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Rien ni personne n'est supérieur à la vérité

documents chocs : la sphère des surveillances

Publié par wikistrike.over-blog.com sur 20 Septembre 2011, 11:34am

Catégories : #Social - Société

Surveillance mutuelle

La surveillance mutuelle ou latérale, désigne l’ensemble des comportements intrusifs des utilisateurs les uns envers les autres.

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Lorsqu’un utilisateur utilise un réseau social, il s’adresse a un public ciblé – en général des contacts triés en amont, et reçoit en retour les publications de ces mêmes personnes, comprises dans un « cercle d’amis » plus ou moins fermé. Ces interactions mutuelles peuvent aisément engendrer des comportements déviants, provoquant des modifications des rapports normalement établis.

La surveillance latérale se nourrit et entretient les mécanismes de mise en scène de soi. Une personne qui se montre sur un réseau social choisit de se présenter d’une façon particulière : il projette l’image qu’il aimerait que les autres aient de lui, en sélectionnant différents éléments de sa personne. C’est donc une sorte de jeu de rôle qui se joue, où certaines émotions sont tabous, d’autres mises en exergue, et cette mise en scène est exacerbée par le sentiment du regard de l’autre, vu à la fois comme connaissance et comme inconnu scrutateur.

Très souvent, la sphère d’ « amis » qui ont accès à ces informations est difficile à contrôler. Par exemple, l’algorithme qu’utilise Facebook pour afficher le Newsfeed est secret, les utilisateurs ne sachant pas exactement qui va pouvoir lire les informations qu’ils postent. Cette ambiguïté dans la visibilité, envisagée sous le nom de clair-obscur par certains sociologues spécialistes[1] du web 2.0,

Le problème qui ressort de ce genre de surveillance n’est pas celui de la fuite d’informations « sensibles », mais plutôt celui de la propagation de données personnelles vers un cercle dont le contrôle est limité : c’est le vice de l’espionnage banal de la vie personnelle d’autrui qui est ici à l’origine d’une éventuelle modification de la notion de privé.

Les avis divergent sur la gravité de cette surveillance : pour Danah Boyd[2] par exemple, sociologue américaine spécialisée dans ce domaine, ce genre de violation et d’espionnage est très grave et il y a une certaine vulnérabilité et innocence des usagers, alors que pour Dominique Cardon, il ne faut pas céder à une panique morale sur ce point: les utilisateurs sont beaucoup plus avertis qu’on n’aurait tendance à le croire, et ne se laissent pas duper. Ils savent quelles sont les informations qui circulent sur eux, arrivent même à bien en contrôler le flux, et réciproquement savent analyser les informations qu’ils reçoivent sur les autres, sans être crédules.

[1] internatactu.net CARDON, Dominique. « Design de la visibilité : un essai de typologie du web 2.0« 

[2] BOYD, Danah. « Social Network Sites : Public, Private, or What ? » Knowledge Tree, 13

 

Surveillance gouvernementale

La surveillance gouvernementale désigne le captage de données sur la vie personnelle des utilisateurs par des institutions telles que la police ou les services secrets.bigbrother.jpg

C’est un tout autre point de vue général de cette controverse que celui de la surveillance gouvernementale. Les acteurs à ce niveau sont encore une fois bien sûr les utilisateurs, mais aussi le gouvernement, représenté par notamment la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés), mais aussi les services de renseignements (police, services secrets).

Les réseaux sociaux sont une mine d’informations pour le gouvernement, la police ou les services secrets: ils peuvent grâce à ces premiers obtenir une quantité impressionante d’informations sur la vie personnelle des utilisateurs. Comme le disait A. Türk (président de la CNIL):

« Les policiers ne comprennent pas pourquoi les jeunes se plaignent d’être fichés dans des systèmes informatiques comme STIC ou Edvige, qui contiennent en fait assez peu de choses, alors qu’on pourrait en apprendre dix fois plus sur eux en consultant leurs profils et leurs blogs, où ils déballent toute leur vie privée. »

Heureusement, ces services n’ont pas directement accès aux informations: ils ne peuvent que les réclamer aux réseaux sociaux, qui se réservent le droit de fournir l’information à un tiers (cela fait partie du contrat qu’accepte l’utilisateur lors de son inscription).

