Brétigny : Et la justice choisit un expert… en automobile !

 

 

 

 

train02.jpgLa désignation de Robert Hazan, spécialisé dans la sécurité routière, pour enquêter sur le déraillement du train Paris-Limoges, suscite les critiques.

La semaine dernière, le parquet d'Évry a nommé un expert judiciaire pour enquêter sur le déraillement du train Paris-Limoges survenu à 17 h 14 le 12 juillet en gare de Brétigny-sur-Orge. Selon nos informations, il s'agit de Robert Hazan, expert automobile, consultant en accidentologie, agréé par la Cour de cas­sation.

Cet ingénieur, qui a cofondé l'Institut technique d'accidentologie et qui a réalisé près de 2000 expertises dans le cadre des accidents graves de la circulation routière (carambolages, accidents mortels en compétition, affaires criminelles, faux accidents, vols et trafics de véhicules), enFrance comme à l'étranger, est un expert très connu dans les tribunaux. Questionné sur ce choix, le parquet d'Évry répond au Figaro : «Si nous avions choisi un expert 100 % ferroviaire, il se serait agi d'un expert de la SNCF. Or nous voulions quelqu'un d'indépendant.»

C'est donc confronté à ce dilemme que le parquet a fait le choix de cet expert. Robert Hazan avait notamment été mandaté par la justice pour l'affaire de Villiers-le-Bel. Il s'agissait de l'accident entre le policier qui conduisait une voiture et une moto conduite par deux adolescents qui avaient trouvé la mort. Deux jours d'émeutes avaient suivi à Villiers-le-Bel. Contacté par nos soins et interrogé sur sa qualification ferroviaire, Robert Hazan répond: «Les trains, je n'en fais pas énormément mais j'en ai fait quelques-uns.»

Chez les cheminots, le choix d'un expert spécialisé en automobile surprend. «Les automobiles sont des ensembles assez légers, qui plus est, il ne s'agit pas de transport guidé, à la différence du train. Il aurait mieux valu un métallurgiste ou un expert en génie civil», estime un syndicaliste. «Pourquoi ne pas avoir nommé un expert judiciaire étranger, spécialiste du ferroviaire?», ajoute un autre. «L'expertise métallurgique sera très poussée», assure-t-on cependant au parquet.

Instruction judiciaire

Ces interrogations sur le choix de l'expert interviennent dans un contexte d'enquête compliqué.Comme Le Figarol'écrivait samedi, un expert interne à la SNCF, lors d'une réunion qui s'est tenue mercredi 17 juillet à la gare Montparnasse, confiait ne pas avoir eu accès à la scène intacte du déraillement. Dans une situation particulièrement difficile comme c'était le cas le soir de l'accident à Brétigny, la priorité a été donnée à l'évacuation des blessés.

Pour les besoins de l'enquête judiciaire dite de flagrance, des photos ont été faites sur place ainsi que des films pour «figer la scène» avant que celle-ci ne soit modifiée. «On nous a reproché d'avoir tardé à libérer les lieux afin de pouvoir rétablir la circulation des trains, explique-t-on en off au parquet d'Évry. Nous avons pu résister et empêcher la reprise du trafic pendant plusieurs heures alors que certains auraient aimé qu'il reprenne plus vite.»

Un syndicaliste présent à la réunion de Montparnasse regrette: «On aurait pu attendre des enquêteurs qu'ils sécurisent la scène pour la laisser intacte jusqu'à l'arrivée de l'expert.»

Dans le courant de la semaine, le procureur d'Évry devrait annoncer l'ouverture d'une instruction judiciaire et la nomination d'un juge d'instruction, une fois que la police judiciaire de Versailles aura bouclé son enquête. Ce juge aura tout loisir de nommer d'autres experts judiciaires en plus de Robert Hazan. Les victimes espèrent que l'étape que constitue l'ouverture de l'instruction marquera la fin des polémiques qui ont entouré le début de l'enquête judiciaire.

Pour l'instant, trois enquêtes coexistent: l'une judiciaire, et deux autres, menées par la SNCF et le Bureau enquête sur les accidents de transport terrestre (BEA-TT).

 

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