Wikistrike

Wikistrike

Rien ni personne n'est supérieur à la vérité

La crise grecque aurait permis à l’Allemagne d’économiser 100 milliards d'euros !

Publié par wikistrike.com sur 10 Août 2015, 18:04pm

Catégories : #Economie

La crise grecque aurait permis à l’Allemagne d’économiser 100 milliards d'euros !

Croissance, chômage..., les hommes politiques utilisent les statistiques en leur faisant dire ce qui les arrange. Une pratique dangereuse. Décryptage.

Les informations macroéconomiques sont régulièrement publiées, avec leur cohorte d'indicateurs censés nous dire comment se porte l'économie. Cette semaine, c'était au tour du PIB espagnol puis de l'emploi américain et du nombre de chômeurs enFrance. Ces chiffres, apparemment simples et faciles à comprendre, devraient être des moyens scientifiques de comprendre la réalité. Ils sont malheureusement utilisés comme des artifices de la communication politique. Et ce n'est pas sans risque...

En EspagneMariano Rajoy annonce un taux de croissance élevé, mais trompeur...

Le PIB espagnol affiche une croissance de 3,1 % sur un an, ce taux étant présenté comme le plus élevé depuis le début de la crise. Cependant, il convient de pondérer ce résultat : en retranchant les stocks, la croissance ne s'élève qu'à 1,7 %. Certes, les exportations manufacturières, le tourisme et l'immobilier profitent d'une embellie, mais ces moteurs économiques restent trop faibles pour contribuer de manière significative à la croissance globale du pays. En fait, le seul moteur véritablement puissant n'est autre que la consommation interne.

À cet égard, les incohérences du discours de Mariano Rajoy sont assez cocasses. Dans un but purement électoraliste, il annonce de nouvelles dépenses budgétaires tout en prétendant que ces dernières sont devenues possibles grâce aux mesures d'austérité prises en 2011. Alors que c'est exactement le contraire. La récente amélioration de la croissance économique n'est due qu'au relâchement de l'austérité amorcé dès la fin de 2014 et motivé par le succès croissant de Podemos.

En quelques mots, la politique d'austérité drastique de 2011 n'a permis qu'une augmentation insuffisante des exportations. Elle a plombé le PIB et durablement affaibli l'écosystème espagnol. Par exemple, pour la seule année de 2014, la baisse du chômage est due pour moitié à l'émigration de plus de 200 000 Espagnols. Ce sont les personnes les plus qualifiées qui sont parties. Alors que l'insuffisance de l'innovation et de la formation constituent des points faibles structurels de l'Espagne, leur départ n'a fait qu'aggraver la situation.

Aux États-Unis, on annonce une reprise, mais où est-elle ?

Aux États-Unis, le public non averti est favorablement impressionné par le nombre des créations d'emplois. Mais cet indicateur doit être examiné à l'aune de l'augmentation des salaires (qui est toujours absente) et du taux d'emploi qui reste stable. Cela signifie que les emplois créés sont précaires et moins bien payés. Dans ces conditions, il est difficile d'imaginer une reprise de la consommation qui constitue le moteur principal de la croissance américaine. Les États-Uniens émigrent désormais au Canada pour y trouver un travail qu'ils ne trouvent plus dans leur propre pays.

Ces chiffres, tels qu'ils sont présentés, visent à persuader l'opinion publique qu'une hausse des taux directeurs de la Fed (la Banque centrale américaine) est désormais nécessaire. Si elle est en effet inéluctable, ce n'est pas pour la raison invoquée, mais pour se ménager une marge de manœuvre en cas d'arrêt complet de la machine économique et pour rémunérer le risque pris par les investisseurs.

Quand les indicateurs économiques masquent plus qu'ils ne montrent...

Reprenons l'exemple du taux de chômage. Lorsque ce dernier baisse, cela n'indique pas nécessairement une amélioration de la situation. En effet, si les emplois nouvellement créés sont moins bien payés et plus précaires que ceux qui ont disparu, la diminution du taux de chômage ne peut provoquer ni la hausse de la consommation ni une croissance économique soutenue.

Ce simple exemple nous montre que la crise que nous traversons est une crise plus grave et plus profonde qu'une simple crise cyclique. Il s'agit en fait d'une crise structurelle ancienne dont les effets ne deviennent visibles que depuis quelques années seulement. Il est temps de se rendre à l'évidence. L'économie est essoufflée et les moteurs habituels de croissance ont perdu leur efficacité. C'est pourquoi les indices économiques habituels doivent être décryptés avec lucidité.

Souvenons-nous de l'époque (pas si lointaine) où la notation de la dette souveraine d'un pays était considérée comme un indicateur crucial. La France a perdu son triple A. Et alors ? Le monde s'est-il effondré sous nos pieds ? Certes, la situation de la France n'est pas brillante. Mais dans certaines circonstances, s'accrocher à certains indicateurs, c'est regarder le doigt qui pointe la Lune...