Il est difficile d’évaluer le risque et le niveau de surveillance qui existe au niveau gouvernemental, puisque tout ce qui se fait est en règle générale secret, mais il semble cohérent qu’il y ait bel et bien un risque fort d’exposition, et l’utilisateur moyen ne s’en rend pas forcément compte.

 

Surveillance commerciale

La surveillance des entreprises (ou commerciale) réfère à l’intervention de sociétés privées sur les réseaux sociaux dans l’objectif d’obtenir des informations sur des individus.spying2.jpg

Dans ce contexte, les acteurs sont les entreprises bien sûr, mais aussi les particuliers qui les intéressent. Les réseaux sociaux représentent une mine d’information sur la vie privée, ce qui peut intéresser grandement un futur employeur, un publicitaire, un chasseur de tête…

Cette surveillance se manifeste de deux façons distinctes : la publicité ciblée et la surveillance à l’embauche.

Grâce aux réseaux sociaux, la publicité sur Internet a pris un nouveau tournant : elle peut cibler sa clientèle ce qui la rend bien plus efficace. Les agences en question font donc tout pour extraire un maximum d’information sur les internautes, et les réseaux sociaux apparaissent comme un moyen d’y arriver.

En ce qui concerne les problématiques d’emplois, il y a eu notamment en France le cas du licenciement très médiatisé de Boulogne ; le conseil des prud’hommes a jugé « fondé » le licenciement des trois salariés de la société Alten, auxquels il était reproché d’avoir échangé des propos critiques à l’égard de leur hiérarchie et d’un responsable RH de l’entreprise sur le réseau social Facebook. « Les pages mentionnant les propos incriminés constituent un moyen de preuve licite du caractère bien-fondé du licenciement », a estimé le conseil des prud’hommes. La société avait fait valoir qu’elle n’avait pas « violé la vie privée de ses salariés« , les propos ayant été échangés « sur un site social ouvert ».

En revanche, les salariés ont plaidé que leurs échanges avaient un caractère strictement « privé ». Ces employés avaient insulté leur hiérarchie sur leur mur Facebook, et ceci a été considéré par la justice comme une zone publique, alors que normalement cette page n’est accessible que par un cercle fermé d’amis, et non par la totalité du web (dans ce cas là il y a eu dénonciation par un « ami » commun).

Cet exemple permet de voir en quoi les réseaux sociaux peuvent déplacer les frontières de ce qui relève de l’espace privé ou public sur Internet, au moins d’un point de vue juridique.

 

Chronologie des réseaux sociaux

Faisons un petit retour en arrière et essayons de voir de près l’évolution et le développement des réseaux sociaux.

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Chronologie interactive (sablier)

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Chronologie brute

1988

  • AOL procède au lancement d’une plateforme ‘sociale’ aux profils associés par intérêts

1995

  • Apparition du ‘classemate.com’, qui vise à retrouver des camarades de classe

1996

  • SixDegrees est né. Ce site permet de créer son profil et des listes d’amis, et à partir de 1998 de surfer sur ces listes. Il repose sur la théorie selon laquelle chaque individu n’est qu’à six degrés de séparation de tout autre individu pris au hasard.
  • En novembre, Planet All (un ‘livre d’adresse social’ avec une fonction ‘amis’) est lancé

1997

  • Apparition de ‘fastcompany.com’, comme étant un revu commercial de la nouvelle économie qui introduit le réseautage d’affaires sur le net

1998

  • Planet All est vendu à Amazon
  • Rage Boy découvre SixDegrees ; chaos médiatique

1999

  • En Septembre, le forum de discussions Cyworld est lancé
  • Blackplanet est lancé comme une communauté-en-ligne
  • SixDegrees est vendu à Youth Stream media Networks en août pour $125 millions

2000

  • En juillet, PlanetAll est fermé par Amazon, incorporé sous la fonction « Friends »
  • En octobre, MiGente est lancé comme site social
  • En décembre, SixDegrees ferme, pendant que YouthStream s’enrichit de 165 millions.

