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Rien ni personne n'est supérieur à la vérité

Après avoir viré 30% de ses fonctionnaires et baissé tous les salaires, la Lettonie entre dans le club privé des nouveaux pauvres de la "zone euro"

Publié par wikistrike.com sur 6 Janvier 2014, 15:45pm

Catégories : #Economie

Bienvenue à la Lettonie dans le club branché des pays déconnectés

 

 

 

 

eurodictature-lettonie-euro.jpg"Le dernier entrant dans le Club despays membres de la zone euro est loin d’être un partenaire aux comptes incontestables… Voici pourquoi.

Vous avez aimé Chypre ? Vous avez aimé la Grèce ? Vous allez adorer la Lettonie, qui vient de faire son entrée dans le Club des 18 pays membres de la zone euro. Car ce petit pays de 2,2 millions d’habitants, coincé contre l’énorme Russie est, en puissance, un concentré de Grèce et de Chypre… Vous pensiez sans doute, comme beaucoup de Français, que ce nouveau partenaire de la zone euro était un "pays du Nord", aux comptes blancs comme neige ? Erreur : s’il fallait le replacer sur la carte de la transparence financière, il rejoindrait, sans conteste, les "pays du Club-Med" ou, mieux, les Piigs (Portugal, Italie, Irlande, Grèce et Espagne), ces pays qui ont joué de leur appartenance à l’euro pour se lancer dans une frénésie de dépenses ou qui ont un peu arrangé leurs conditions d’entrée…

Conditions d’entrée abracadarantesques

La Lettonie sera, après l’Estonie, le deuxième pays de l’Ex-Union soviétique à intégrer l’euro. Olli Rehn, le vice-président de la Commission européenne a, comme de juste, salué cette entrée : "L’expérience de la Lettonie montre qu’un pays peut surpasser avec succès des déséquilibres macroéconomiques, même sévères, et en sortir plus fort". Mais cette intégration n’était ni souhaitée par sa population, qui a massivement voté contre (à plus de 61% contre seulement 22% de favorables), ni même par la Banque centrale européenne (BCE) qui, en terme diplomatique, a fait part de ses doutes. Sa formulation vaut le détour : "la soutenabilité à plus long terme de la convergence économique du pays" dit-elle, "est une source de préoccupation".

Qu’est-ce qui rend la BCE si nerveuse ? Tout simplement les conditions d’entrée du pays, qui sont quasiment aussi abracadabrantesques que celles de la Grèce. Sur le papier, Riga affiche en effet une croissance insolente, quatre fois supérieure à la moyenne des 17 autres pays de la zone. Son inflation devrait à peine dépasser les 2% recommandés par le pacte de stabilité monétaire, et le chômage devrait y être contenu. Sauf que pour faire entrer son pays dans l’euro, le Premier ministre, Valdis Dombrovskis, a eu recours à un remède de cheval. Baisse de 30% du nombre des fonctionnaires, baisse des commandes publiques et baisse des salaires. Conséquence : le déficit public est passé de 8% à 1,2%, l’inflation de 15% à 1 à 2% et la dette est tombée à 40% du PIB ! Mais les effets de cette purge risquent de se dissiper dès l’entrée effective dans l’euro. La situation n’est en effet pas si brillante que cela : en trois ans de reprise en main, la production nationale a reculé et la population s’est appauvrie.

Shoot bancaire

Mais ce n’est pas tout : pour gonfler sa croissance, le pays s’est aussi injecté un shoot bancaire. Et aujourd’hui, 70% de son économie repose sur ses services financiers. La potion a été efficace, mais elle est diablement dangereuse, car elle repose sur la technique chypriote : accueillir, sans y regarder de trop près, les avoirs étrangers. La mise en place du plan de sauvetage de Chypre, l’an dernier, a largement profité aux banques lettones dont les employés, tous russophones, ouvrent à tour de bras, depuis des mois, des comptes pour des milliers de Russes.

Et sur les 20 milliards d’euros de dépôts des banques lettones, plus de la moitié appartiennent à des non-résidents. En majorité russes. Ceux-ci y profitent, en plus, d’un arsenal juridique très pratique, avec des holdings d’une transparence plus que relative… Alors, bombe à retardement ou pas ? Mario Draghi, en tous cas, a déjà ouvert le parapluie : à travers un communiqué de la BCE, il a pointé, il y a quelques semaines, "l’importance des dépôts étrangers dans les banques lettones, source de risques importants pour la stabilité financière". Vous ne pourrez pas dire que vous n’aviez pas été prévenus…"

 

Eric Treguier, Challenges.fr

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