Un essoufflement qui a débuté il y a plus de 40 ans...

La crise que nous traversons s'inscrit dans un continuum. L'économie a toujours été relancée par de la dette. Tout d'abord, la politique des grands travaux initiée par Roosevelt n'a pas relancé l'économie. Elle a simplement permis de donner du travail aux chômeurs. C'est l'économie de guerre (financée par de l'endettement) puis le plan Marshall (encore de la dette) qui ont relancé l'économie, mais pour un temps seulement. Car ce système finit toujours par s'essouffler. Après 30 années de croissance soutenue, les États ont commencé à s'endetter dès le début des années 1970, afin de soutenir leur activité économique.

Plus récemment, au début des années 2000, la baisse du pouvoir d'achat des ménages américains fut compensée par un accès facilité à des prêts à la consommation de toutes sortes et à des crédits immobiliers, les fameux subprimes, accessibles à des personnes insolvables. En Europe, l'un des objectifs de la monnaie unique était de permettre à l'Allemagne d'écouler sa production plus facilement auprès de pays qui ne pouvaient plus dévaluer leur monnaie, mais qui pouvaient bénéficier de crédits à taux bas. Aujourd'hui, la bulle des subprimes a éclaté et l'euro est plus que jamais fragilisé. La récréation est finie.

À l'heure actuelle, les grandes banques et fonds privés qui gèrent plus de 95 % des flux financiers mondiaux, de Goldman Sachs à Citigroup, en passant par ICBC, ont compris que la seule issue, désormais, est l'effacement partiel ou total des dettes souveraines, pour relancer l'économie.

Autrefois, la méthode Coué était un instrument de politique économique

Dans une situation de crise cyclique, il n'y avait en effet aucun mal à utiliser la méthode Coué ou les prophéties auto-réalisatrices pour provoquer des relances économiques. Les indicateurs économiques étaient utilisés à des fins politiques et ce n'était pas un problème puisque cela pouvait fonctionner. Lorsqu'une majorité d'investisseurs croyaient fermement en la reprise, ils décidaient d'investir et cette simple décision pouvait changer la donne. Cette croyance avait habituellement un tel pouvoir qu'elle pouvait effectivement devenir une réalité, la confiance étant LE facteur clé.

Mais aujourd'hui, ces recettes ne fonctionnent plus, car il s'agit d'une crise structurelle mondiale. Les problèmes se superposent et sont interdépendants. Les marchés d'actifs ne fonctionnent plus selon la loi de l'offre et de la demande. Et trouver une réponse à l'échelle d'une seule nation via les institutions démocratiques actuelles est d'autant plus illusoire que le temps de la démocratie doit apporter au peuple des réponses « ici et maintenant ». Elle ne peut en effet pas promettre des lendemains qui chantent. Construire des solutions dans le temps ne peut pas s'inscrire à l'agenda électoral des politiciens professionnels.

La manipulation des chiffres conduit toujours au totalitarisme

Face à une situation aussi inextricable, les dirigeants politiques cèdent à la tentation d'utiliser les indicateurs économiques à mauvais escient, à des fins électoralistes, et donnent une image qui ne correspond en rien à ce que les populations vivent. Ils engendrent, au mieux, le discrédit de la science économique, au pire, le discrédit de la classe politique dans son ensemble.

Ce discrédit est si désastreux qu'il rend inopérante toute tentative volontariste de redonner aux acteurs économiques la confiance, cet élément si vital pour l'économie. Autrement dit, vous appuyez sur les manettes, mais la machine ne répond plus ou bien elle est devenue incontrôlable. Cette confiance est aussi le minimum requis pour la pérennité de nos institutions démocratiques.

Quand tout devient possible, même le pire...

Lorsque les populations ont le sentiment d'être trahies ou méprisées, la perte de confiance dans le système politique et économique s'installe irrémédiablement. Alors tout devient possible, même le pire.

Les économistes dignes de ce nom savent bien que le choix des indicateurs est éminemment politique, comme l'avait démontré l'historien de la statistique Alain Desrosières. Et ils s'opposent à leur manipulation. Ce n'est pas un hasard si Stakhanov a, dans la nuit du 30 au 31 août 1935, produit 102 tonnes de charbon en six heures ! Tous les régimes totalitaires, sans exception, manipulaient les chiffres, pour dire que tout allait bien. Nos démocraties vont-elles suivre la même dérive ?

On comprend bien la menace pour les valeurs démocratiques que représente l'arrivée au pouvoir de partis extrémistes. Mais les méthodes employées pour leur barrer la route sont si pitoyables qu'elles pourraient aboutir à un effet contraire à celui recherché. Comme dans une tragédie antique, c'est en voulant éviter qu'une prophétie funeste ne s'accomplisse, que l'on précipite, à son corps défendant, sa réalisation. Les logiques électoralistes court-termistes hypothèquent notre avenir commun. Mais elles ne sont pas une fatalité. C'est aux politiques de décider.

 

Source

Archives

Articles récents