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Palestine: L'ambassadeur de France aux USA, sur le départ, déclare une vérité et créé le malaise

Publié par wikistrike.com sur 9 Mai 2019, 09:51am

Catégories : #Politique internationale

Palestine: L'ambassadeur de France aux USA, sur le départ, déclare une vérité et créé le malaise

par Ramzy Baroud

Une récente déclaration de l’ambassadeur de France quittant les États-Unis sur la nature de l’apartheid israélien accentue une pathologie majeure qui a affecté la politique étrangère de l’Union Européenne.

L’UE n’a tout simplement pas le courage de faire face à l’occupation illégale de la Palestine par Israël.

L’ambassadeur Gérard Araud, bien sûr, a eu raison lorsqu’il a dit au magazine américain « The Atlantic » qu’Israël était bien un État d’apartheid.

Observant le pouvoir disproportionné entre Israël et les Palestiniens, Araud a déclaré que les plus forts (c’est-à-dire Israël) peuvent conclure qu’ils n’ont aucun intérêt à faire des concessions.

Et comme Israël ne fera pas des Palestiniens des citoyens d’Israël, ils devront officialiser l’apartheid, comme nous l’observons de par la situation. Araud a ajouté :

« Il y aura officiellement un État d’apartheid, mais de fait, c’est déjà le cas« .

Le fait que Araud n’ait révélé de telles vérités évidentes qu’à la fin de sa mission diplomatique de cinq ans est révélateur de la nature de la politique en général et de la politique européenne en particulier.

La vérité désagréable est que l’UE a servi de laquais américain au Moyen-Orient et a constamment opéré dans les marges acceptables de Washington. La diplomatie de l’UE s’écarte rarement de cette maxime. Le fait que Araud ait osé parler est l’exception et non la règle.

Mais il est peu probable que les révélations de Araud se traduisent par quelque chose de substantiel. En outre, elles n’inciteront pas à repenser sérieusement la position de l’UE sur l’occupation israélienne ni à soutenir aveuglément les politiques militantes et racistes du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou à l’égard des Palestiniens.

Certains espéraient que l’arrivée d’un président erratique et agressif à la Maison-Blanche permettrait aux Européens de passer à l’action. Ils y ont été encouragés par le sommet de janvier 2017 sur le Moyen-Orient qui s’est tenu à Paris, malgré les protestations des États-Unis.

Plus de 70 pays ont ajouté leur voix à celle de leur hôte français, déclarant leur opposition aux colonies juives illégales et appelant à la création d’un État palestinien indépendant comme « la seule façon » d’instaurer la paix.

La déclaration finale du sommet a exhorté Israël et les Palestiniens à réaffirmer officiellement leur engagement en faveur de la solution à deux États. Le président français de l’époque, François Hollande, a expliqué que la motivation de son pays était simplement de faire en sorte que la solution des deux États soit le cadre de référence des futures négociations.

Mais à quoi cela a-t-il servi ? Israël et les États-Unis ont ignoré le sommet comme s’il n’avait jamais eu lieu. Tel-Aviv a poursuivi sa politique d’apartheid, couronnant ces efforts par la loi de l’État-nation en juillet, qui a déclaré Israël « État-nation du peuple juif ».

Trump, aussi, a complètement ignoré les Français et l’UE. Le 15 décembre 2016, il a choisi un partisan israélien convaincu, David Friedman, pour être son ambassadeur en Israël. Friedman s’oppose à la solution à deux États et fait encore référence aux territoires palestiniens occupés avec certaines anciennes désignations bibliques, la Judée et la Samarie.

Trump n’a pas non plus tenu compte de la position de la France lorsqu’il a transféré l’ambassade de son pays de Tel-Aviv à Jérusalem en mai de l’année dernière.

Comment l’UE a-t-elle réagi aux actions concrètes mais illégales des États-Unis ? Avec des déclarations plus redondantes qui ne faisaient que souligner leur position politique, mais sans mécanisme pour agir sérieusement.

En décembre dernier, huit ambassadeurs de l’UE, dont celui de la France, ont fait une déclaration à l’ONU visant clairement les États-Unis.

