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Austérité en Europe : l’énorme boulette du FMI

Publié par wikistrike.com sur 7 Janvier 2013, 12:52pm

Catégories : #Economie

Austérité en Europe : l’énorme boulette du FMI

 

Olivier Blanchard, l’ancien professeur au MIT et économiste en chef du FMI, l’a reconnu le 4 janvier dernier : le FMI s’est trompé. Habitués à penser que l’action de l’Etat sur l’économie était faible – ou néfaste – les économistes du Fonds ont dramatiquement sous-estimé l’effet récessif des coupes budgétaires.


2010 WEO BLANCHARD DECRESSIN KOEVA BROOKS ABIAD

 

Blanchard l’explique benoîtement : lorsqu’ils ont élaboré, avec la Commission européenne et la BCE, les plans de rigueur pour la Grèce, le Portugal ou l’Irlande, les experts du FMI ont repris les données habituelles, sans prendre en considération l’ampleur de la crise. Selon ses termes : “Les prévisionnistes du FMI ont nettement sous-estimé l’augmentation du chômage et la baisse de la demande intérieure associée à l’assainissement budgétaire” [voir ici son rapport].

Ainsi, sur le plan technique, les modèles des économistes de Washington utilisaient la valeur de 0,5 pour ce que l’on appelle le “multiplicateur budgétaire” : une baisse des dépenses publiques de 10 milliards d’euros ne devait diminuer le PIB que de 5 milliards (10 milliards * 0,5).

Le problème, comme le rapportent Xavier Timbaud ou Eric Heyer, c’est que, dans la réalité, les multiplicateurs sont bien plus forts, de l’ordre de 1,5, et même supérieurs à 2 dans certains cas (y compris dans des pays comme les Etats-Unis).

Selon Heyer :

A l’exception des travaux d’Alesina [un fondamentaliste du marché], un large consensus émerge des derniers travaux théoriques et empiriques existants dans la littérature économique : une politique de consolidation budgétaire est préférable en période de reprise de l’activité et est pernicieuse voire inefficace lorsque l’économie est à l’arrêt.

Si celle-ci doit être menée en période de basse conjoncture, une augmentation des impôts serait moins néfaste à l’activité qu’une réduction des dépenses publiques…

On remarquera d’ailleurs que si la plupart de ces travaux sont récents, certains datent de 2009 ou de 2010 (provenant même parfois du FMI lui-même). Le Fonds aurait donc du faire son mea culpa, amorcé en octobre 2012 (voir l’article d’Heyer), bien plus tôt.

Blanchard présente la situation en ces termes (extraits) :

« Il est naturel de se demander si les prévisionnistes n’auraient pas sous-estimé les multiplicateurs budgétaires, c’est-à-dire les effets que la réduction des dépenses publiques ou les hausses d’impôts peuvent avoir à court terme sur l’activité économique. (…)

Dans l’encadré publié en octobre, nous nous sommes concentrés principalement sur les prévisions relatives aux économies européennes pour le début de l’année 2010. La raison est simple : les conditions étaient réunies pour que les multiplicateurs soient plus larges qu’en temps normal.

Blanchard mentionne trois explications à la valeur plus élevée que la normale des multiplicateurs :

- l’impossibilité pour les Banques centrales, dont le taux d’intérêt est déjà proche de zéro, de compenser les répercussions négatives des baisses de dépenses publiques en diminuant leur taux d’intérêt. Dans de telles conditions, les multiplicateurs budgétaires peuvent être supérieurs à 3.

- la paralysie du système financier, qui empêche les personnes et les entreprises d’emprunter, ce qui rend leur consommation fortement dépendante de leurs seuls revenus courants (que les baisses de dépenses publiques réduisent).

- lorsque l’activité économique est très déprimée, les multiplicateurs budgétaires sont plus forts, pouvant atteindre 2,5 en période de récession.

Nos résultats suggèrent que les multiplicateurs budgétaires ont été effectivement plus importants que ce que supposèrent les prévisionnistes. Mais quelles étaient leurs hypothèses ?

