Wikistrike

Wikistrike

Rien ni personne n'est supérieur à la vérité

Q.I. en baisse et perturbateurs endocriniens : l'iode à notre secours

Publié par wikistrike.com sur 7 Octobre 2016, 09:32am

Catégories : #Santé - psychologie

Enfant effectuant un test de QI. Certaines substances chimiques affectent la signalisation des hormones thyroïdiennes, essentielle au bon développement du cerveau du fœtus, du nouveau-né et de l’enfant en bas âge.

Enfant effectuant un test de QI. Certaines substances chimiques affectent la signalisation des hormones thyroïdiennes, essentielle au bon développement du cerveau du fœtus, du nouveau-né et de l’enfant en bas âge.

Alors que l'Europe tente de dresser la liste des molécules qui perturbent l'action des hormones thyroïdiennes essentielles au développement du cerveau, une première mesure consisterait à s'assurer que les futures mères disposent d'un apport suffisant en iodeLes hormones secrétées par la thyroïde sont des signaux endocriniens essentiels pour le développement du cerveau. Sans elles au bon moment, un enfant restera crétin - au sens médical du terme (1) - avec un QI de moins de 35. Mais différentes substances chimiques de notre quotidien sont susceptibles d'interférer avec l'action de ces hormones, comme le bisphénol A présent dans les biberons en plastique jusqu'à il y a peu, le paraben qu'on trouve dans certains cosmétiques ou le perchlorate dans l'eau du robinet.

Depuis 2001, différents travaux de recherche montrent que cette perturbation endocrinienne fait planer de réelles menaces sur notre santé et sur la biodiversité. Tandis qu'on observe parallèlement chez plusieurs populations une baisse de QI et une augmentation des maladies neuro-développementales.

Le rôle clé des hormones thyroïdiennes 

Il existe des liens évidents entre les rôles que jouent les hormones thyroïdiennes dans le développement du cerveau et les produits chimiques présents dans l'environnement susceptibles de perturber ce processus. La pollution chimique quotidienne (notamment celle in utero) peut en effet interférer avec le développement cérébral et les capacités intellectuelles. D'ailleurs, dès les années 1970, une poignée de produits chimiques (tels les PCB) furent pointés comme étant à l'origine de nombreux cas répertoriés de baisse de QI chez les populations exposées (2) avant d'être interdits aux États-Unis en 1976 et ailleurs dans les années 1980. Pourtant, le nombre de molécules non testées et potentiellement dangereuses a continué d'augmenter. Selon les statistiques des Nations unies, le volume des substances produites par l'industrie chimique a augmenté près de 300 fois depuis 1970. 

Aujourd'hui, aux États-Unis, les troubles du spectre autistique (TSA) affectent un enfant sur soixante-huit (dont un garçon sur quarante-deux), avec une nette augmentation de l'incidence depuis le début des années 2000. Ce phénomène coïncide avec une augmentation de l'incidence des troubles de déficit de l'attention - hyperactivité (TDAH). L'évolution des définitions diagnostiques et les causes génétiques ne représentent qu'une partie de cette augmentation. L'impact des facteurs environnementaux, qui exacerbent sans doute souvent les prédispositions génétiques, doit être pris en compte. Mais étant donné les centaines de milliers de produits chimiques fabriqués et rejetés dans l'environnement au fil des dernières décennies (sans ou avant que l'on teste leurs effets physiologiques), il est difficile de savoir par où commencer pour percer la complexité de leurs interactions. Or, l'urgence est là. Avec cinq autres chercheurs, américains et européens, nous avons publié en 2015 une étude (3) qui évalue le coût économique en Europe des effets de seulement trois de ces produits chimiques (un pesticide organophosphate, un retardateur de flamme et un plastifiant dans le groupe des phthalates) en lien avec cette baisse de QI et avec l'augmentation des maladies neuro-développementales. Nous sommes arrivés au chiffre énorme de 
157 milliards d'euros par an

C'est donc mon idée centrale : l'intelligence et la santé mentale de nos futurs enfants sont menacés par une exposition continue à des mélanges perturbant les hormones thyroïdiennes dans le corps de la mère, et ce dès la conception. 

