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Etouffement: l'affaire de l'enfant intoxiqué aux pesticides classée sans suite

Publié par wikistrike.com sur 17 Octobre 2015, 16:21pm

Catégories : #Santé - psychologie, #Ecologie - conso - biodiversité - énergie

Etouffement: l'affaire de l'enfant intoxiqué aux pesticides classée sans suite

La plainte pour l’intoxication d’enfants bordelais a été classée sans suite par le parquet de Libourne. L’association plaignante fait appel, en pointant de troublantes contradictions.

 

C’est une affaire qui pourrait s’éteindre dans le silence, mais dont les acteurs entendent bien faire grand bruit.

 

Le 5 mai 2014, 23 enfants et une institutrice de l’école de Villeneuve (Gironde), un établissement cerné par les vignes, ressentent des migraines, des nausées et des étourdissements et sont hospitalisés d’urgence. Le matin même, les parcelles environnantes avaient été aspergées de pesticides, au point que les enseignants avaient préféré priver les enfants de récré. Illico, la Société pour l'étude, la protection et l'aménagement de la nature dans le sud-ouest (Sepanso) de Gironde dépose une plainte contre X pour déterminer les causes de l’accident.

 

Naturellement, tout le monde suspecte les épandages d’avoir empoisonné les écoliers. Même la préfecture d’Aquitaine publie un communiqué révélant que "tout indique que l’épandage des produits à proximité de l’école s’est déroulé dans des conditions inappropriées sans qu’aient été prises toutes les précautions pour le voisinage." Le scandale menace d’être si grand que Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture pourtant peu suspect de contrarier les agriculteurs, doit alors ajouter à sa Loi d’avenir pour l’agriculture, un amendement qui encadre les pulvérisations opérées près des "personnes vulnérables", c’est-à-dire celles qui côtoient les écoles, les maisons de retraite, les hôpitaux...

 

Aucune infraction ?

 

Mais ce qui paraissait établi pour tout le monde ne l’est pas pour le parquet de Libourne.

En juin dernier, le procureur de ce tribunal a en effet classé la plainte sans suite, jugeant qu’aucune infraction n’avait été commise par les viticulteurs. Ce classement, la Sepanso Gironde le conteste depuis le 9 octobre devant le procureur général de la cour d’appel de Bordeaux. A l’appui de leur contestation : un rapport commandé par ledit procureur de Libourne à la Direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (Draaf).

 

"Ce rapport indique clairement que deux infractions ont été commises, souligne François Ruffié, l’avocat de la Sepanso. D’une part, l’exploitant a dépassé la parcelle. D’autre part, il a épandu alors que ce jour-là, les vents dépassaient force 3", soit 19 kilomètre/heure. Deux éléments qui (ajoutés au fait que, comme par hasard, les symptômes ressentis par les écoliers correspondait exactement à ceux que provoquent les pesticides épandus ce jour-là) auraient pu convaincre le procureur de poursuivre.

 

Lobbies viticoles

 

Mais c’est sans compter sur un avis troublant, réclamé au procureur àFrançois Projetti, directeur de la Draaf. Selon nos confrères de "Sud-Ouest", celui-ci estime "qu'il n'est pas possible d'attester formellement de la réalité et de la matérialité de l'infraction". Autrement dit, il contredit totalement les conclusions de ses services, ce qui convaincra le procureur de classer l’affaire sans suite.

 

La pression de certains lobbies viticoles, très puissants dans la région bordelaise, aurait-elle pu faire vaciller le cœur du parquet ? Me Ruffié :

 
Nous n’affirmons rien et nous répétons que nous ne sommes pas opposés pas au principe du traitement des vignes. Simplement, il y a des lois du Code rural à respecter, et elles ne l’ont pas été."

 

Encadrement des épandages

 

D’autres se montrent moins tempérés sur le dossier des pesticides : c’est le cas de Marie-Lys Bibeyran, ouvrière agricole de Listrac (Gironde) qui milite pour un très sévère encadrement de l’épandage autour des écoles. Cette trentenaire dont le frère Denis est mort d’un cancer dû aux pesticides en 2009, a mis en ligne une pétition pour interpeller la ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal. A l’heure où nous écrivons ces lignes, elle a recueilli plus de 51.000 signatures.

 

Elle explique :

 
Je demande à ce que les parcelles entourant les écoles soit, par la loi, forcées de se convertir au bio et de respecter des horaires d’épandage. D’abord parce que les produits bio [notamment la "bouillie bordelaise] sont moins dangereux que les chimiques. Ensuite parce qu’il faut épandre pendant que les enfants ne sont pas en classe, c’est-à-dire très tôt le matin, après 19 heures ou bien le week-end." 

 

Lancée fin septembre, cette pétition n'a, pour l'instant, pas eu d'écho ministériel.

 

Arnaud Gonzague

 

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