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Cellule de renseignement Demeter : quand la gendarmerie se met au service de l’agro-industrie

Publié par wikistrike.com sur 14 Octobre 2020, 22:02pm

Catégories : #Ecologie - conso - biodiversité - énergie, #Politique intérieure, #Social - Société

Cellule de renseignement Demeter : quand la gendarmerie se met au service de l’agro-industrie

Voilà bientôt un an qu’une cellule de renseignement a été mise en place par le ministère de l’Intérieur, dédiée aux « atteintes au monde agricole », en partenariat avec la FNSEA, le syndicat majoritaire. Les « actions de nature idéologique » sont dans le viseur et plusieurs militants écologistes ont déjà été inquiétés. Critiquer le modèle agro-industriel et ses pollutions deviendra-t-il un délit ?

« Le monde agricole en France subit deux agressions par heure. » Ce chiffre, lancé en août 2020 par un animateur d’une radio nationale, a de quoi interpeller [1]. Il est tiré du dossier de presse du ministère de l’Intérieur réalisé à l’occasion du lancement de la cellule Demeter. Ce dispositif a été créé le 13 décembre 2019, sous l’égide de la Direction générale de la gendarmerie nationale, pour « assurer la sécurité des agriculteurs ».

« De plus en plus, nos agriculteurs sont visés par des intimidations, des dégradations, des insultes, indiquait Christophe Castaner, alors ministre de l’Intérieur, en compagnie de Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA, syndicat agricole majoritaire. « Des individus s’introduisent dans leurs exploitations agricoles et les bloquent. Ils font des films aux commentaires orduriers, avant de jeter les exploitants en pâture sur les réseaux sociaux. Parfois même, les intrus dégradent, cassent et volent. Ces phénomènes (...) nourrissent l’agribashing, la défiance et l’hostilité. »

À regarder de plus près les données du ministère, on est pourtant bien loin des deux « agressions » par heure. Deux tiers de ces « atteintes » sont des vols et des cambriolages. Sur ces 9000 vols, le ministère signale 24 vols avec violences. Le monde agricole est donc confronté en moyenne à deux agressions par mois, et non par heure. Les agressions verbales, elles, ne sont pas quantifiées. Le ministère note également une hausse des destructions et dégradations (+ 23 %) avec 1675 faits. Concernant les intrusions dans les élevages, abondamment relayées par la FNSEA, une vingtaine ont été comptées parmi les infractions en 2019, selon la gendarmerie nationale [2].

Les « actions de nature idéologique » dans le viseur

Le ministère de l’Intérieur conclut à une hausse de 1,5 % des atteintes au monde agricole entre 2018 et 2019. Pour arriver à ce constat, la cellule Demeter vise pêle-mêle les auteurs de vols et de dégradations, les « occupations illégales de terrains agricoles » par des « gens du voyage » ou pour des « free parties », les intrusions animalistes dans les élevages, les actions anti-fourrure et anti-chasse, les dégradations touchant les boucheries et abattoirs... mais aussi les « actions de nature idéologique, qu’il s’agisse de simples actions symboliques de dénigrement du milieu agricole ou d’actions dures ayant des répercussions matérielles ou physiques ».

Pour Morgan Ody, paysanne dans le Morbihan, ce mélange des genres vise à faire taire celles et ceux qui organisent des actions symboliques contre le système de l’agriculture industrielle. Son syndicat, la Confédération paysanne, a mené plusieurs actions ces dernières années, visant notamment la « ferme-usine » des 1000 vaches dans la Somme. « Serons-nous bientôt traînés en justice et punis pour dénoncer publiquement les fermes-usines et leurs impacts sociaux et environnementaux ? Ce ne sont pas les agriculteurs qui sont critiqués, mais bien le système agricole. »

 

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