Samedi 16 avril 2011 6 16 /04 /Avr /2011 17:02

Claude Guéant : Mais qui es-tu, poète ?

 

Jean-Luc Godard avait raison de dire que « si on voulait avoir une idée du régime politique français, il fallait regarder qui était Ministre de l’Intérieur ». Après l’aimable Brice, voici Monsieur Claude. Homme de l’Ombre hier, Ministre en pleine lumière aujourd’hui.

66 ans et la peau lisse.

Notre Homme Claude est tout prêt à ressortir ses origines. Une mère institutrice, un père modeste employé de transport. Pas de doute, voilà un petit gars arrivé à la force de ses poignets et de… sa poigne. Autour de lui, de bien gentils camarades : , Bernard Squarcini, Michel Sapin.

Monsieur Claude a 66 ans et il a arpenté tous les trottoirs de l’Intérieur. Hier, secrétaire général de la Police Nationale, avant-hier ancien Directeur Général de la même Police Nationale. Aux temps jadis, en 1971, il est sortant de l’ENA, optant derechef pour le Ministère de l’Intérieur avant de se mettre en 1977 au service de Christian Bonnet. En 1991, il sera adoubé par l’ami Charles Pasqua qui en fait son directeur adjoint de cabinet avant de le faire, en 1994, Directeur Général. Voilà donc 40 années que le cher Claude sillonne les couloirs de la Maison et en occupe tous les tiroirs. Le bonhomme, Senior approchant les 70 ans, garde la peau lisse. Cet homme des mots feutrés et des ordres sans discussion est infatigable.

Un Stakhanoviste.

Les courtisans de l’UMP l’appellent «Le Cardinal», d’autres plus peureux encore le surnomment «La Tour de Contrôle». Pour être plus direct, c’est «l’Homme du Pouvoir absolu». Les journaleux du , version Lagardère, sont impressionnés par son rythme de travail. Le Claude bosse de six heures du matin à 22 heures le soir, «sans oublier les week-ends»…

Qu’on en juge : il nomme, il convoque, il oriente les dossiers, il s’entretient dans les alcôves, il se diplomate en parallèle, il intervient dans les médias, il assiste Nicolas tous les lundis matins, il supervise les équipes de Com’, il tance le personnel élyséen et les Secrétaires d’Etat, il participe à la composition des gouvernements, il appelle les ministres pour les informer de leurs nouvelles attributions, il compose et décompose l’élaboration des listes UMP pour les régionales, il négocie des accords diplomatiques, il chouchoute Grégoire Verdeaux, il approuve la nomination de Véronique Rampazzo etc.

Gentil gentil le Monsieur Claude ?

Le bonhomme aux allures très démocratiques n’a jamais été élu et il ne se met – paraît-il – jamais en colère. Pour les journaleux des Echos, il s’agit là de courtoisie et d’un sens de l’écoute inégalé. On peut imaginer ces qualités-là lorsqu’on sait que pour , le Claude mériterait d’être promu «adhérent d’honneur du FN». Divine Marine ! Elle assure que notre Claude serait de plus…«touché par la grâce».

Un très vilain collaborateur anonyme déclare au contraire que ce Monsieur Claude «n’aime pas la concurrence». «Quand il sent que vous pouvez lui faire de l’ombre, il fera ce qu’il faut pour vous mettre à l’écart». Bouhhhh, le vilain courtisan !

Un vieil oncle débonnaire (ben voyons).

A Paris-Match (février 2010), Claude est tout content de se voir qualifié de «vieil oncle de province débonnaire». Il raconte ses vacances en Grèce, sur un bateau loué par ses deux enfants (Pas le yacht de Bolloré, hein !). C’est sa première sortie en mer : bon, OK, «ce n’est pas super confortable, mais c’est vachement sympa». Notre Ministre, depuis cette sortie, nous mène superbement et régulièrement en bateau. De son métier de préfet, il avoue encore : «Franchement, je me suis éclaté». Un vocabulaire de d’jeune pour ce Senior de 66 ans : impressionnant, non ?

Il est l’inventeur de Tout et son contraire.

Claude Guéant noie admirablement le poisson en distillant le poison. Le dimanche avant la messe, il dit qu’il n’est plus question d’interdire les prêches en arabe, répétant aux représentants du Conseil français du Culte musulman qu’il «veillera au bon déroulement» du débat sur la laïcité mais le lundi au réveil, on l’entend clamer, bon sang mais c’est bien sûr, que «l’accroissement du nombre des fidèles de cette religion, un certain nombre de comportements, posent problème».

Sa mère, institutrice, n’a pas du lui donner les bonnes leçons puisque son fiston ne sait même pas lire le premier sens du mot «croisade» dans le Petit Robert : «expédition entreprise par les chrétiens pour délivrer les lieux saints occupés par les Musulmans». Il joue à faire le malin en sautant – pour se défendre – dans la seconde définition : « Croisade : campagne menée pour créer un mouvement d’opinion». Allez, hop ! Elève Claude, au piquet ! Et avec un bonnet d’âne.

Claude est le Roi du Double jeu. Le Tout et son Contraire est la spécialité de sa tambouille. Les décisions qui seront prises après le 5 avril – dixit le Père Claude – «permettront aux musulmans de vivre leur religion de façon plus apaisée». Mais ailleurs il jète de l’huile sur le feu en déclarant de façon péremptoire et mensongère : « Il est clair que les prières dans les rueschoquent un certain nombre de concitoyens« . Ah bon? LES rues ?  Tu nous donnes les adresses, cher Claude ?

Bah ! Pour corroborer l’état d’apaisement,  il suffit de lire la page d’accueil de 20 minutes «En raison de débordements systématiques sur ce type de sujet, nous nous voyons contraints de fermer cet article aux commentaires. Merci de votre compréhension».

