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Yémen : les frappes des drones tuent plus de civils qu' Al-Qaïda

Publié par wikistrike.com sur 25 Septembre 2015, 06:04am

Catégories : #Politique internationale

Yémen : les frappes des drones tuent plus de civils qu' Al-Qaïda

 

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Un récent rapport des Nations-Unies comptabilise sur un an plus de pertes civiles dans les frappes de drones américains visant Al-Qaïda que dans les attaques revendiquées par l'organisation terroriste. 


Mardi dernier, un drone américain tuait deux combattants présumés d'Al-Qaïda à l'est de Sanaa. Mais ces succès militaires au Yémen cachent de nombreuses victimes collatérales. Dans un nouveau rapport annuel remis le 7 septembre, l'ONU recense une série d'atteintes aux droits de l'homme du 1er juillet 2014 à juin 2015, une période marquée par une "aggravation de la sécurité" des habitants de ce pays de la péninsule arabique. 

L'une des données n'a pas échappé au 
site d'information Vice News : les décès de civils tués par des frappes de drones dépassent largement ceux survenus dans le cadre d'attaques terroristes menées par Al-Qaïda. Selon le rapport de l'ONU (pages 8 et 11), le deuxième cas de figure aurait même été deux fois plus meurtrier que le premier. 

 

Au moins 24 civils ont été tués, et 65 blessés dans des attaques revendiquées par Al-Qaïda dans la péninsule Arabique (AQPA), principalement à Sanaa, Aden et Taez. 

Le Haut-Commissariat aux droits de l'homme (HCDH) a été informé de plusieurs cas de frappes de drones dans plusieurs régions du pays, avec des allégations de l'existence de victimes civiles. Les attaques auraient été conduites par les forces conjointes des États-Unis et du Yémen dans le cadre d'une campagne contre Al-Qaïda dans la péninsule Arabique. Le HCDH a reçu des informations fiables indiquant que jusqu'à 40 civils, dont un enfant, pourraient avoir été tués au cours de la période étudiée [du 1er juillet 2014 au 30 juin 2015, NDLR] en raison d'attaques de drones à Al-Baida, Al-Jawf, Marib et Shabwah.

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© Reuters / Khaled Abdullah Ali Al Mahdi
Un graffiti dans la capitale Sanaa à la fin de l'année 2014

 

 

485 à 714 morts 

Selon 
les données compilées par le Bureau du Journalisme d'Enquête, en treize années, ce sont plus d'une centaine de frappes de drones qui ont visé le sol yéménite. Une série d'attaques responsables, selon le Bureau, d'une fourchette de 485 à 714 morts, dont 65 à 97 civils. Si bien que, le Yémen est devenu le premier théâtre de ces "véhicules aériens télépilotés" juste derrière le Pakistan. 

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© The Bureau of Investigative Journalism

 

 

L'essentiel des victimes est même relativement récent. Car si la première frappe confirmée par Washington remonte à novembre 2002, ce n'est qu'à partir de 2009-2010 que le rythme des attaques de drones s'est emballé

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© Bill Roggio and Bob Barry - The Long War Journal

En 2013, un sénateur américain (républicain) estimait que, sur tous leurs théâtres d'opération en Moyen-Orient, les drones américains étaient responsables de la mort de 4.700 personnes. 

"Oui, les drones aident Al-Qaïda" 

L'attaque du 17 décembre 2009 sur le hameau d'al-Maajala, dans le sud du pays, est devenu le symbole des dommages collatéraux de la politique des drones. Ce jour-là, 
41 civils, périssent dans l'explosion des missiles tirés par un Tomahawk. La frappe visait un camp d'entraînement d'Al-Qaïda, 14 combattants présumés ont été atteints, mais également un campement bédouin qui se trouvait à proximité. Le gouvernement yéménite s'était attribué la paternité de l'opération, mais WikiLeaks a révéléplus tard, grâce à ses fameux câbles diplomatiques, que le missile était bien d'origine américaine. 

En écoutant les témoignages de la population, mais également de plusieurs spécialistes du pays, ces attaques aveugles et répétées viennent nourrir un sentiment anti-américain, 
un terreau dans lequel va prospérer le terrorisme. Une tribune publiée dans le New York Times en 2012 avait fait grand bruit. Publiée sous la forme d'une lettre à Barack Obama, le jeune activiste yéméniteIbrahim Mothana avait écrit que "les frappes américaines n'étaient dans l'intérêt, ni du Yémen, ni des États-Unis". Interrogé par l'Express, il avait déclaré :

« Depuis 2009, le Yémen est devenu de moins en moins sûr. Al-Qaïda a étendu ses fiefs. L'approche anti-terroriste a créé plus de militants. Les drones tuent souvent des civils, et cela nourrit un sentiment anti-américain dans une population qui n'a pourtant rien contre eux. Nous devons nous concentrer sur le développement et sur l'économie. Oui, les drones aident Al-Qaïda. »

"Les frappes de drones soulignent que le Yémen est face à une escalade militaire" 

En 2012, une 
étude menée par l'institut PewResearch Center confirme l'état de l'opinion publique face aux drones. Celle-ci indiquait pour le cas du Pakistan, que seulement 17% de la population approuvait les frappes de drones américains, même si ces derniers étaient menés avec l'appui du gouvernement d'Islamadad. 

L'escalade de la violence au Yémen depuis avril ne risque pas d'apaiser un pays déchiré par une lutte entre la rébellion des houthis et le gouvernement, sur fond de terrorisme. AQPA profite du désordre pour se renforcer dans plusieurs régions du pays. Dans un récent édito consacré à la "guerre oubliée du Yémen", "The Guardian" se montrait pessimiste sur l'évolution de la situation :

« Le vidé sécuritaire créé au Yémen, et la radicalisation du conflit a accentué et a ouvert plus d'espace pour les groupes affiliés à Al-Qaïda. Les récentes frappes de drones américains soulignent bien que le Yémen est face à une escalade militaire, et non une stabilisation. »

L'exécutif yéménite considérait encore en mars 2014 que les frappes de drones étaient l'unique moyen "pour limiter les activités d'Al-Qaïda et les mouvements de ses membres". Un soutien que ne partageait pas à l'époque le parlement national. Dans une résolution en décembre 2013, adoptée à une quasi unanimité, les députés réclamaient la fin des frappes de drones. "L'opinion publique yéménite est en colère contre ces attaques. Les représentants du peuple reflètent ce que pense la rue", avait expliqué une source au gouvernement, anonyme, tant la question est sensible.

 

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