2001

  • Ryze est lancé, tourné vers le développement de réseaux d’affaires
  • En août, Cyworld ajoute des fonctions SNS (secure network system)

2002

  • Le fondateur de Ryze, Adrian Scott, rédige son essai pour Edge : « In an increasingly connected world, how does one person interact with a hundred thousand, a million or even a billion people? »
  • En avril, Jonathan Abrams créer son compte Friendster ; En août, Friendster inaugure la version Bêta privée ‘friends-only’

2003

  • En mai, LinkedIn est lancé. C’est un service en ligne qui permet de construire et d’agréger son réseau professionnel. Il se définit comme un réseau de connaissances qui facilite le dialogue entre professionnels.
  • Lancement de Hi5, qui permet à l’utilisateur de diffuser des informations le concernant, comme ses intérêts, son âge et sa ville.
  • En juillet, Friendster abolit les méga profils Ali G & Burning Man
  • MySpace voit le jour
  • En août, Tribe est lancé
  • Friendster rejette les Fakesters de leur communauté
  • En octobre, MySpace ajoute des commentaires sur les photos individuelles
  • En décembre, MySpace ajoute sa propre messagerie instantanée

2004

  • En janvier, aSmallWorld est lancé. Sous forme d’invitation seulement, un réseau sécuritaire pour les biens nantis et bien connectés
  • Piczo est lancé. Ce site permet l’expression libre des adolescents en ligne dans un cadre plus sûr
  • Pacman fait la première page de MySpace quand le site connaît des difficultés techniques
  • Dogster lance une imitation de Friendster
  • Google lance Orkut
  • En février, Facebook voit le jour
  • En avril, Dodgeball est né, service de réseau social par téléphones mobiles.
  • En juin, Friendster fait ses premières manchettes dans les médias traditionnels (Village Voice)
  • AffinityEngines fait la cours à Google à propos de Orkut
  • En août, Friendster licencie leur programmeur troutgirl pour ‘blogging. Un mouvement « cancel your Friendster » se propage sur la bloguesphère
  • En septembre, le groupe de folk R.E.M. inaugure son nouvel album sur MySpace

2005

  • En janvier, Bebo est né. Ce site met gratuitement à disposition de ses membres enregistrés un espace web personnalisé, permettant d’y faire un blog, d’y envoyer ses photos et d’y remplir diverses informations personnelles.
  • Le hacker brésilien attaque Orkut au travers la vulnérabilité XSS
  • En mars, Yahoo!360 voit le jour
  • Des URLs uniques font leur apparition sur MySpace
  • En juillet, Rupert Murdoch fait l’acquisition historique de MySpace
  • Yahoo!360 ajoute le RSS dans la vitalité de la bande passante
  • En août, Imeem est lancé avec ‘desktop client’
  • En septembre, Facebook se lance à l’assaut des profiles étudiants du secondaire
  • En octobre, l’Université du Nouveau Mexique bloque Facebook
  • Asian Avenue renaît avec des fonctionnalités de réseaux sociaux
  • En novembre, Black Planet renaît avec des fonctionnalités de réseaux sociaux
  • Tagworld est né ; En décembre, Zaadz voit le jour
  • MySpace reçoit le crédit pour Arctic Monkeys
  • Facebook prend de l’expansion vers des collèges étrangers
  • Tagworldlance son service musical
  • MySpace bloque YouTube
  • Tribe empêche tout contenu à caractère sexuel.

