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Pourquoi les récents développements en Syrie montrent-ils que l'administration Obama est dans un état de confusion agonisante

Publié par wikistrike.com sur 26 Septembre 2016, 09:12am

Catégories : #Politique internationale

Pourquoi les récents développements en Syrie montrent-ils que l'administration Obama est dans un état de confusion agonisante

Les derniers développements en Syrie ne sont pas, à mon avis, le résultat d'un plan délibéré des États-Unis afin d'aider leurs alliés « terroristes modérés » sur le terrain, mais plutôt le symptôme de quelque chose d'encore plus grave : la perte total de contrôle par les États-Unis sur la situation en Syrie, et possiblement ailleurs aussi. Permettez-moi juste de rappeler ce qui vient d'arriver : 

Premièrement, suite à des jours et des jours de négociations intensives, le secrétaire d'état Kerry et le ministre russe des Affaires étrangères Lavrov, finalement étaient parvenus à un accord de cessez-le-feu en Syrie qui potentiellement aurait pu, au moins « geler » la situation sur le terrain jusqu'à ce que l'élection présidentielle aux États-Unis ait lieu et que change l'administration (cela étant maintenant l'événement le plus important dans le proche avenir. Donc aucun plan de quelque nature que ce soit ne peut aller au-delà de cette date). 

Puis l'USAF, l'aviation étasunienne, avec quelques autres [membres de leur coalition - NdT] ont bombardé une unité de l'armée syrienne stationnaire, qui n'était pas engagée dans des opérations intenses, mais tenait simplement un secteur clé du front. Les frappes des États-Unis ont été suivies d'une offensive massive des « terroristes modérés » contenue à peine par l'aviation syrienne et les forces aérospatiales russes. Inutile de dire que suite à cette provocation effrontée l'accord de cessez-le-feu était mort. Les Russes ont exprimé leur total dégoût et indignation à propos de cette attaque et commencé à dire ouvertement que les étasuniens étaient « недоговороспособны ». Ce mot signifie littéralement « incapables-d'assumer-un-accord » ou incapables d'en faire un, et puis de s'y conformer. Bien que cette expression soit polie, elle est extrêmement forte car elle n'implique pas tant une tromperie délibérée mais le défaut de la capacité même d'établir une entente et ensuite de s'y conformer. Par exemple, les Russes ont souvent dit que le régime de Kiev est « incapable-d'accord », et cela a du sens étant donné que l'Ukraine occupée par des nazis est essentiellement un état failli. Mais de dire qu'une superpuissance nucléaire est « incapable-d'assumer-un-accord » est un diagnostic terrible et extrême. Essentiellement cela signifie que les étasuniens sont devenus fous et ont perdu la capacité même de faire toute sorte de transaction. De plus, un gouvernement qui rompt ses promesses ou qui tente de tromper mais qui, au moins en théorie, reste capable de respecter un accord ne serait pas décrit comme « incapable-d'assumer-un-accord ». 

Ce terme n'est utilisé que pour décrire une entité qui n'a même pas l'aptitude dans sa boite à outils politique, de négocier et de tenir un accord. C'est un diagnostic absolument dévastateur. 

Puis est survenu la scène pathétique et absolument non professionnelle, quand l'ambassadrice étasunienne aux Nations Unis, Samantha Powers a simplement quitté la réunion du Conseil de Sécurité au cours de l'intervention du représentant de la Russie. Encore une fois les Russes ont été tout simplement époustouflés, non pas par la tentative infantile d'offenser, mais par le manque total de professionnalisme diplomatique d'une puissance. Du point de vue russe, pour qu'une superpuissance simplement quitte la salle au moment-même où une autre superpuissance fait une déclaration cruciale est tout simplement irresponsable et, encore une fois, le signe que leurs homologues étasuniens sont totalement « à la ramasse ». 

Finalement est arrivée l'apogée : l'attaque du convoi humanitaire en Syrie pour lequel les états-Unis ont, bien sûr, voulu rejeter le blâme sur la Russie. Les Russes, une fois de plus, pouvaient à peine en croire leurs yeux. Premièrement, c'était une tentative tellement flagrante et franchement puérile, pour montrer que « les Russes font aussi des erreurs » et que « ce sont eux qui ont tué le cessez-le-feu ». 
Deuxièmement, il y eu cette déclaration étonnante des états-Unis, affirmant qu'il n'y avait que deux aviations susceptibles de l'avoir fait : les Russes ou les Syriens (Comment les étasuniens espéraient-ils s'en sortir avec cette déclaration, alors que cet espace aérien est complètement contrôlé par les radars russes ? Cela me dépasse !). On ne sait pas comment les étasuniens ont « oublié » de mentionner que leur propre aviation était également présente dans la région, ainsi que les aviations de nombreux alliés des É-U. Plus important encore, ils ont oublié de mentionner que cette nuit-là des drones armés Predator étasuniens volaient juste au-dessus de ce convoi. 

Ce qui est arrivé en Syrie est douloureusement évident : le Pentagone a saboté l'accord conclu entre Kerry et Lavrov et quand il a été accusé d'en être responsable, a monté une attaque sous fausse bannière dans le but de tenter de rejeter le blâme sur les Russes. 

