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USA : Des psychiatres renommés achetés par les compagnies pharmaceutiques

Publié par wikistrike.com sur 15 Mars 2017, 09:16am

Catégories : #Santé - psychologie

USA : Des psychiatres renommés achetés par les compagnies pharmaceutiques

Nous vivons certes dans une société très différente de celle des USA, mais la vigilance s’impose : La publication médicale britannique The Lancet, la plus renommée au monde, accuse la recherche médicale et plus largement scientifique actuelle d’être gangrenée par des études faussaires ; à Bruxelles, le lobby pharmaceutique fait un travail de sape quotidien, et tout comme aux USA, la psychiatrie française médicalise de plus en plus des états normaux, ce qui permet de prescrire toujours plus de médicaments inutiles, voire toxiques, même à des enfants. Un exemple, les prescriptions de Ritaline (une amphétamine dangereuse) ont déjà explosé en France.

Tout comme les études scientifiques faussaires, les médecins, consultants et experts en bioéthique achetés représentent un danger pour toute la société, parce qu’elle est obligée de leur faire confiance, de leur déléguer la décision de prescrire des traitements et qu’elle n’a aucun moyen de se prémunir contre d’éventuels abus de leur part.


Par Bruce E. Levine
Source : Counterpunch

Que le cynisme soit de plus en plus un sport national aux USA ne devrait surprendre personne. Nous voyons régulièrement des grands mamamouchis de la banque échapper aux poursuites judiciaires qu’ils mériteraient, et des professionnels éminents – y compris des psychiatres – gagner des points de carrière après des actions blâmables.

De fait, les banquiers ne sont pas les seules huiles dont les carrières continuent à grimper malgré des conduites répréhensibles. Ce qui suit est une mise à jour des carrières de quelques-uns des membres du panthéon de la honte, y compris un groupe étrillé par une commission d’enquête du Congrès en 2008, et un psychiatre qui avait conduit des études destinées à induire des états psychotiques – des expériences en violation des principes d’éthique biomédicale énoncés par le Code de Nuremberg.

Avant de mettre à jour les psychiatres les plus éminents du pays, d’abord un psychiatre local éminent de Cincinnati, où je vis. En 2014, Melissa Delbello est devenue Secrétaire du Département de la psychiatrie et des neurosciences comportementales de l’université de Cincinnati, et plus tôt cette année, elle a été nommée « psychiatre éminente » par le Cincinnati Magazine. Cela, bien qu’en 2008, elle ait été publiquement prise à partie par un sénateur des USA à la suite d’un exposé du New York Times sur elle.

En 2008, Delbello a été ciblée par une commission d’enquête du Congrès sur les psychiatres qui contrevenaient aux réglementations fédérales et universitaires en acceptant de grosses sommes de la part de compagnies pharmaceutiques. Le sénateur Charles Grassley, consterné, a expliqué aux Américains comment Delbello, en réponse à la question d’un journaliste sur l’argent qu’elle percevait de la part d’une compagnie pharmaceutique, avait dit « Faites-moi confiance, je ne gagne pas tant que ça. » Delbello explique que sa citation avait été déformée par le journaliste du New York Times, mais il est établi qu’elle avait omis de mentionner les revenus hors honoraires qu’elle avait perçus en 2003 et 2004 de la part d’AstraZeneca, le laboratoire producteur du médicament antipsychotique Xeroquel, sur lequel elle avait fait des recherches en 2002. Le Times retraçait comment Delbello, dans un papier publié en 2002, avait rapporté que le Xeroquel, prescrit en combinaison avec le Depakote, était plus efficace dans le traitement des troubles bipolaires chez les adolescents que le Depakote seul. Delbello avait ensuite admis que cette étude – qui entre-temps était devenue une référence chez les prescripteurs de médicaments – n’était pas concluante.

 

Grassley a continué sur Delbello, « Je vais rapporter les actions d’un médecin pour expliquer comment les paiements de l’industrie à des experts médicaux peuvent affecter les pratiques médicales ». Il a enchaîné en dévoilant la somme de 238 000 dollars versés par le laboratoire AstraZeneca à Delbello (beaucoup plus que ce qu’elle avait admis). A la fin de son discours devant le sénat sur Delbello, Grassley a dit, « Cette situation est mauvaise à beaucoup de niveaux. C’est mauvais pour l’université de Cincinnati, qui comptait sur la bonne réputation de ses représentants ; c’est mauvais pour les patients, qui croyaient auparavant que les médecins n’étaient pas à vendre ; et il est mauvais que l’époque soit telle que nous nous voyions obligés de présenter un projet de loi sur la transparence des millions et des millions de dollars allant des compagnies pharmaceutiques dans les poches des médecins ».

Mais les conflits d’intérêt en psychiatrie restent « éthiques » s’ils sont publics. Ainsi, en 2015, Delbello a co-signé une étude avec l’auteur de premier plan Holland Detke, un employé et actionnaire de la compagnie pharmaceutique Eli Lilly, avec Delbello recevant elle-même des financements d’Eli Lilly, et avec une note en bas de page, après les références de l’article, qui indiquait « Cette étude a été financée par Eli Lilly et Co ».
Publiée dans un journal professionnel qui influence les pratiques de prescriptions de médicaments, la conclusion de l’étude établissait qu’un bon traitement pour les enfants de 10 à 17 ans diagnostiqués bipolaires consistait dans une combinaison entre un antipsychotique, le Zyprexa et un antidépresseur, le Prozac, deux médicaments produits par – vous l’aurez deviné – Eli Lilly.