2006

  • En janvier, Tribe change son arborescence et son Interface Utilisateur
  • MySpace inaugure la fonction d’échange de clips vidéos
  • En février, Facebook laisse les étudiants du niveau universitaire communiquer avec des étudiants de niveau secondaire
  • En mars, les étudiants protestent contre les lois d’immigrations américaines, organisé par MySpace
  • En avril, Facebook ouvre la porte aux réseaux corporatifs
  • Avril/Mai, une publicité pour X-Men est diffusé via MySpace ; Billy Bragg retire sa musique sur MySpace en guise de protestation
  • loi DOPA introduite sur les sites sociaux. Elle vise à limiter l’accès des enfants à ces sites.
  • Migente procède au lancement de nouvelles fonctions de réseaux sociaux
  • En juin, MySpace fait des changements afin de clarifier la charte ‘droits non-exclusifs’
  • Le top 8/16/20/24 disponible pour tous sur MySpace
  • Yahoo!360 fait l’ajout d’un filtre afin de modérer le contenu ‘adulte’
  • Profils privés disponibles pour tous sur MySpace.
  • En juillet, passage de la loi 410-15 ( http://news.com.com/2100-1028_3-6099414.html )
  • Ouverture de Cyworld aux ÉU
  • En août, Google procède à une offre à MySpace assurant 900 millions en publicité
  • Facebook dévoile son API (Application Programming Interface)
  • Un juge brésilien ordonne Google de relâcher les infos des utilisateurs Orkut
  • En septembre, Facebook procède au lancement de nouveaux fils RSS ; Mixi IPO (initial property offering)
  • Yacht6 voit le jour.
  • Une expérience 10startups, au profil semblable à ceux qui désire une expérience aSmallWorld, mais qui ne possède pas les connexions socials ASW requis tel un site ‘sur invitation seulement’
  • Facebook disponible à tous ceux qui possède un compte courriel
  • En octobre, un juge indien donne un avertissement à Google après qu’ils aient accepté la circulation d’une campagne haineuse sur Orkut.
  • Twitter est né, outil de réseau social et de microbloggage qui permet à l’utilisateur d’envoyer gratuitement des messages brefs, appelés tweets (« gazouillis »), par Internet, par messagerie instantanée ou par SMS. La direction est assuré par Jack Dorsey (président), Evan Williams (CEO) et le slogan du réseau social est « What’s happening? »

2008

  • Facebook détrône Myspace

2011

  • Février : les réseaux sociaux ont détrôné l’e-mail aux Etats-Unis [1]

[1] LeMonde.fr,  article du 8 Février 2011

 

 

Le poids des réseaux sociaux

Actuellement, il existe plus de 200 sites dits de réseaux sociaux, et leur popularité n’a fait qu’augmenter depuis cinq ans.

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Dans la sphère Internet

Pour se rendre compte du poids des réseaux sociaux dans la sphère internet, voici un extrait des 1000 sites web les plus visités au monde en Avril 2010 [1] (les réseaux sociaux à proprement parler sont indiqués en gras) :

  • 1er - google.fr
  • 2e – facebook.com, 590 (millions de visiteurs uniques)
  • 3e - youtube.com, 490
  • 13e, twitter.com, 99
  • 37e – linkedin.com, 41
  • 45e – orkut.com.br, 37
  • 54e, myspace.com, 34
  • 55e, orkut.com, 34
  • 70e, vkontakte.ru, 28

On remarque que les réseaux sociaux sont parfaitement intégrés au paysage internet. Le plus important d’entre eux, Facebook compte plus de 600 millions d’utilisateurs inscrits dans le monde. [2] Quant à Twitter, il a récemment dépassé les 200 millions d’utilisateurs. [5]

La fréquentation des réseaux

Depuis quelques années, on observe une croissance des fréquentations des sites de réseautage social. On peut le voir de façon nette en comparant le nombre de recherche sur le moteur Google des quatre sites les plus fréquentés en Avril 2010 (derrière Google), dont Facebook fait partie :

traffic1.jpgDe la même façon, pour se rendre compte que le phénomène n’est pas seulement valable pour Facebook, on peut comparer les fréquentations de Twitter et de sites proches de lui dans le classement des sites les plus fréquentés en Avril 2010 :

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On remarque l’explosion des fréquentations, comparativement aux sites, à partir de la second moitié de l’année 2008. Très récemment – à partir de 2011, la tendance est plutôt à la stagnation. Cela peut se comprendre comme l’effet cumulé de deux facteurs :