« Nous, membres du Conseil de l’Union Européenne (Sécurité de l’ONU), voulons réitérer une fois de plus et souligner l’engagement ferme et constant de l’UE à respecter les paramètres convenus pour une paix juste et durable au Moyen-Orient, fondée sur le droit international, les résolutions pertinentes de l’ONU et les accords précédents« , peut-on lire dans le communiqué.

Encore une fois, plus de paroles et aucune action. Le même schéma s’est répété après que Trump ait assumé la responsabilité d’accorder le plateau du Golan syrien occupé à Israël, défiant l’ONU, l’UE et, bien sûr, les aspirations de millions d’Arabes.

La responsable de la politique étrangère de l’UE, Federica Mogherini, a fait une autre déclaration, représentant 28 États de l’UE :

« L’Europe ne reconnaît pas la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan occupé« .

Les États-Unis vont reconnaître la souveraineté d’Israël sur le Golan – Caricature [Sabaaneh / MiddleEastMonitor]

Alors que les États-Unis défient le droit international par des mesures concrètes, l’UE se contente de simples paroles, insistant pour un statu quo qui, même lorsqu’il a été adopté par Washington, n’a causé que des souffrances aux Palestiniens.

L’incompétence de l’UE n’a d’égale que son hypocrisie. Israël jouit toujours de privilèges commerciaux avantageux avec l’Europe, et les relations diplomatiques entre Israël et la plupart des États membres de l’UE sont à un niveau record.

La seule initiative collective européenne qui semblait importante à l’époque a été prise en 2013, lorsque l’UE a demandé que les produits israéliens fabriqués dans les colonies juives illégales soient étiquetés comme tels. Après des années de marchandage, l’UE a admis que le contrôle des pratiques commerciales israéliennes en matière d’étiquetage s’est révélé impossible.

La position française sur le commerce avec les colonies illégales était particulièrement honteuse, alors que le Sénat irlandais a voté le 5 décembre pour mettre fin à l’importation des biens produits par les colonies, en octobre 2018 les Français ont fait exactement le contraire en suspendant les règles spéciales d’étiquetage.

En effet, l’inefficacité des politiques de l’UE n’a rien de nouveau et les mesures unilatérales de Trump ne sont pas non plus les seules responsables. En effet, les propos de l’ambassadeur français Araud sont cohérents avec la frustration ressentie par d’autres diplomates de l’UE au fil des ans.

En février 2013, un rapport publié par des diplomates de l’UE a décrit les colonies juives illégales comme la plus grande menace à la solution des deux États et a appelé Bruxelles à prendre des mesures décisives pour mettre un terme au système de colonisation « délibéré et provocateur » d’Israël.

Plus de six ans se sont écoulés depuis la publication du rapport, l’UE n’a rien fait pour arrêter les colonies illégales, qui se sont multipliées à pas de géant depuis.

Pire encore, lors des dernières élections remportées par Netanyahou, il a promis d’annexer les colonies juives illégales à Israël.

Étant donné l’appui inconditionnel des États-Unis aux annexions illégales antérieures de Jérusalem et du Golan par Israël, cela pourrait aussi être une réalité tangible dans un avenir proche. Après tout, la loi de l’État-nation juif reconnaît les colonies juives comme « valeur nationale » et l’État « s’efforcera d’encourager et de promouvoir (leur) établissement et leur développement« .

Face au soutien américain à Israël, la politique étrangère de l’UE est incohérente, faible et finalement un échec. Malheureusement, l’idée qui a pris de l’ampleur au cours des premiers mois de la présidence de Trump que l’UE pourrait élaborer une position de politique étrangère véritablement indépendante sur Israël et la Palestine s’est révélée fausse.

Pour changer tout cela, les membres de l’UE doivent prêter attention aux paroles de l’ambassadeur de France, reconnaître la réalité de l’apartheid en Palestine et agir contre lui avec la même force que le monde a agi contre l’apartheid sud-africain, qui a entraîné son effondrement définitif et irréversible en 1994.

Source : Francia y la UE, reconociendo y apoyando la realidad de la segregación racial en Palestina

traduit par Réseau International

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