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Scènes de bagarre au couteau entre oligarques ukrainiens

Publié par wikistrike.com sur 20 Décembre 2015, 15:21pm

Catégories : #Politique internationale

Scènes de bagarre au couteau entre oligarques ukrainiens

C’est reparti pour la guerre de tous contre tous au sommet de la vie politique ukrainienne.

Non pas que cela ait jamais complètement cessé; mais, comme il arrive souvent dans ces situations, des circonstances extérieures obligent les protagonistes un coup à sourire en serrant les dents, un coup à mettre les mains dans les poches des copains faisant semblant de leur faire des cadeaux, ou alors à leur recommander de rester tranquilles au risque de provoquer des accidents.

De ce point de vue, bien sûr, l’Ukraine de l’euromaïdan n’est pas une exception : une fois montée au pouvoir, la junte putchiste sous couvert de « lutte contre les politiciens corrompus », n’a eu aucune difficulté pendant un certain temps à convaincre la population de leur « idéal » pro-européen, occidental, anti-oligarchique, le tout assaisonné de sauce indépendantiste, nationale, patriotique et, surtout, anti-communiste. Comme si c’étaient un secret les noms des magnats du gaz, du charbon, de la finance, de la chimie, qui se disputaient au couteau à l’époque du déchu président Ianoukovitch (lui-même et sa « famille » bien intégrés dans le système oligarchique) et, auparavant, du président Léonid Koutchma, considéré comme « le père de l’Ukraine des magnats » et qui ont continué à se déchirer même après.

Les divers Fridman, Akhmetov, Firtash, Kolomoïsky, Timoshenko, Porochenko, Pinchuk, Bogolyubov, certains devenus parrains politiques d’eux-mêmes, d’autres alliés de protecteurs politiques comme l’ancien chef de l’administration présidentielle (avec M. Ianoukovitch) Livočkin, ensuite transformé en sponsor du putchiste Vitali Klitschko, ou bien l’ancien ministre de l’Énergie et premier ministre Bojko. Comme si c’étaient un secret les parrainages des secteurs et des bataillons néo-nazis, utilisés par les magnats dans les guerres entre clans et, simultanément, comme avant-postes terroristes dans la campagne contre le Donbass.

D’ailleurs les coups de couteau entre magnats ne pouvaient pas ne pas toucher le cercle de leurs parrains et leur dauphins « politiques » et impliquer ici et là, dans les intervalles entre une offensive et une attaque aux villes du Donbass, les structures armées mercenaires à la solde de tel ou tel oligarque. Puis, en remontant, dans dans une exhibition de plus en plus spectaculaire de sa propre misère sociale et de la façon typique des parvenus « politiques » conscients de leur rôle fragile et toujours proche de la fin, voilà que les mêmes ras centraux  ne cachent plus les impolitesses réciproques faites l’un l’autre jusque là seulement dans le dos. Et l’arrogance ou la prépotence augmentent généralement de pair avec la sensation du rôle d’abord perdu, puis rétabli; les institutions de l’état formalisent donc le statut couvert par la personne concernée dans le temps donné.

Le tribunal de Kiev a accepté la poursuite avancée par l’ancien gouverneur de la région de Dniepropetrovsk, l’oligarque Igor Kolomoïsky et a considéré comme calomnieuses les accusations de  contrebande et d’évasion fiscale lancées à son adresse en juillet dernier (soit dit en passant, sur les plateaux de la chaîne TV « Studio 1 + 1″ propriété du même Kolomoïski) par le gouverneur d’Odessa, l’ancien président yankee de la Géorgie Mikhaïl Saakachvili. La dispute entre les deux « dignitaires » se poursuit depuis des mois, avec le président Porochenko qui, dans la lutte qui le voit engagé depuis toujours contre les prétentions de Kolomoïsky sur les structures énergétiques ukrainiennes, a jugé bon de faire trésor de l’expérience de l’ancien président géorgien dans le domaine des « réformes démocratiques » estampillées OTAN. Dans le conflit, n’a pas manqué de s’insinuer même le premier ministre Arseni Yatseniuk qui, se sentant de plus en plus manquer le sol sous les pieds, et conscient des intentions de Saakachvili visant son fauteuil, a immédiatement pris le parti de Kolomoïsky, auquel par ailleurs il est lié par le biais de Pravyj Sektor. Personne ne fut choqué, il y a quelques mois, par la sentence prononcée par Kolomoïsky contre Saakachvili, comparée à un chien enragé. « Les oligarques dominent tout! Aujourd’hui, le gouvernement sert les intérêts de Kolomoïsky, comme avant ceux de Akhmetov », avait hululé le virginal Mikhail. Le brave Yatseniuk lui avait aboyé contre « ne convient pas à l’ex président de faire des fausses accusations. Je suis tombé sur une nouvelle portion de révélations sur le principal géorgien d’Odessa. » Tiré directement en jeu, Igor Kolomoïsky n’avait pas tardé à contrer au « chien sans muselière » que, s’il « mord quelqu’un il doit être puni, avec le patron. Dans ces cas, le chien est abattu. Dans notre cas, on peut le réexpédier par envoi recommandé en Géorgie, afin qu’il réponde des gens qu’il a mordu là-bas aussi. »