Deux observations sont à la base de ce point de vue. La première est qu'une bonne partie de ces produits chimiques affectent la signalisation des hormones thyroïdiennes. La seconde est que la signalisation des hormones thyroïdiennes est absolument essentielle au bon développement du cerveau du fœtus, du nouveau-né et de l'enfant en bas âge. Des éléments récents indiquent par ailleurs que les hormones thyroïdiennes jouent un rôle essentiel à un stade très précoce du développement cérébral, durant les trois premiers mois de grossesse.

De fait, on retrouve de nombreux types de produits chimiques dans les fluides et dans les tissus humains (4) (graisse, urine ou sang/sérum) et même - plus inquiétant encore - dans le liquide amniotique, dans le sang du cordon ombilical et dans le lait. Nombre de ces substances sont retrouvées à des concentrations susceptibles d'interférer avec la signalisation des hormones thyroïdiennes, et donc avec le développement neurologique. Pendant la grossesse, un dérèglement des hormones thyroïdiennes peut être associé à une intelligence réduite, mais aussi à des troubles mentaux et comportementaux de l'enfant, tels que les TSA et le TDAH.

 

 

Agir sur la carence en iode 

Au final, les populations sont exposées à un double risque. Non seulement la pollution environnementale affecte ce système hormonal essentiel, mais dans bien des pays, la carence en iode, essentiel dans la production des hormones thyroïdiennes, aggrave également la situation, en particulier pendant la grossesse. Notre système de santé publique devrait s'assurer que toute femme enceinte dispose, dès les premiers jours, d'assez d'iode pour maintenir des réserves d'hormones thyroïdiennes satisfaisantes, pour elle comme pour le fœtus en développement. La meilleure façon d'y parvenir est de s'assurer qu'elles consomment assez d'iode (via des compléments alimentaires et l'utilisation du sel iodé). Cette mesure simple et peu onéreuse pourrait préserver la fonction thyroïdienne de la mère et le développement cérébral des enfants. Il pourrait ainsi contribuer à réduire les effets de la pollution chimique. 

© GARO/PHANIE
Parmi les perturbateurs endocriniens, le bisphénol A est désormais interdit dans les biberons et contenants alimentaires au sein de l'Union européenne. 
    

Aujourd'hui, nous sommes à un moment critique dans l'évaluation et la législation européenne sur les perturbateurs endocriniens. En juin 2016, la Commission européenne a proposé une définition et des critères pour identifier les perturbateurs endocriniens. Mais ils ne satisfont ni certains États membres ni les scientifiques, qui considèrent que les critères ne sont pas assez strictes, tandis que l'industrie chimique les considère au contraire comme trop contraignants. Ces propositions seront discutées dans les mois à venir. Il faut faire face au lobby industriel et amener la Commission à reconnaître la nécessité de déterminer les critères pour définir les perturbateurs endocriniens plus efficacement, comme on le fait depuis longtemps pour les substances carcinogènes. De telles mesures sont essentielles pour protéger la santé des futures générations et permettre à chaque enfant de réaliser pleinement son potentiel en tant que membre conscient et responsable de la société. 

Notes : 

1. Le crétinisme est un état pathologique, caractérisé notamment par une diminution des facultés intellectuelles, et souvent lié à une insuffisance thyroïdienne. 

2. « Effects of in utero exposure to polychlorinated biphenyls and related contaminants on cognitive functioning in young children », J. L. Jacobson, S. W. Jacobson et H. E. Humphrey, J Pediatr, 1990, 116 (1) : p. 38-45. 

3. « Neurobehavioral Deficits, Diseases and Associated Costs of Exposure to Endocrine Disrupting Chemicals in the European Union », M. Bellanger et al., J Clin Endocrinol Metab, 2015 : p. jc20144323. 

4. « Environmental chemicals in pregnant women in the United States: NHANES 2003-2004 », T. J. Woodruff , A. R. Zota et J. M. Schwartz, Environ Health Perspect, 2011, 119 (6) : p. 878-85.

Commenter cet article

Archives

Articles récents