Tout cela montre tout simplement que l'administration Obama est dans un état de confusion agonisante. Apparemment la Maison Blanche est tellement affolée par la perspective d'une victoire de Donald Trump en novembre qu'elle a essentiellement perdu le contrôle de sa politique étrangère en général, et syrienne en particulier. Les Russes ont littéralement raison : l'administration Obama est vraiment « incapable-d'assumer-un-accord ». 

Bien sûr, le fait que les étasuniens agissent comme des enfants frustrés et désemparés ne signifie pas que la Russie va rendre la pareille. Nous avons déjà vu Lavrov revenir en arrière et poursuivre les négociations avec Kerry. Non pas parce que les Russes sont naïfs, mais précisément parce que, contrairement à leurs collègues étasuniens, les Russes sont des professionnels qui savent que les négociations et les lignes de communications ouvertes sont toujours, et par définition, préférables à l'action de quitter la table, surtout face à une superpuissance. Ces observateurs qui critiquent la Russie pour sa « faiblesse » ou sa « naïveté » projettent tout simplement leur propre réaction selon leur « manière de se comporter », principalement étasunienne, sur les Russes et ne parviennent pas à réaliser tout simplement que les Russes ne sont pas les étasuniens ; ils pensent différemment et agissent différemment. C'est une réalité que, les Russes ne se soucient pas d'être perçus comme « faibles » ou « naïfs ». En fait, ils préféreraient être perçus comme tels si cela favorisait leurs objectifs et leur permettait de confondre l'adversaire sur leurs véritables intentions et capacités. Les Russes savent qu'ils n'ont pas construit le plus grand pays de la planète en étant « faibles » ou « naïfs » et ils n'ont pas à prendre de leçons d'un pays qui est plus jeune qu'un grand nombre de leurs édifices. Le paradigme occidental va généralement comme ceci : une crise conduit à la rupture de négociations et s'ensuit le conflit. Le paradigme russe est complètement différent : une crise conduit à des négociations qui sont menées jusqu'à la dernière seconde avant que le conflit n'éclate. Il y a deux raisons à cela : premièrement, continuer à négocier jusqu'à la dernière seconde rend possible la quête jusqu'à la dernière seconde d'un moyen pour éviter la confrontation, et deuxièmement, les négociations jusqu'à la dernière seconde permettent de se rapprocher le plus possible pour effectuer une attaque stratégique surprise. C'est exactement ainsi que la Russie a agi en Crimée et en Syrie - avec absolument aucun signe d'avertissement et encore moins, une annonce très médiatisée de puissance pour tenter d'intimider quelqu'un (l'intimidation est aussi une stratégie politique occidentale dont les Russes ne se servent pas). 

Ainsi Lavrov persistera à négocier, peu importe combien ridicules et inutiles de telles négociations paraîtront. Et Lavrov lui-même ne prononcera probablement jamais officiellement le mot « недоговороспособны », mais le message envoyé à ce stade au peuple russe et aux alliés syriens, iraniens et chinois par la Russie sera qu'elle a perdu tout espoir de négocier avec l'administration actuelle des États-Unis. 

Obama et Cie sont si préoccupés à essayer de cacher les problèmes de santé et de caractère d'Hillary Clinton et actuellement ne peuvent probablement pas penser à autre chose que comment survivre au prochain débat Hillary Clinton-Donald Trump. Le Pentagone et le Département d'État sont pour la plupart du temps occupés à se combattre l'un l'autre sur la Syrie, la Turquie, les Kurdes et la Russie. La CIA semble se battre contre elle-même, bien que cela soit difficile à vérifier. 

Il est probable qu'une sorte d'accord sera encore annoncé par Kerry et Lavrov, et si ce n'est pas aujourd'hui, ce sera demain ou le jour d'après. Mais, franchement, je suis entièrement d'accord avec les Russes : les étasuniens sont vraiment « incapables-d'assumer-un-accord » et dès cet instant le conflit en Syrie, de même que celui d'Ukraine, sont gelés. Je ne veux pas du tout dire « gelés » au sens « pas de combats », mais j'entends « gelés » dans le sens « pas de développement majeur possible ». Il y aura encore des combats, surtout maintenant que les alliés wahhabites et nazis des É-U estiment que leur patron n'est pas aux commandes, étant occupé avec les élections et les émeutes raciales, mais comme il n'y a pas de solution militaire rapide possible dans l'une ou l'autre de ces guerres, les affrontements et les tactiques offensives ne donneront aucun résultat stratégique. 

Hormis une opération de fausse bannière qui annulerait les élections étasuniennes, telle que l'assassinat d'Hillary Clinton ou de Donald Trump par un « tireur isolé », les guerres en Ukraine et en Syrie se poursuivront sans perspective de quelques négociations constructives que ce soit. Et quand Donald Trump ou Hillary Clinton entreront à la Maison Blanche, une grande « réorganisation » aura lieu au début de 2017. Donald Trump probablement voudra rencontrer Poutine pour une grande séance de négociations impliquant toutes les principales questions en suspens entre les États-Unis et la Russie. Si Hillary Clinton et ses néocons prennent la Maison Blanche, alors une sorte de guerre entre la Russie et les États-Unis sera presque impossible à prévenir.

 

Traduction Alexandre MOUMBARIS relecture Marie-José MOUMBARIS

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