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Ces 28 banques qui menacent le monde

Publié par wikistrike.com sur 1 Juin 2015, 19:47pm

Catégories : #Economie

Ces 28 banques qui menacent le monde

Ces 28 banques qui menacent le monde. L’oligopole des grandes banques met en péril la stabilité financière internationale. Il est urgent de refondre le système monétaire. Extraits de « l’Hydre mondiale » de François Morin.

Lorsque le Figaro veut se faire peur, il publie une page entière intitulée « Faut-il craindre une nouvelle crise financière ? » Il est vrai que la question a d’abord été posée par un expert : Jamie Dimon, patron d’un des colosses bancaires mondiaux, la banque américaine JP Morgan. Dans sa dernière lettre aux actionnaires (qui le rétribuent 20 millions de dollars par an), Dimon affirme péremptoirement : « La cause de la prochaine crise ne sera pas la même que celle de la précédente, mais il y aura une autre crise. »

Ce faisant, Dimon se dédouane par avance de toute responsabilité. Car, s’il y a une « autre cause à la crise », c’est parce que les banques, qui avaient déclenché le cataclysme des prêts subprimes en 2007-2008, n’y seraient cette fois pour rien. La faute en incomberait aux banques centrales, comme la BCE de Mario Draghi, coupables d’« inonder le monde de liquidités », d’argent pas cher, voire gratuit, et de provoquer une « forte volatilité des marchés » qui menaceraient de plonger à la moindre mauvaise nouvelle. Pis : les Etats, ces pelés, ces galeux, peuvent (enfin !) emprunter à des « taux négatifs », et se financer à bas coût, avec le but de faire redémarrer la machine économique. Quel scandale aux yeux des adeptes du monétarisme ! En fait, ce storytelling a une fonction : faire oublier que les banques peuvent à tout moment nous faire basculer dans une crise systémique dramatique.

Et c’est tout l’intérêt du dernier livre de François Morin, l’Hydre mondiale, de nous expliquer par le menu à quel point les grandes banques multinationales, anglo-saxonnes ou européennes, constituent un oligopole mondial d’une extrême dangerosité pour la stabilité financière mondiale. Ces 28 banques systémiques ont conservé, malgré la crise et des efforts de régulation bien insuffisants de la part des gouvernements, un pouvoir démesuré. Selon François Morin, qui est un des rares chercheurs à s’attaquer aux statistiques du FMI ou de la Banque des règlements internationaux, ces institutions représentent un total de bilan de 50 000 milliards de dollars en 2012, un chiffre comparable à la dette publique mondiale. Dix d’entre elles ont la main sur 80 % des transactions de change. Elles dominent aussi les marchés de taux d’intérêt comme celui du Libor, à Londres, qu’elles ont manipulé pendant des années, aboutissant à une condamnation de 2,6 milliards de dollars pour la seule Deutsche Bank ! Ces mêmes banques systémiques ont un quasi-monopole sur les « produits dérivés », ces produits de couverture sur devises, matières premières ou produits agricoles, taux d’intérêt…

François Morin fait un constat simple : en sept ans d’efforts, les puissances publiques ont échoué à imposer des règles aux banques oligopolistiques. Pour la bonne raison que ces dernières ont gardé toute leur influence au sein des Etats. Pour sortir du cycle des crises, il faut revenir à ce qui est la racine du mal : la libéralisation des marchés des changes, puis des taux d’intérêt à partir de 1972, date à laquelle Nixon mit fin aux systèmes de changes de Bretton Woods. Le professeur d’économie de Toulouse remet en pleine lumière un des postulats phares de John Maynard Keynes dans les années 40 : une monnaie commune internationale, seule solution pour retirer aux banquiers le pouvoir de spéculer sans frein… L’utopie d’aujourd’hui a 70 ans !

>>> EXTRAITSDes positions dominantesL’exposition des connexions financières et institutionnelles nous donne une idée forte des relations qui se nouent entre les banques systémiques. […] Ce réseau institutionnel sert un objectif autrement plus important : permettre à ces grandes banques de mieux connaître leurs concurrents afin d’acquérir la capacité d’influencer les prix touchant la monnaie (notamment [par le] taux de change et[le] taux d’intérêt), condition essentielle pour obtenir des gains encore plus grands. Cet objectif ultime est partagé par toutes les banques systémiques, il est même une cause importante de leur existence. La recherche d’une position dominante sur le marché demeure en effet le moyen par excellence d’assouvir le désir de contrôler les prix. Pour y arriver, une banque doit accroître sa taille de telle façon que la part de marché qu’elle possède dans les échanges donne, de fait, la possibilité d’influencer la formation du prix. Certes, plusieurs banques peuvent agir de même, de sorte que malgré tout la concurrence demeure parfois rude. C’est pourquoi les plus grands intervenants, qui possèdent cette capacité d’action sur les prix, ressentent tous le besoin de s’observer mutuellement afin que la concurrence des autres géants ne réduise pas à néant cette maîtrise. Les connexions institutionnelles facilitent cette observation. Ces relations d’interdépendance réciproques sont le propre d’acteurs oligopolistiques.Les banques systémiques occupent des positions dominantes sur plusieurs marchés fondamentaux de la finance globale : le marché des changes, les marchés interbancaires, les principaux marchés obligataires, là où se forment les taux d’intérêt, et enfin les marchés financiers où se pratiquent les activités de trading.[…] Les plus grandes banques sont très actives en matière de trading. Elles cherchent également à favoriser le trading à haute fréquence en développant des « places de marché internes » ou dark pools (« places de l’ombre »). Gérées directement par les plus grandes banques à travers des filiales, ce sont des places de marché de gré à gré opaques où l’anonymat des investisseurs est garanti. Fin juillet, la Securities And Exchange Commission (SEC), police de la Bourse américaine, ainsi que d’autres autorités américaines, ont demandé des comptes à UBS et à la Deutsche Bank à la suite de pratiques douteuses visant à favoriser des firmes de trading à haute fréquence sur leurs places de marché internes. On leur reproche en général d’avoir assuré à des clients que les traders à haute fréquence seraient maintenus à l’écart de leur dark pool, alors qu’on n’a rien fait pour les empêcher d’y accéder, ou encore d’avoir favorisé certains clients lors de la transmission de leurs ordres alors que la banque prétendait le contraire.