Certaines études basées sur des données d’avant-crise pour les économies avancées [voir le World Economic Outlook du mois d’octobre 2010 (FMI, 2010)] font état de multiplicateurs d’environ 0,5 et il est plausible que les prévisionnistes, en moyenne, firent des hypothèses cohérentes avec ce chiffre.

La note du FMI du mois de mars 2009 contient une évaluation qui supposait des multiplicateurs compris entre 0,3 et 0,5 pour les recettes publiques et entre 0,3 et 1,8 pour les dépenses publiques (FMI, 2009, p. 32).

Les multiplicateurs étaient effectivement largement supérieurs à 1 au début de la crise.

Il n’y a pas un seul multiplicateur en tout temps et pour tous les pays. Les multiplicateurs peuvent être plus ou moins élevés au cours du temps et d’une économie à l’autre. Puisque les économies connaissent une reprise et quittent la trappe à liquidité, les multiplicateurs sont susceptibles de revenir à leurs niveaux d’avant-crise. Néanmoins, il semble prudent pour le moment, lorsque l’on pense à la consolidation budgétaire, de supposer que les multiplicateurs sont plus élevés qu’avant-crise. (…)

Les résultats ne signifient pas que la consolidation budgétaire n’est pas souhaitable. Pratiquement toutes les économies avancées doivent relever le défi de l’ajustement budgétaire en réponse aux niveaux élevés d’endettement public et aux pressions que l’évolution démographique exercera à l’avenir sur les finances publiques. »

Source : Olivier Blanchard et Daniel Leigh, « Growth forecast errors and fiscal multipliers », FMI, working paper, n° 2013/1, janvier 2013.

Howard Schneider, journaliste au Washington Post, qualifie les déclarations d’Olivier Blanchard “de mea cupla stupéfiant” :

Le document contient quelques idées subtiles et potentiellement inquiétantes sur le fonctionnement du Fonds. Blanchard écrit qu’il ne pouvait pas vraiment déterminer quels multiplicateurs les économistes ont utilisé dans leurs prévisionsLeur valeur était implicite dans leurs modèles de prévision – elle était considérée comme une hypothèse de base plutôt que comme une variable qui devait être affinée en fonction des circonstances nationales.

Autrement dit, à l’approche d’une crise qui a déchiré la zone euro, ni Blanchard ni aucun autre membre de la vaste armée de techniciens du FMI n’a pensé à vérifier si les hypothèses économiques de base sur la région étaient encore vraies en temps de crise.

C’est la prégnance des modes de pensée qui explique que les économistes aient raisonné “comme d’habitude”, quand tout avait changé. Mais ces habitudes intellectuelles, ou cette paresse, sont d’autant plus susceptibles de se produire que l’on raisonne dans un cadre de pensée qui s’assume comme intemporel et universel.

Blanchard le reconnaît : les circonstances changent, ce qui est valable à un moment à un endroit ne l’est pas à un autre. Les multiplicateurs de la Grèce aujourd’hui ne sont pas ceux des Etats-Unis, ni même ceux de la Grèce d’avant la crise.

Cela, pour les macro-économistes keynésiens ou marxistes, c’est évident. Ces pensées sont ouvertes au contexte car elles se préoccupent du fonctionnement concret des économies, et parce qu’elles admettent que les institutions influencent durablement la marche de l’économie.

Si le FMI s’est planté comme il l’a fait, ce n’est pas seulement parce qu’il accorde trop d’importance à des experts déconnectés des réalités du terrain – ce qui est un problème considérable -, c’est aussi parce que ces experts ont, encore aujourd’hui, en tête un modèle intellectuel, celui du marché parfait, qui est fondamentalement fermé à la prise en compte de la variété des circonstances.

Source : Gilles RAVEAUD

 

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JASTREBIEC 07/01/2013 19:41


A part une balle dans la nuque....quelle mesure peut on prendre  pour rendre ces co...exploitables ?

astrohotonaute 07/01/2013 14:32


Une corde pour chacun des F(u)mistes.

Dire qu'on a fait une erreur, quand le plan était planifié est la plus belle façon de tenter de se dédouaner. A ce niveau de responsabilité, on ne se base pas que sur des ratios et des chiffres,
mais sur son intelligence et sur les conséquences qui en découleront.

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