Melissa Delbello, aujourd’hui Secrétaire du Département de psychiatrie de l’université de Cincinnati et nommée « psychiatre éminente » par le Cincinnati Magazine n’est que du menu fretin comparée au psychiatre Joseph Biederman. Biederman est en ce moment à l’Hôpital général pour enfants du Massachusetts, où il dirige le programme de recherches cliniques en psychopharmacologie pédiatrique et en troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) chez les adultes. Sa biographie stipule, « Le Dr. Biederman figure également chaque année dans la compilation des Meilleurs médecins d’Amérique. »

En 2009, le New York Times rapportait ce qui suit : « Le Dr Biederman – qui était directeur du Centre de recherches en psychopathologie pédiatrique Johnson & Johnson de l’Hôpital général du Massachusetts, à Boston – est pris dans deux controverses : l’une qui porte sur l’utilisation d’antipsychotiques sur des enfants et l’autre, sur des conflits d’intérêt. »

Dans le cadre de la première controverse/scandale, le Times rapportait sur Biederman, « un pédopsychiatre influent de Harvard avait dit au géant pharmaceutique Johnson & Johnson que des études planifiées des effets de ses médicaments sur des enfants donneraient des résultats profitables à la compagnie ». La deuxième controverse/scandale a été exposée par la commission d’enquête du Congrès de 2008 sur la psychiatrie. Le New York Times a rapporté sur Biederman, « C’est l’un des adeptes les plus en vue du diagnostic de troubles bipolaires chez des enfants de plus en plus jeunes et de l’utilisation de médicaments antipsychotiques pour les traiter, mais la plupart de ses travaux ont été commandités par les firmes pharmaceutiques dont il est consultant privé… Le Dr Biederman a gagné au moins 1,6 millions de dollars en honoraires pour ses activités de consultant de firmes pharmaceutiques, de 2000 à 2007, mais a « oublié » de déclarer publiquement ces gains. Il n’a fait état que des 200 000 dollars de son revenu d’officiel universitaire. »

D’autres psychiatres renommés, comme Charles Nemeroff et Alan Schatzberg, également épinglés par le Congrès en 2008, sont depuis retombés sur leurs pieds. Nemeroff, qui selon le New York Times avait gagné plus de 2,8 millions de dollars en offrant des conseils à des compagnies pharmaceutiques de 2000 à 2007, avait caché au moins 1,2 millions de dollars de ce revenu à son université. De plus, il avait violé des règles fédérales de recherche médicale. En 2011, Forbes a publié un article sur lui, « Comment un chercheur amoral a trouvé un refuge dans l’université de Miami ». Nemeroff est resté dans l’université de Miami, où il est en ce moment Secrétaire du Département de psychiatrie et de sciences du comportement et directeur du Centre de recherches sur le vieillissement. Et en 2008, les enquêteurs du Congrès ont également découvert que le président élu de l’APA (Association Psychiatrique Américaine) Alan Schatzberg de l’université de Stanford, détenait des actions dans une compagnie de développement de médicaments à hauteur de 4,8 millions de dollars. Cela n’a pas empêché Schatzberg de devenir directeur du Centre de recherches sur l’humeur de Stanford en 2009.

Ensuite, nous avons Jeffrey Lieberman, qui en 2013 est devenu président de l’APA.[1] Avec d’autres psychiatres éminents, Lieberman avait fait l’objet d’une dénonciation par le journaliste d’investigation Robert Whitaker du Boston Globe, en 1998, pour avoir mené des expériences sur des gens atteints de schizophrénie dans le but d’aggraver leurs symptômes. Depuis les années 1970 jusqu’au début des années 90, des psychiatres influents, dont Lieberman, ont mené des expériences sur des patients schizophrènes, à qui ils ont administré des psychostimulants dans l’espoir de voir ces drogues induire des états psychotiques, et des détériorations ont effectivement été notées.

Le code éthique de recherches médicales de Nuremberg, édicté après les horribles expériences sur des humains perpétrées par les médecins de l’Allemagne nazie, établit que les expériences médicales sur des sujets humains « doivent être conduites de façon telle que soient évitées toute souffrance et toute atteinte, physiques et mentales, non nécessaires. »
Toutefois, en 1987, Lieberman a conduit une étude dans laquelle des patients diagnostiqués schizophrènes, mais dont l’état était stable, ont reçu des doses de Ritaline jusqu’à ce que les symptômes de psychose réapparaissent. [2] En 1998, pour une série d’articles du Boston Globe sur les expérimentations sur des humains, Whitaker avait rencontré Lieberman, qui avait admis que les symptômes induits par ses expériences étaient parfois, selon ses mots, « effrayants et très désagréables ».

Induire des symptômes effrayants et désagréables chez des gens en état de vulnérabilité n’a pas empêché Lieberman de devenir président de l’APA de 2013 à 2014, et d’obtenir un contrat d’édition. En 2015, Lieberman a fait le tour des médias avec son nouveau livre « Shrinks », et a saisi l’occasion d’appeler Robert Whitaker « une menace pour la société ».

Bruce E. Levine est psychologue clinicien. Il est l’auteur de Get Up, Stand Up: Uniting Populists, Energizing the Defeated, and Battling the Corporate Elite (Editions Chelsea Green Publishing, 2011). Son site Web, http://brucelevine.net/

[1] NdT, L’APA s’est également signalée en tentant, en 2013, de sortir la pédophilie de la liste des troubles mentaux du manuel de diagnostic psychiatrique des USA, le DSM, et de la reclasser en simple « orientation sexuelle ». Voir ‘USA, Sale temps pour les pédophiles’. [2] NdT, La schizophrénie est une psychose.

Traduction Entelekheia – Photo Pixabay
A des fins de références, tous les liens d’origine en anglais ont été rétablis dans la version française de l’article.

source: http://www.entelekheia.fr/usa-psychiatres-renommes-achetes-compagnies-pharmaceutiques/

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