 

La course à l’abîme

Si aucune mesure n’est prise à l’échelle internationale pour limiter la puissance que l’oligopole développe par ses positions dominantes sur les marchés – dont il abuse régulièrement -, ces banques nous mèneront vers l’abîme économique. En clair, l’oligopole des banques, par ses opérations économiques et sa force politique, nous prive des moyens d’empêcher l’avènement imminent d’une crise économique. Aussi puissantes puissent-elles être, ces banques sont bien incapables de se protéger contre elles-mêmes. Pis, elles ont, par la nature même de leurs opérations spéculatives, tendance à amplifier le moindre soubresaut économique. En effet, comme elles sont toutes « systémiques », la moindre défaillance de l’une d’entre elles ferait entrer la planète entière en crise. Plus ou moins rapidement, car certaines banques de l’oligopole sont davantage au cœur du fonctionnement de l’économie mondiale. Les banques systémiques appartenant à ce noyau sont au nombre de onze : quatre banques américaines – Bank Of America, Citigroup, Goldman Sachs et JP Morgan Chase – ; trois banques britanniques – Barclays, HSBC et Royal Bank Of Scotland – ; deux banques de la zone euro – BNP Paribas et Deutsche Bank – ; deux banques suisses – Crédit suisse et UBS.

Ce sont ces banques-là, principalement anglo-saxonnes, qui exercent une influence déterminante dans la conduite de l’oligopole mondial. Un des premiers objectifs que devrait se donner la communauté internationale serait logiquement de casser ce noyau et d’opérer de façon tranchée la séparation patrimoniale de leurs activités. On est aux antipodes de telles résolutions !

Souhaiter la crise finale…

« POUR PROCLAMER L’ÉTAT D’URGENCE, [IL FAUDRAIT] QUE NOS RESPONSABLES POLITIQUES AIENT LE COURAGE DE LA LUCIDITÉ. »

La conséquence d’une telle crise serait la remise à plat du système de financement de l’économie mondiale et un effondrement de l’économie réelle. Les banques de l’oligopole, dont le bilan se contracterait, pourraient, dans ces conditions extrêmes, être reprises pour une bouchée de pain par les Etats. Ces derniers seraient alors en capacité de se désendetter facilement, car, en récupérant les actifs des banques en déconfiture, ils se retrouveraient propriétaires d’une grande partie des titres financiers à l’origine de leur endettement. Ils pourraient alors les annuler et diminuer substantiellement le poids des dettes. Ce scénario est-il souhaitable ? La réponse est clairement négative. Tout d’abord, parce que les Etats sont exsangues en raison de leurs luttes contre les déficits publics. Ensuite, parce que, même dans une telle hypothèse, les politiques suivies aujourd’hui montrent qu’il faudra beaucoup de temps pour que le logiciel intellectuel actuel, pétri du paradigme néolibéral, puisse se modifier. Et ce temps sera malheureusement celui de toutes les aventures : replis identitaires et nationalistes, recherche de boucs émissaires, risques d’affrontements en tout genre, intérieurs et extérieurs, etc. La situation géopolitique mondiale, déjà traversée par les radicalisations politiques et religieuses, risque donc, en cas de nouvelles crises financières, de s’aggraver de façon dramatique !

… ou la prévenir ?

La bulle actuelle des dettes souveraines a été ainsi alimentée directement par les effets de la crise financière, et notamment par les transferts de dettes de l’oligopole. La planète est aujourd’hui à la merci de l’éclatement de cette bulle par le défaut de paiement d’un Etat, comme elle le serait par la faillite d’une banque de l’oligopole. Il est temps, plus que temps, de démanteler l’oligopole bancaire mondial. Non pas en essayant d’introduire plus de concurrence entre ses membres, comme le prônerait sans aucun doute la solution « libérale ». En effet, on ne voit pas bien en quoi le caractère systémique de ces banques serait ainsi entamé, car c’est bien ce caractère particulier qui a forgé l’oligopole. Les deux solutions pour casser l’oligopole sont a minima une séparation stricte et patrimoniale des banques de dépôt et d’investissement, et surtout la réforme du système monétaire et financier international qui redonnerait aux Etats une souveraineté monétaire à travers la création d’une monnaie commune.

Quoi qu’il en soit, le moment de vérité approche. Ou bien on feint de croire encore que la solution de la crise actuelle, en particulier de nos endettements publics, passe par des politiques de réduction des déficits – et, dans ce cas, c’est un nouveau cataclysme financier qui s’avance sûrement, faute d’agir sur la cause réelle de notre situation, à savoir : la surpuissance dévastatrice de l’hydre bancaire. Ou bien nous faisons le pari de l’intelligence politique, celle qui perçoit les enjeux fondamentaux de notre planète et de notre vie en société, et alors une mobilisation citoyenne qui s’inscrirait dans cette perspective démocratique peut tout espérer et tout engager.

Oui, nous sommes dans un état d’urgence, mais, pour le proclamer, encore faudrait-il que nos responsables politiques aient le courage de la lucidité et de la vérité.

L’Hydre mondiale, l’oligopole bancaire, de François Morin, Lux, 168 p., 12 €

Par Hervé Nathan

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