 

 

 

La famille et les familiers

 

Le Professeur et Maître : .

Le gourou de  est le même que celui qui propulsa Chouchou au Top-niveau : Charles Pasqua. Celui-ci le fera directeur adjoint de cabinet au Ministère de l’Intérieur, puis Directeur Général de la Police Nationale en 1995. Secrétaire Général de l’Elysée, le Monsieur Claude va dès lors épaissir considérablement son carnet d’adresses qui ira d’Edouard Stern à Robert Bourgui, de Tapie père et fils à Patrick Balkany etc.

Sur la Françafrique, Claude deviendra  le nouveau Jacques Foccart, se faisant les dents à tenter par exemple de séduire le Président de l’Angola, pays où veulent s’implanter les amis de Chouchou (Bouygues et Bolloré). D’autres missions suivront : le Rwanda, la Syrie («Quand nous avons renoué une relation normalisée avec la ­Syrie, il se trouve que j’étais le mieux placé pour aboutir»), la Libye avec les infirmières bulgares, l’entretien des amitiés de Bongo père et fils, les Voyages à Ryiad, l’éjection de Jean-Marie Bockel etc. Un haut-fonctionnaire dit de lui qu’il «a désormais la haute main à la fois sur les questions africaines et sur celles de renseignement».

, le fiston à pistons.

Sur son blog, le fils de Claude, François, se présente comme président de la Mission locale de  et comme suppléant du député Loïc Bouvard, 4ième circonscription du Morbihan mais ce même fiston oublie de mentionner que Papa avait poussé , patron des Chambres de Commerce et d’Industrie, président de l’ACFCI à embaucher le cher François en 2009 pour faire du lobbying.Voir ici. Mais il se murmure que le fiston est moins doué que le Grand Patron, préférant blaguer avec Bernard Laporte et Basile Boli.

Famille Guéant : après le fils, je demande le Gendre.

Jean-Charles Charki, le gendre de Claude Guéant, fit partie des effectifs de la boutique de . Les deux hommes ont travaillé ensemble, comme au Tchad, où ils ont piloté conjointement la privatisation des télécoms. A partir de 2009, Charki va se spécialiser dans l’Afrique et le Moyen-Orient. Tiens, tiens… au moment même où Claude, le beau-père, se spécialise, lui aussi, dans les mêmes créneaux. Notons que Jean-Charles fit un passage en audit chez Arthur Andersen. Dans ce cabinet, passèrent le regretté Eric Woerth et Florian Bourges qui «enquêta» sur Clearstream.

Alexandre Djouhri.

Alexandre Djouhri est un patron surpuissant financièrement qui possède plusieurs sociétés de négoce international. C’est un soutien sarkozyste de haute volée qui compte dans ses amis personnels Henri Proglio, Yazid Sabeg et Dominique De Villepin (c’est Alex par exemple qui pousse ces derniers temps DDV à se réconcilier avec Chouchou). On dit aussi que si «les articles sur Djouhri sont rarissimes, ce n’est pas un hasard» car il veut travailler dans l’ombre.

Travailler dans l’Ombre, Claude Guéant connaît : il est à l’Intérieur depuis sa sortie de l’ENA en 1971. «Je le vois de temps à autre, dit notre nouveau Ministre au sujet d’Alexandre Djourih. Je l’apprécie. Ce n’est pas un ami intime mais il est très agréable». BiBi se demande si 1. Djourih, né dans un milieu modeste d’une famille algérienne, est Auvergnat, version Hortefeux et2. si il a aidé Claude Guéant à étudier le Coran.

Cousin Germain.

Germain, le fiston d’Alexandre Djourih, a épousé la fille d’un proche de Poutine, Serguei Chemezov, récemment décoré de la Légion d’honneur à l’Elysée. A Londres, où il réside, le Germain s’est rapproché d’un ancien associé de Messier… tiens, tiens, le gendre de Guéant, ce même Jean-Charles Charki. L’amitié, y a que ça de vrai.

Claude Guéant connaît la Musique.

Monsieur est très très curieux. Pour se tenir au courant, il possède cinq téléphones. Toujours sur le qui-vive. On dit qu’il aime beaucoup décrypter les Médias. Les méchantes langues, bouhhh, diront qu’il les «surveille». Particulièrement, ces supposés électrons libres que sont Mediapart, Rue89 ou  Bakchich par exemple.

Monsieur Claude se plaint de ne pouvoir lire. Il adore cependant Dos Passos et Steinbeck (A-t-il seulement pu déchiffrer les «Raisons de la Colère» du peuple contre son Chouchou ?). Il aime écouter du Mozart (2012 : petite Musique de la Nuit sarkozyste ? Le Requiem ?) mais il n’a pas le temps. Il est tout chagrin de ne pas avoir pu nouer des amitiés durables. Pourtant sur son compte FaceBook, le cher Claude compte 1900 potes.

Il aime les gens mais aime t-il les Muezzins ?

Il y a encore un an, Claude Guéant confessait avec regret de n’avoir pu s’essayer à une carrière politique. Déconfiture sarkozyste oblige, il croit rendre service à son protégé en montant au créneau et en s’installant dans la provocation islamophobe. Faire de la politique «est un métier noble, exaltant». «Faire campagne, serrer des mains, ça ne me gêne pas du tout.J’aime les gens». Mais il ajoutait ce même mois de février 2010 : «Mais la question ne se pose plus. Ma carrière est derrière moi». Bon, Claude, t’es toujours là mais on fera en sorte qu’en 2012, ta carrière soit – cette fois-ci -  vraiment derrière toi.

Par wikistrike.over-blog.com - Publié dans : Politique intérieure
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