Mardi 27 décembre 2011 2 27 /12 /Déc /2011 13:39

Comment truque-t-on un match de foot?

Avec un coureur et quelques barbes.

Micah Richards et Jérome Boateng lors du match de Ligue des champions Bayern Munich-Manchester City le 27 septembre 2011, REUTERS/Kai Pfaffenbach

- Micah Richards et Jérome Boateng lors du match de Ligue des champions Bayern Munich-Manchester City le 27 septembre 2011, REUTERS/Kai Pfaffenbach -

Quatre-vingt treize joueurs de football et responsables d’équipes viennent d'être mis en examen par les autorités turques: ils sont soupçonnés d'avoir participé à des trucages de match. Les autorités de la Fifa mènent par ailleurs une enquête visant les équipes nationales de Cuba, de la Grenade et du Salvador, qui sont soupçonnées de fraudes similaires. En Europe, les responsables de l’Uefa tentent d'endiguer les rumeurs de triche: certains résultats de la prestigieuse Champions League auraient été jugés par trop extravagants, notamment la victoire de Lyon à Zagreb. Mais comment s’y prend-on pour truquer un match de foot?

Il suffit d’acheter un joueur vedette et de le laisser convaincre ses coéquipiers. Dans The Fix: Soccer and Organized Crime, le journaliste Declan Hill décrit par le menu le monde peu reluisant des trucages de matchs. Les truqueurs engagent un «coureur» - un intermédiaire local jouissant de relations au sein de la ligue. C’est souvent un ancien joueur cherchant à arrondir ses fins de mois. Il repère une star du ballon rond susceptible d’être soudoyée (dettes de jeu, frais de divorce exorbitants…), lui verse une avance, et lui promet de lui donner le solde si les résultats escomptés sont au rendez-vous (si le joueur échoue, les truqueurs s’en prendront à lui, personnellement).

Le joueur se charge alors de répartir la somme entre ceux de ses coéquipiers qui acceptent de se prêter au jeu. Il suffit généralement de corrompre quatre ou cinq joueurs pour garantir une défaite. Il arrive que les truqueurs tentent d’acheter la complicité des arbitres, mais cette stratégie s’avère moins fiable: il leur est particulièrement difficile d’influencer un match sans trahir leurs véritables intentions.

Pour bénéficier pleinement du subterfuge, les truqueurs doivent passer des paris conséquents. Ils traitent généralement avec le marché asiatique, qui brasse des volumes beaucoup plus importants que les réseaux occidentaux (le marché asiatique des paris sportifs réalise plus d’opérations quotidiennes que la Bourse de New York). Mais même en Asie, les gros paris peuvent attirer l’attention d’une société de surveillance (comme Betradar) et, plus tard, celle des autorités.

C'est pourquoi les truqueurs ont souvent recours à des «barbes», chargées de passer des paris plus modestes en leur nom. (Au XIXesiècle, les truqueurs portaient de fausses barbes pour placer leurs paris sans être reconnus au guichet). Ils font ensuite courir le bruit que le match sera truqué, mais laissent entendre que les tricheurs sont dans l'équipe qui, précisément, ne triche pas. Les parieurs qui ont vent de cette fausse rumeur misent alors aussitôt contre la position des truqueurs; les mouvements suspects sont ainsi nettement moins susceptibles d’être repérés.

Ce type d’arnaque est-il fréquent? Difficile à dire. De nombreux cas de trucages orchestrés par des asiatiques ont été avérés dans des petits pays, ou dans les petites divisions de grandes nations. Selon Declan Hill, les tricheurs seraient parvenus à truquer un certains nombre de matchs de la Coupe du monde, mais aussi de la Champions League et des plus grands championnats européens. L'ouvrage de Hill est toutefois controversé, et certains observateurs du monde du football doutent que le trucage soit aujourd'hui un problème sérieux en première division.

En revanche, un autre type de trucage existe – et s’avère beaucoup plus fréquent. Dans tous les sports de ligue, il arrive que l’issue d’une rencontre de fin de saison n’importe qu’à l’une des deux équipes en question. Il n'est pas rare, alors, de voir des joueurs peu motivés concéder un match à leurs adversaires - et ce de façon parfois ostentatoire. En règle générale, cette décision est motivée par la courtoisie professionnelle, et personne ne dicte le comportement des joueurs. Mais les cas de corruption existent. En 1993, l’équipe de l'Olympique de Marseille avait été prise sur le fait: le club avait tenté de soudoyer son adversaire, Valenciennes, pour l’amener à perdre délibérément.

«Match truqué»: une expression quelque peu galvaudée. Le cas de corruption le plus célèbre du monde du football demeure le scandale du Calcio, en 2006. La Juventus (entre autres clubs de premier plan) a fait savoir qu’elle pouvait nuire à la carrière de tout arbitre lui étant désagréable, allant même jusqu’à acheter des cartes SIM pour discuter avec certains arbitres en toute discrétion. On parle encore de «trucage» dans ce cas, mais ces pratiques sont plus proches du trafic d’influence: faire pencher la balance de son côté lorsque le sort menace de favoriser l’adversaire.

 

Brian Palmer

Traduit par Jean-Clément Nau 

Slate.fr

Par wikistrike.com - Publié dans : Sport, exploit
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