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Maroc : 66 000 domestiques mineures exploitées dans les villes

Publié par wikistrike.com sur 13 Avril 2016, 13:22pm

Catégories : #Social - Société

Maroc : 66 000 domestiques mineures exploitées dans les villes

Une nouvelle loi prévoit d’interdire le travail des mineures domestiques en dessous de 16 ans. Les défenseurs des droits des enfants dénoncent les insuffisances du texte.

 

À travers l’une des dispositions d’un projet de loi sur le travail domestique, les autorités marocaines abordent pour la première fois le sujet des « petites bonnes », ces mineures employées dans des conditions souvent désastreuses.

Le projet, qui établit un cadre juridique pour les employées de maison, fixe un âge minimum au-dessous duquel le recours à ces dernières sera interdit.

Pour le Collectif d’éradication du travail des petites bonnes, ces dispositions ne sont toutefois pas à la hauteur des enjeux.

66 000 à 88 000 « petites bonnes »

L’adoption du projet de loi devait avoir lieu en février, mais il a été reporté à avril après l’émoi provoqué par la fixation d’un âge minimum à 16 ans, au lieu de 18, comme le demandaient les défenseurs des droits des enfants.

L’Unicef avait publié un communiqué estimant que le projet ne suivait pas l’esprit des conventions internationales.

Entre 66 000 et 88 000 « petites bonnes » travailleraient dans les grandes villes. Âgées de 8 à 18 ans, issues de régions pauvres, elles ont été envoyées en ville par leurs familles.

« Elles peuvent travailler de 7 heures à minuit, tous les jours, raconte Omar Saadoun, travailleur social au sein de l’INSAF, qui lutte contre ce fléau. En échange, la famille reçoit 200 à 600 dirhams (60 €) par mois ! »

Un avenir ruiné

Isolées, privées de tout moyen de défense, les « petites bonnes » subissent des maltraitances de tous ordres.

« Cela ruine leur enfance, comme leur avenir, explique Bouchra Ghiati, présidente de l’INSAF. Beaucoup restent domestiques toute leur vie. D’autres tombent entre les griffes de types qui leur promettent la lune et finissent par les laisser tomber. Selon une étude de 2010, 42 % des mères célibataires sont d’anciennes petites bonnes ! »

Pour le gouvernement, la fixation d’un âge minimum s’inscrit dans le cadre des efforts du Maroc contre le travail des enfants. « Le nombre des enfants de 7 à 15 ans au travail a diminué de 517 000 en 1999 à 69 000 en 2014, argue Abdeslam Seddiki, ministre de l’Emploi et des Affaires Sociales. Et tout est mis en œuvre pour éradiquer le fléau des petites bonnes. »

L’opinion publique relativement indifférente

De leur côté, les ONG dénoncent une certaine tiédeur politique. « Les parlementaires nous disent tous qu’ils défendent un âge minimal à 18 ans,raconte Bouchra Ghiati. Alors comment se fait-il que le projet parle de 16 ans ? »es

L’école obligatoire jusqu’à 15 ans serait l’un des éléments d’explication. « Ce n’est pas un travail pour des mineures, s’insurge Malika El Atifi, de l’Unicef. C’est un travail pénible, parfois dangereux, et qui s’effectue derrière une porte close. »

« Le gouvernement opte pour une approche progressive en phase avec la réalité de la société », explique Abdeslam Seddiki. Derrière les débats sur l’âge minimum se cache aussi une relative indifférence de l’opinion publique, dans un pays où les différences sociales sont très marquées et l’emploi de domestiques répandu.

Un drame en 2013

Ces mineures sont embauchées plutôt par des familles de la classe moyenne, ayant des moyens limités et dont les deux adultes travaillent. « Mais l’opinion est largement défavorable au recours à ce type d’emploi », précise Abdeslam Seddiki.

L’exploitation des petites bonnes est pourtant rarement dénoncée. « Les gens ne se mobilisent pas, affirme Omar Saadoun. Sauf quand il y a un drame médiatisé, comme en 2013, lorsque l’une d’entre elles est morte des suites de mauvais traitements. »

« On sait en revanche que dans les deux régions où l’INSAF intervient, les parents n’envoient plus leurs petites », assure Bouchra Riati.

« Il faut généraliser les programmes d’aide à la scolarisation »

L’association agit depuis 2005 pour sensibiliser les familles, organiser le retrait des filles et appuyer leur réinsertion. « Nous proposons de mettre notre savoir-faire au service d’autres structures, affirme Bouchra Ghiati. Jusqu’ici sans succès. »

L’application de la loi est le deuxième sujet d’inquiétude des militants. Certes, une disposition du projet prévoit l’intervention des inspecteurs du travail en cas de requête, mais cela ne suffit pas à les rassurer.

« Un plan global devrait être mis en place, avec des moyens de contrôle effectifs,estime Malika El Atifi. Il faut aussi généraliser les programmes d’aide à la scolarisation qui existent déjà. » Malgré les avancées en la matière, 30 % des filles de 15 à 24 ans, issues du monde rural, n’ont jamais intégré le système scolaire.

 

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