Wikistrike

Wikistrike

Rien ni personne n'est supérieur à la vérité

L’UE bousille la géopolitique gazière dans les Balkans

Publié par wikistrike.com sur 25 Mars 2016, 12:41pm

Catégories : #Politique internationale, #Economie

L’UE bousille la géopolitique gazière dans les Balkans

Déterminé à ne point dépendre du gaz naturel russe, les bureaucrates de Bruxelles ont approuvé la construction d’un gazoduc trans-Adriatique allant d’Azerbaïdjan en Grèce. Semblant réalisable sur le papier, il y a juste un léger souci. C’est irréaliste. C’est la dernière mesure contre-productive dans la guerre des gazoducs européens contre la Russie. Les principaux perdants sont le consommateur et l’industrie de l’UE.

La Commission européenne vient d’approuver un accord entre le gouvernement grec et la société TAP AG pour construire le Trans Adriatic Pipeline qui acheminera du gaz azéri vers l’Europe. Le commissaire européen à la concurrence, la Danoise Margrethe Veestager, a déclaré: « Le gazoduc trans-Adriatique acheminera le nouveau gaz vers l’UE et accroîtra la sécurité de l’approvisionnement énergétique du Sud-Est de l’Europe. » Le régime fiscal allégé de Grèce sera accordé à la société TAP AG. Pour obtenir que le gouvernement grec criblé de dettes lui accorde un allégement fiscal de 25 ans, un consortium a été créé entre la compagnie BP, le groupe énergétique azéri nationalisé, SOCAR, et des entreprises italiennes et belges. Traversant la Grèce, l’Albanie et la mer Adriatique, puis le sud de l’Italie, raccordé au Southern Gas Corridor de l’UE, le gazoduc trans-Adriatique acheminera le gaz naturel de la mer Caspienne vers l’Europe. Le gazoduc devrait avoir un débit de 10 milliards de mètres cubes de gaz par an.

Réaction précipitée contre Gazprom

L’affaire du gazoduc trans-Adriatique a été annoncée précipitamment par Bruxelles, seulement quelques jours après que la compagnie russe Gazprom a dévoilé une nouvelle proposition visant à fournir du gaz aux pays des Balkans indépendants du réseau en dysfonctionnement de l’Ukraine déchirée par la guerre.

Le 25 février, afin d’amener le gaz naturel russe en Grèce, Gazprom a annoncé un nouveau projet de construction de gazoduc sous la mer Noire. Traversant un troisième pays non nommé, il continuera vers l’Italie. Alexeï Miller, PDG de Gazprom, Public Gas Corporation de Grèce et la société italienneEdison SpA de Rome, ont signé un mémorandum d’accord sur ce projet de nouvelle tentative de fourniture de gaz russe au Sud de l’Europe. Cela permettrait de se passer du réseau de pipelines problématique de l’Ukraine, et d’éviter la Turquie, en relation extrêmement hostile avec la Russie à propos de la guerre syrienne et de l’attentat contre un bombardier russe l’année dernière dans l’espace aérien syrien.

Jusqu’à la forte pression de Washington par l’intermédiaire de l’UE sur le gouvernement bulgare, pour qu’il annule son contrat de gazoduc avec la Russie, Gazprom prévoyait de compléter son gazoduc sous la Baltique, Nord Stream I, allant de Russie vers l’Allemagne, avec un gazoduc desservant les pays du Sud de l’Europe à travers la Bulgarie, appelé South Stream. Auparavant, pour alimenter tous les pays européens indépendants du réseau ukrainien, la Russie voulait livrer le gaz à travers le pipeline de 40 milliards dollars South Stream, doté d’un débit de 63 milliards de mètres cube, prévu pour traverser la Bulgarie vers la Serbie, l’Autriche, la Hongrie. Bruxelles et Washington ayant fait pression sur la Bulgarie, Gazprom a annulé ce projet. Les dires de Bruxelles, selon lesquelsSouth Stream était non conforme à la troisième offre énergétique de l’UE, ont été inventés de factopour bloquer la présence grandissante de Gazprom sur le marché gazier européen. Cela a finalement conduit le Président russe Vladimir Poutine à annuler le projet South Stream bulgare, qui avait été négocié avec la Bulgarie en tant que point d’entrée dans les marchés du Sud de l’UE. Comme s’en rendent compte les Britanniques et les autres populations de l’UE, le droit d’un pays à prendre des décisions souveraines n’existe pas dans l’organisation centralisée de l’UE.

