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Rien ni personne n'est supérieur à la vérité

Avant de mourir dans un accident (ou pas), le vice-président de la BCE vous raconte les véritables causes de la crise dans un discours historiquement intègre...

Publié par wikistrike.com sur 11 Juin 2013, 16:18pm

Catégories : #Economie

 

 

Vítor Constâncio, vice-président de la BCE, décrit les véritables causes de la crise

 

A diffuser et à rediffuser...

 

Le Vice-Président de la Banque centrale européenne, le Portugais Vítor Constâncio, a récemment prononcé un discours remarquable lors d’une conférence de la Banque de Grèce. Je dis « remarquable » parce qu’il dénonce les arguments austéritaires (entre autres, de l’Allemagne) et souligne le rôle de l’intégration financière européenne en tant que cause majeure de la crise. Jamais une personnalité aussi élevée de la zone euro, Constâncio est peut-être le fonctionnaire européen le deuxième plus puissant après Mario Draghi, n’a conforté ainsi les thèses des progressistes américains (Krugman, etc.) et des souverainistes français (Dupont-Aignan, etc.).

Je présente un résumé du discours ainsi qu’une traduction de passsages choisies. Les diapos du discours sont également disponibles.

 Constâncio présente quatre arguments principaux :

  1. La crise n’est pas principalement due aux déficits publics excéssifs, c’est-à-dire au non-respect du Pacte de Stabilité et de Croissance (la fameuse règle des 3 %). Des pays qui l’ont respecté connaissent des crises graves (Irlande, Espagne), des pays qui ne l’ont pas respecté s’en sortent relativement bien (France, Allemagne).
  2. La crise est surtout due à l’explosion des prêts et de la dette privés, notamment sous l’impulsion des bulles financières provoquées par les investissements douteux des banques.
  3. Ces déséquilibres économiques ont été provoqués et agravés par l’intégration financière européenne, qui a complètement libéralisé les mouvements de capitaux et rendu ces bulles incontrôlables.
  4. L’euro a placé les pays de la périphérie en position de vulnérabilité financière comparable à des pays du Tiers-Monde, notamment à cause de la fuite massive des capitaux et l’incapacité de s’auto-garantir par la banque centrale.

Traduction :

[L]e premier des récits de la crise, progressivement corrigé par les universitaires mais toujours apprécié dans certains segments de l’opinion, peut être résumé ainsi : Il n’y avait rien de fondamentalement erroné avec la conception initiale de l’[Union économique et monétaire], et la crise a été provoquée principalement du fait que plusieurs pays de la périphérie n’ont pas respecté cette conception – en particulier les règles budgétaires du Pacte de Stabilité et de Croissance – ce qui a provoqué la crise des dettes souveraines. C’est le récit « c’est surtout budgétaire », qui peut être facilement lié à deux autres : l’indiscipline budgétaire a provoqué la surchauffe économique, l’augmentation des salaires et des prix impliquant une perte de compétitivité, et cela a ensuite provoqué une crise de la balance des paiements.

Si ce récit présente une cohérence interne, elle n’est pas exacte, surtout en tant que cause principale de la crise.

D’abord, il n’y aucune corrélation marquée entre le respect ou non du Pacte de Stabilité et de Croissance avant la crise par un État-membre donné, et les taux d’intérêts demandés par les marchés financiers aujourd’hui. Par exemple, l’Allemagne et la France n’ont pas respecté le Pacte en 2003-4 ; l’Espagne et l’Irlande l’ont respecté à peu près complètement jusqu’à 2007. […]

Je propose, pour avoir un récit plus exact des causes de la crise, qu’on regarde au-delà des seules politiques budgétaires : les déséquilibres sont venus principalement de l’augmentation des dépenses du secteur privé, qui étaient eux-mêmes financés par les secteurs bancaires des pays créditeurs et débiteurs. […]

D’où est venu le financement pour cette explosion de la dette privée ? Un aspect particulier du processus d’intégration financière en Europe après l’introduction de l’euro a été une augmentation importante de l’activité bancaire transfrontalière. Les prêts [exposure] des banques des pays non-stressés [c’est-à-dire, pas en crise, France, Allemagne, etc.] aux pays en crise ont quintuplé entre l’introduction de l’euro et le début de la crise financière.

Si cette explosion des flux financiers a été distribuée de manière très inégale parmi les pays de la périphérie, elle les a touché tous, et limiter ses effets s’avéra extrêmement difficile.

De mon expérience j’ai pu directement constater les difficultés auxquelles ont fait face les pays de la périphérie. Les règles européennes sur le libre mouvement des capitaux, l’objectif de créer un champs uniforme [level-playing field] pour les différents secteurs bancaires, et la croyance en l’efficacité de marchés financiers soi-disant auto-équilibreurs, ont tous rendu extrêmement difficile la mise en œuvre d’une quelconque politique d’endiguement. De plus, personne n’a jamais prédit qu’un arrêt soudain, caractéristique des économies émergentes, pourrait se produire dans la zone euro.[...]

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