs français du Cirad, du CNRS et de l’Inra, collaborant au sein du Labex Ceba, a été coordonné par Rainfor, un réseau de recherche unique dédié au suivi des forêts amazoniennes.

Afin de calculer les changements de stockage de carbone, les auteurs ont examiné 321 placettes forestières réparties largement sur les six millions de kilomètres carrés de l’Amazonie. Ils ont mesuré 200.000 arbres et enregistré la croissance et la mort de chacun d’entre eux depuis les années 1980.

« Partout sur Terre, même les forêts intactes changent, ajoute Oliver Phillips. Les forêts nous rendent un énorme service, mais nous ne pouvons plus compter seulement sur elles pour résoudre le problème du carbone. Nous devons agir pour réduire les émissions afin de stabiliser notre climat. »

CNRS

 

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