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« Pouloducs », élevages intensifs, aliments importés : les dérives de l’œuf bio industriel

Publié par wikistrike.com sur 9 Septembre 2019, 06:24am

Catégories : #Ecologie - conso - biodiversité - énergie

« Pouloducs », élevages intensifs, aliments importés : les dérives de l’œuf bio industriel

Des élevages industriels de poules pondeuses bio apparaissent en France, encouragés par un règlement européen qui n’impose aucune limite de taille. Sur le terrain, les agriculteurs et organisations soucieux de préserver les petits élevages et les valeurs fondamentales de l’agriculture bio lancent l’alerte.

C’est un marché en pleine expansion. Un œuf sur cinq vendu aujourd’hui dans l’hexagone provient d’un élevage labellisé en agriculture biologique [1]. A la différence des poules élevées en cage ou « au sol », qui ne voient ni soleil ni herbe, celles élevées en plein air, en bio ou label rouge, ont accès à un parcours extérieur. Ces élevages peuvent cependant être assez imposants : la majorité des œufs bio vendus en grande surface proviennent d’exploitations comptant au minimum 3000 poules [2]. Et les fermes qui se spécialisent en œufs bio ont en général des élevages trois fois plus grands.

La tendance ces dernières années est même à l’agrandissement. « Des élevages de plus de 15 000 poules pondeuses biologiques sont apparus en France ces dernières années. Ils ne représentent encore que 2% des exploitations mais déjà 20% du cheptel »alertait la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab) début 2019. Jusqu’où ira cette course à l’agrandissement ?

Les exploitations géantes légalisées par un nouveau règlement

Un nouveau règlement européen de l’agriculture biologique a été voté en mai 2018 et entrera en vigueur en 2021. Il pourrait accélérer l’industrialisation des élevages. Le règlement précédent prévoyait 3000 poules pondeuses par bâtiment. « Cela a été interprété de manière large par des États membres qui l’ont traduit par "3000 poules pondeuses par salle d’élevage" », observe Fiona Marty, chargée des affaires européennes à la Fnab. Le terme « bâtiment » a ainsi été remplacé par « compartiment » dans le nouveau règlement.

Un éleveur peut ainsi concevoir un bâtiment avec quatre « compartiments », séparés par des cloisons, abritant chacun 3000 poules. Total : 12 000 gallinacées pondeuses, dont les œufs pourront être sans problème labellisés bio... Sachant que l’éleveur peut construire d’autres bâtiments, pour accueillir encore plus de poulaillers géants. « Ça légalise les dérives que l’on voit déjà sur le terrain, constate David Léger, secrétaire national de la Fnab en charge de la filière volailles. En Italie, il y a un élevage bio de 100 000 poules, vous imaginez ? Ne pas mettre de taille maximale sur les élevages de poules pondeuses bio n’a pas de sens ! On va vers des systèmes invraisemblables. »

« Si c’est pour reproduire ce qu’il s’est passé en conventionnel, quel est l’avenir du bio ? »

Des entreprises comme Sanders, leader français des aliments composés pour animaux et marque du groupe Avril, se sont déjà engouffrés dans la brèche, comme en témoigne Jean Marc Restif, administrateur du groupement des agriculteurs biologiques en Ille-et-Vilaine (AgroBio35). Engagé dans la bio depuis vingt ans, il siège dans une commission en charge de valider les projets d’installation et d’agrandissement dans son département [3]« On a récemment vu passer un dossier avec un projet industriel de 24 000 poules pondeuses où le bâtiment faisait 4000 m2 », alerte-t-il.

Outre la taille gigantesque, assimilable à ses yeux à de la bio industrielle, Jean-Marc Restif déplore le modèle « clé en main » associé à ce projet. Dans le cadre d’un contrat dit de « prestation », le producteur s’engage à acheter le bâtiment, les poussins et l’aliment auprès d’une entreprise. Cette dernière, en contrepartie, lui achète toute sa production d’œufs à un prix « garanti » sur une durée déterminée. « Les producteurs ne discutent rien, ils sont juste libres de signer en bas du contrat. Ce modèle n’est pas durable et ne privilégie ni l’éleveur, ni le consommateur. Si c’est pour reproduire ce qu’il s’est passé en conventionnel, quel est l’avenir de la bio ? », alerte Jean-Marc Restif.

 

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