En décembre 2014, à Ankara, lors d’une rencontre amicale de plusieurs jours avec Erdogan et les responsables turcs, Poutine a annoncé que Gazprom et la compagnie turque nationalisée BOTAS Petroleum Pipeline Corporation, étaient engagés dans des pourparlers sérieux au sujet d’un nouveau gazoduc sous-marin qui aboutirait à la frontière turco-grecque. De là, il pourrait continuer dans l’UE par des pipelines construits et appartenant aux divers membres de l’UE, et non à Gazprom, évitant ainsi la troisième directive sur l’énergie de l’UE. Maintenant que la Russie a imposé à la Turquie des sanctions économiques pour avoir abattu son Su-24 en novembre 2015, le Turk Stream est mort aussi.

Washington intervient avec le gazoduc trans-Adriatique

Moins d’une semaine après la rencontre entre Gazprom, les Grecs et les Italiens pour la signature du protocole d’accord sur le nouveau gazoduc russe appelé Poséidon, les médias grecs ont signalé, « L’UE et les USA se distancient de la relance du projet de gazoduc South Stream acheminant du gaz russe vers l’Europe via la Grèce et l’Italie. » Le choix des termes est révélateur. Sans parler de la distanciation de Bruxelles, sur quelle base juridique le régime US se distancie-t-il d’un contrat sur l’énergie entre Grecs, Italiens et Russes ? Se sont-ils attribués le droit de contrôler les flux d’énergie du monde ?

Le hic du truc

La précipitation de Washington à signer avec le gouvernement azerbaïdjanais un marché de fourniture gazière pour la Grèce, présente un léger ennui. De graves pénuries d’approvisionnement en gaz offshore forcent le gouvernement azéri et son groupe pétrolier et gazier nationalisé, SOCAR, à envisager l’éventuelle importation de gaz … de la compagnie russe Gazprom.

Tofig Gahramanov, le vice-président au développement stratégique de SOCAR, a annoncé le 19 février que « le travail d’avancement du projet Oil Gas Processing and Petrochemical Complex(OGPC) de SOCAR a été gelé temporairement. »

Le problème pour les autorités azerbaïdjanaises, et pour SOCAR en particulier, c’est que même si Natiq Aliev, le ministre de l’Énergie, a déclaré que la production globale de gaz augmentera légèrement, passant de 29,1 à 29,3 milliards de mètres cubes entre 2015 et 2016, toute baisse de production de SOCAR signifie que ses engagements à l’exportation existants risquent de laisser le pays à court de gaz pour son propre usage. Cela sans parler de la nouvelle exportation de gaz vers la Grèce, dans le cadre du projet de gazoduc trans-Adriatique imposé par Washington et Bruxelles.

La principale source de gaz exporté d’Azerbaïdjan, le gisement offshore géant de Shah Deniz exploité par BP, s’est déjà engagée à exporter vers la Turquie et la Géorgie. BP dit que la production de gaz stagnera dans les prochaines années. Il n’y aura pas de gaz pour la Grèce et l’Italie …

Toutes les manœuvres contre le gaz russe de la géopolitique énergétique de Washington et Bruxelles, engendrent de grandes crises dans les économies du Sud de l’Europe. La Serbie vient d’annoncer qu’elle se retrouvera définitivement sans le gaz russe traversant l’Ukraine en 2019, « et devra trouver d’ici là le moyen d’obtenir du gaz. »

Le projet de Washington consistant à proposer aux membres de l’UE du gaz de schiste sous forme liquéfiée, ne ressemble guère à une option viable. Du fait des prix très bas actuels des hydrocarbures, le secteur schistier étasunien est en crise existentielle. L’avenir du gaz de schiste a été révélé « peu encourageant » par les initiés de l’industrie. Les banques réduisant leurs lignes de crédit, de nombreuses entreprises du secteur schistier sont en dépôt de bilan et licencient des dizaines de milliers d’employés. À part cela, l’épuisement rapide des schistières signifie que beaucoup de puits les plus productifs entament une phase de déclin rapide. La bulle des hydrocarbures de schiste a éclaté aux USA. De plus, actuellement, dans l’ensemble des USA, il n’existe qu’un seul terminal en exploitation pour le gaz de schiste liquéfié, au Texas.

Le comportement de Washington et de Bruxelles rappelle une salle pleine de morpions gâtés se chamaillant à propos de qui aura le rôle du King of the Hill. Le monde est lassé de Washington s’accaparant toujours ce rôle. C’est barbant.

  1. William Engdahl est consultant en risques stratégiques et conférencier. Titulaire d’un diplôme en politique de l’université de Princeton, il est auteur de best-sellers sur le pétrole et la géopolitique. En exclusivité pour le magazine en ligne New Eastern Outlook.

 NEO, F. William Engdahl

Original : journal-neo.org/2016/03/24/eu-messes-up-in-balkan-gas-geopolitics/
Traduction Petrus Lombard

Commenter cet article

Archives

Articles récents