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Comment l’État a laissé tomber son usine de production de masques, l’une des plus importantes au monde

Publié par wikistrike.com sur 14 Avril 2020, 07:41am

Catégories : #Economie, #Politique intérieure

Comment l’État a laissé tomber son usine de production de masques, l’une des plus importantes au monde

Le gouvernement prétend qu’il était impossible de prévoir le besoin en masques. C’est faux. Pour parer au risque de pandémie, une usine bretonne, près de Saint-Brieuc, était chargée de produire des dizaines de millions de masques FFP2. Abandonnée sous le quinquennat Hollande, l’usine est définitivement fermée en 2018. Ses machines sont vendues au prix de la ferraille, puis détruites.

« Il ne reste que les murs : tout a été détruit », souffle un ancien salarié de l’usine de Plaintel en Côtes-d’Armor. Avec sa production montée à 200 millions de masques FFP2 [1] par an, destinée à l’État français, « on était le plus gros producteur d’Europe », affirme-t-il. L’usine a fermé ses portes en 2018. Aujourd’hui, face au nouveau coronavirus, la France manque de masques. C’est en catastrophe qu’Emmanuel Macron annonce l’augmentation de la production française de 15 à 40 millions (chirurgicaux et FFP2) d’ici au mois de mai. Mais l’immense majorité des stocks – 2 milliards – doit en fait arriver de Chine, « par pont aérien d’ici la fin juin », selon le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. La France est dépendante des aléas du marché mondial en crise. « On ne peut pas demander aux gens de l’avoir prévu il y a dix ans », a lancé le président de la République, agacé par les critiques. Et pourtant, l’État l’avait prévu. Il y a quinze ans.

Un État stratège

Dès 2003 et l’épidémie de Sras en Asie, le gouvernement français réfléchit à une stratégie de production de masques sur le territoire national. « À cette époque, nous étions le seul fabricant français et j’ai été contacté pour réfléchir à cette stratégie », se souvient Roland Fangeat, ancien président de la division respiratoire du groupe français Bacou-Dalloz, propriétaire de l’usine de Plaintel, en Bretagne. En 2005, alors que le virus H5N1 menace le pays, la dépendance de la France à la production étrangère et aux risques de ruptures d’approvisionnement en cas de pandémie mondiale est au cœur des préoccupations. « Les Chinois ont été très clairs avec nous : s’ils étaient touchés, ils produiraient pour eux-mêmes d’abord : ce qui est logique », se souvient Xavier Bertrand, alors ministre de la Santé (gouvernement Villepin).

Au cours d’une mission d’information de l’Assemblée nationale sur les mesures préventives face à cette grippe A, Gérard Dumont, haut fonctionnaire au ministère de la Santé en charge de la question des masques, pointe l’urgence : « En cas d’événements infectieux graves à l’échelle mondiale, les exportations s’arrêteront. Il faut mettre en place une industrie française du masque ! », clame-t-il alors. Problème : avant cette date, « il n’y avait pas réellement d’industrie du masque en France, admet Didier Houssin, directeur général de la Santé à l’époque. Alors, avec Bercy, on a lancé des marchés publics pour donner naissance à cette industrie. On était dans un esprit de stock de défense ». Une logistique d’arsenal militaire. La première commande est confiée à sept prestataires dont une seule entreprise française : Bacou-Dalloz, devenu par la suite Sperian, et son usine à Plaintel, pour 12 millions de masques. Puis, l’État demande aux industries nationales d’augmenter leur capacité de production.

Une industrie dédiée « à la protection des personnes particulièrement exposées »

Roland Fangeat interroge les députés : « Que se passera-t-il dans deux ou trois ans, quand nous aurons une capacité de production de 200 millions [de masques par an], alors que le marché n’absorbera plus que 60 millions ? » En décembre 2005, le gouvernement signe un contrat avec le groupe ainsi que quatre autres partenaires français comme Paul Boyé, aujourd’hui prié de refabriquer en catastrophe des FFP2. Objectif : « installer sur le territoire national des ateliers de production de masques FFP2 », à 35 centimes l’unité, prix fixe. Le protocole d’accord signé par Xavier Bertrand fait presque office de délégation de service public.

 

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