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Le Sénat a une idée pour faire baisser le chômage : moins compter les chômeurs !

Publié par wikistrike.com sur 12 Octobre 2016, 05:25am

Catégories : #Politique intérieure, #Economie

Le Sénat a une idée pour faire baisser le chômage : moins compter les chômeurs !

 

Cela ressemble à du Ionesco. Les politiques pour lutter contre le chômage ont échoué. Les sénateurs, droite et gauche confondus, proposent un remède : changer la méthode comptable des demandeurs d'emploi.

 

s chiffres du chômage ne sont pas bons. Aussi pour remédier à cette situation, les sénateurs, droite et gauche unies, n'ont rien trouvé de mieux que de rendre public un rapport dans lequel ils préconisent de changer la méthode comptable des demandeurs d'emploi.

On voit bien l'intérêt d'une telle démarche : l'adoption d'un nouveau système permettrait d'en faire baisser le nombre de manière significative.

"Les chiffres (de Pôle Emploi) sont sincères, a cependant déclaré mardi le sénateur Philippe Dallier (Seine-Saint-Denis, Les Républicains), affirmant que les "soupçons de manipulation ne sont pas justifiés". "Mais nous proposons de changer la manière de communiquer sur ces chiffres".

Magique !

Le but de l'opération n'est plus seulement de se fonder sur ceux donnés par Pôle Emploi qui, chaque mois, comptabilise les nouveaux inscrits sur ses listes, mais de faire appel à l'Institut national de la Statistique et des études économiques (Insee) qui, tous les trimestres, publie des chiffres basés sur un sondage, établi selon un taux en vigueur au Bureau international du travail (BIT).

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L'échantillonnage trimestriel de l'Insee revient à 20 millions d'euros et une enquête mensuelle entraînerait un coût supplémentaire que le Sénat n'est pas en mesure d'évaluer.

Il y a actuellement 6,275 millions de chômeurs toutes catégories confondues – entre ceux de la catégorie A concernant les personnes sans aucun emploi à ceux de la catégorie E bénéficiaires de contrats aidés, en passant par ceux de la catégorie B ayant travaillé au moins 78 heures dans le mois.

Une nouvelle "méthodologie" permettrait de faire revenir le nombre de 4,3 millions. Comme par un coup de baguette magique.

"Nous voulons enrichir la méthodologie et apaiser le débat, a souligné Philippe Dallier. Car quand on parle du chômage, c'est quand même très conflictuel".

L'ancien ministre du Travail, Xavier Bertrand, président de la région Les Hauts-de-France ne dit pas autre chose. Auditionné par la commission sénatoriale, il a déclaré : "En France, le débat sur l'emploi est plus passionnel qu'ailleurs". Puis il a ajouté : "Force est de constater qu'aucune de nos politiques pour l'emploi n'a eu de résultats massifs : nous n'avons jamais vraiment réussi à lutter contre le chômage".   

Le "Halo autour du chômage"

Dans leur rapport, les sénateurs assurent que "les statistiques produites par l'Insee constituent une meilleure mesure du chômage malgré leurs limites". Car en effet, elles excluent de leur comptage les personnes en sous-emploi et en précarité et ce qu'ils appellent le "halo autour du chômage".

Voici la définition nébuleuse et quelque peu paradoxale qu'ils en donnent : "le "halo autour du chômage" correspond aux personnes inactives qui souhaitent un emploi sans être comptées comme chômeurs au sens du BIT, c'est-à-dire les personnes déclarant souhaiter travailler ou rechercher un emploi mais qui ne sont pas disponibles dans les quinze jours pour occuper un emploi ou qui n'ont pas fait de démarche active de recherche d'emploi au cours des quatre dernières semaines".

Le rapport se livre également à une étude comparative des pratiques relevées au Royaume-Uni, en Allemagne et en Italie où des réformes structurelles ont eu lieu. Ici ce sont les Jobcentre Plus anglais qui procèdent à un bilan approfondi de la situation des chômeurs longue durée tous les trois mois, avant d'être confié à un prestataire extérieur, là les mini-jobs allemands, payés 450 euros par mois et exonérés de l'impôt sur le revenu.

La démarche des sénateurs pour en finir avec les mauvais chiffres du chômage rappelle celle adoptée en 2003 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur. Jusqu'à cette date, ses prédécesseurs étaient contraints mois après mois de commenter les chiffres de la délinquance comptabilisés par leurs services. Il a suffi qu'il créée l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, placé sous l'égide de l'Institut national des Hautes études de la Sécurité et de la Justice, pour qu'on n'en parle plus.

 

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