Un véritable débat politique sur le fond des choses, en somme : appels d’offres truqués et assignations à des sociétés offshore ou nominations d’amis des amis à la tête de ports, avant-ports et terminaux portuaires parmi lesquels, justement, celui d’Odessa, maintenant sentant aussi l’odeur du pétrole Daech. En somme, si le sponsor des néo-nazis de Pravy sektor, Igor Kolomoïsky, recommence à percevoir un certain  vent en poupe, Saakachvili par contre, dans sa « campagne de moralisation » ukrainienne, semble avertir une certaine crainte et commence à perdre des morceaux. Les pions qu’il avaient fait venir de la Géorgie pour lui prêter main forte dans la lutte contre la corruption (des autres) sont pris comme des novices. Il y a deux semaines, à l’aéroport de Borispol, a été arrêtée Ekaterina « Eka » Eguladze, vice-ministre de l’Intérieur, appelée à Kiev de la Géorgie pour nettoyer la police ukrainienne sur le modèle de celle de Tbilissi, aidée en cela par l’ancien collègue (à l’époque où les deux amies travaillaient dans l’administration du président Saakachvili) Khatia Dekanoidze: Eka était en train d’essayer d’exporter 4 millions $. Officiellement, le « cuirassé anti-corruption », sur le point d’accoucher, était dirigée vers la France, où vit son mari. Selon certaines versions, une somme entre 10 et 14 millions $ aurait été affectée pour faire la réforme des organes de sécurité, mais la belle Eka et son directeur, le ministre de l’Intérieur Arsen Avakov, auraient établi de dérouter l’argent pour sa propre sécurité personnelle.

D’autre part, il se peut que Eka Eguladze aurait voulu s’éloigner, car troublée par le conflit en cours entre son actuel patron et l’ancien patron de l’époque géorgienne. La même administration présidentielle a senti le besoin de définir « honteux pour le pays » la querelle de rue éclatée dans les dernières heures entre Avakov et Saakachvili. Encore une fois, la confrontation visait à la haute dialectique politique : la privatisation des installations de l’avant-port d’Odessa. Saakachvili accusait Avakov d’ « entente avec l’ennemi » pour des contacts présumés avec un pas plus précisé oligarque russe de « Uralkhima »; la réponse de l’Ukrainien avait été un verre d’eau lancé à la figure de l’ex Géorgien. Saakachvili avait dit aussi, après que Avakov l’avait accusé de « corruption et abus de pouvoir », que celui-ci contrôlerait directement des « formations informelles armées ». Saakachvili n’a pas manqué ensuite de plaindre comment soit Avakov soit le premier ministre Yatseniuk (lui aussi mis dans le coup pour la privatisation du port), lui conseillent vivement de « se tirer de notre pays »; « mais moi je ne m’en vais pas ; je ne leur donnerai pas la possibilité de voler mon Ukraine bien-aimée », a dit Saakachvili qui, d’ailleurs, ne peut plus revenir en Géorgie (Tbilissi lui a enlevé la citoyenneté), où il est recherché pour détournement de fonds publics et implication dans un homicide. Mais même le terrain ukrainien semble de plus en plus brûlant sous ses pieds, maintenant qu’il est accusé par des députés du « Bloc Porochenko » (on ne peut même plus faire confiance aux amis!) même de restriction d’argent à un fonds en faveur des ex combattants de la campagne du Donbass : de l’argent fini en banquets, spectacles de représentants, voitures de luxe.

Le spectacle actuel est représenté à une semaine de la visite à Kiev du vice-président américain Joe Biden lequel, intervenant à la Rada suprême, avait qualifié l’Ukraine de pays le plus corrompu au monde et avait appelé le leadership de Kiev au maximum d’efforts pour éradiquer la corruption. Ses paroles avaient obligé le New York Times à écrire de douter des bonnes intentions de Biden, sachant que son fils Hunter fait partie du Conseil de la Burisma Holdings, l’une des sociétés de gaz les plus puissantes en Ukraine, propriété de l’ancien ministre pour l’Ecologie (avec Ianoukovitch) Nikolaj Zločevskij, depuis 2014, juste au moment où dans le cadre d’une enquête sur le blanchiment d’argent, les autorités britanniques gelèrent 23 millions $ déposés par Zločevskij dans les banques londoniennes.

Fabrizio Poggi

source : http://www.contropiano.org/internazionale/item/34321-scene-di-lotta-al-coltello-tra-gli-oligarchi-ucraini

via: https://blogs.mediapart.fr/segesta3756/blog/191215/scenes-de-bagarre-au-couteau-entre-oligarques-ukrainiens-par-fabrizio-poggi

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