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Turquie: Encore des journalistes envoyés devant la cour criminelle

Publié par wikistrike.com sur 25 Mars 2016, 09:07am

Catégories : #Politique internationale, #Culture - médias - Livres - expos - rencontres

Can Dundar, rédacteur en chef du quotidien turc Cumhuriyet, et Erdem Gül, son chef de bureau à Ankara, après avoir été libérés de prison le 26 février 2016 à Istanbul ( CUMHURIYET DAILY NEWSPAPER/AFP/Archives / VEDAT ARIK )

Can Dundar, rédacteur en chef du quotidien turc Cumhuriyet, et Erdem Gül, son chef de bureau à Ankara, après avoir été libérés de prison le 26 février 2016 à Istanbul ( CUMHURIYET DAILY NEWSPAPER/AFP/Archives / VEDAT ARIK )

Deux célèbres journalistes turcs sont jugés à partir de vendredi pour un article accusant leur pays d'avoir livré des armes aux rebelles islamistes syriens, un procès emblématique des pressions exercées sur la presse par le président Recep Tayyip Erdogan.

 

Farouches critiques du régime islamo-conservateur, Can Dündar, rédacteur en chef du quotidien Cumhuriyet, et Erdem Gül, son chef de bureau à Ankara, comparaissent devant une cour criminelle d'Istanbul pour des accusations qui peuvent leur valoir la prison à vie.

Inculpés d'espionnage, divulgation de secrets d'Etat, tentative de coup d'Etat et assistance à une organisation terroriste, les deux hommes ont déjà passé plus de 90 jours en détention provisoire.

En mai 2015, ils avaient publié un long article, agrémenté de photos et d'une vidéo, faisant état de livraisons d'armes par des camions des services de renseignement turcs (MIT) à des rebelles islamistes en Syrie en janvier 2014.

Leur papier a provoqué la fureur de M. Erdogan, qui a toujours nié soutenir les mouvements radicaux hostiles au régime de Damas.

"Celui qui a publié cette information va payer le prix fort, je ne vais pas le lâcher comme ça", avait-t-il promis.

Sur réquisitions du parquet, les deux journalistes ont été placés en détention provisoire en novembre et le procureur a réclamé contre eux la réclusion criminelle à perpétuité.

Mais le 26 février, la Cour constitutionnelle, l'une des dernières institutions du pays qui échappe encore au contrôle du parti de M. Erdogan au pouvoir depuis 2002, a ordonné leur remise en liberté le mois dernier, estimant que leurs droits avaient été violés.

- 'Test pour l'Etat de droit' -

M. Erdogan a affirmé qu'il ne lui "obéirait pas" et a même clairement menacé de la dissoudre en cas de "récidive".

Le président turc Recep Tayyip Erdogan lors d'une conférence de presse à Ankara, le 23 mars 2016
Le président turc Recep Tayyip Erdogan lors d'une conférence de presse à Ankara, le 23 mars 2016 ( TURKISH PRESIDENTIAL PRESS OFFICE/AFP/Archives / KAYHAN OZER )

A 54 ans, Can Dündar a décidé de faire à la barre le procès du gouvernement. "Nous n'allons pas nous défendre, nous allons faire le procès des crimes de l'Etat", a-t-il annoncé au début du mois.

Il publie vendredi son nouveau livre, baptisé "Nous avons été arrêtés" ("Tutuklandik" en turc), dans lequel il a promis de révéler l'origine des informations qui lui ont permis d'accuser le gouvernement d'avoir livré des armes aux islamistes.

L'incarcération de MM. Dündar et Gül et les accusations lancées contre eux par la justice et le régime turc ont suscité un tollé dans l'opposition turque, les ONG de défense des libertés et de nombreuses capitales étrangères, qui dénoncent depuis des années la dérive autoritaire de M. Erdogan.

"Le procès de Dündar et Gül est un test pour l'Etat de droit en Turquie", a déclaré jeudi le secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), Christophe Deloire, qui doit assister au procès. "Nous appelons le tribunal à abandonner les accusations absurdes portées contre les deux journalistes", a-t-il ajouté.

Classé 149e sur 180 au classement mondial de RSF sur la liberté de la presse, le régime turc a lancé une offensive sans précédent contre les médias, sous couvert de lutte contre la "propagande terroriste".

Dernière victime en date, le groupe Zaman, proche de l'ennemi numéro 1 de M. Erdogan, l'imam Fethullah Gülen, a été placé sous tutelle judiciaire au début du mois.

Une centaine d'écrivains célèbres, dont le prix Nobel péruvien Mario Vargas Llosa ou le Sud-African J.M. Coetzee, ont écrit au Premier ministre Ahmet Davutoglu pour qu'il "change les lois qui restreignent indûment la liberté d'expression".

En pleine vague d'attentats, l'appel a peu de chance d'être entendu. Mardi encore, M. Davutoglu a dénoncé "l'alliance du mal" formée par certains médias, universitaires et dirigeants politiques qui "soutiennent les attaques contre la Turquie".


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