  • le nombre d’utilisateurs de Facebook, le site le plus gros, a dépassé le tiers du nombre total de personnes ayant accès à Internet dans le monde (1,8 milliard) [3]. Ainsi, ces comparaisons d’ordres de grandeur montrent que la marge d’évolution du nombre d’utilisateurs de réseaux sociaux est de plus en plus faible. On peut ainsi se rendre compte de la proportion d’utilisateurs des réseaux sociaux parmi les internautes :F608066B.gif
  • les réseaux sociaux sont désormais connus des utilisateurs d’Internet. La recrudescence du nombre d’utilisateurs de réseaux sociaux liée à un effort de communication et de publicité de la part de ces sites est de moins en moins importante.

Combien de réseaux sociaux ?

Si la fréquentation des réseaux sociaux ne se trouve plus dans une phase de croissance explosive, le nombre de sites de réseautage social continue d’augmenter fortement. En effet, si l’on s’en réfère au nombre de licences d’applications de social networking déposées ces dernières années aux Etats-Unis, le principal pays d’hébergement de ces sites, la hausse est manifeste [4] :

There has been rapid growth in the number of US patent applications that cover new technologies related to social networking. The number of published applications has been growing at about 250% per year over the past five years. There are now over 2000 published applications.

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Nombre de licenses d'application de réseautage social publiées par année au Etats-Unis et de conflits de license

Cependant, malgré la création de nouveaux domaines, Facebook reste le réseau de référence dans la plupart des pays du monde :


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L’utilisation des réseaux

Voici la part des réseaux sociaux en pourcentage du nombre total d’heures passées sur Internet dans le monde, en 2010 :

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En plus d’être des sites extrêmement fréquentés, les réseaux sociaux occupent presque le quart du temps passés par les internautes du monde entier sur la toile. Cela permet de saisir l’influence potentielle que ces réseaux peuvent avoir sur les comportements cyber-sociaux.

Selon une étude publiée en France par l’IFOP (Institut Français d’Opinion Publique) sur les réseaux sociaux, menée auprès d’un échantillon de 1 002 personnes âgées de 18 ans et plus :

  • 77% des internautes déclarent être membre d’au moins un des réseaux sociaux en ligne testés
  • 25% des internautes sont membres d’un seul réseau social
  • 34% de deux à trois réseaux sociaux et 18% de quatre et plus
  • En moyenne, un internaute est membre de 1,9 réseau social

On constate que – en France au moins – les utilisateurs ne sont pas membres d’un grand nombre de réseaux simultanément. Ils concentrent leur « énergie » sur un ou deux réseaux privilégiés, qui seront le support de leurs interactions.

[1] infos-du-net.com, lundi 31 Mai 2010, « Les 1000 sites les plus visités du web vu par Google« 

[2] LePost.fr, article du 22 février 2011, « Facebook a exactement 622.276.680 utilisateurs dans le monde »

[3] « Les statistiques sur l’accès à l’Internet dans le monde »

[4] en.wikipedia.org, Social Network

[5] journaldugeek.com, article du 2 mai 2011, « Le cap des 200 millions d’utilisateurs franchi sur Twitter »

 

 

Incidents et polémiques

Avec plus de 600 millions d’utilisateurs aujourd’hui, on pourrait penser que les décisions de Facebook concernant sa politique de confidentialité s’avèreraient déterminantes pour le comportement de l’utilisateur. [1]Cependant, que ce soit par négligence ou par ignorance des personnes concernées, un certain nombre d’incidents liés à l’utilisation de Facebook se sont produits, donnant lieu à des polémiques sur le manque de respect de la vie privée du célèbre réseau social.

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Feedback de ces incidents.

  • Janvier 2008 : 4 jeunes Libanais sont poursuivis pour moqueries sur Facebook.
    Ils ont été emprisonnés après que le père de la jeune fille dont ils s’étaient moqués par le biais de son mur Facebook a porté plainte. [2]
  • Avril 2009 : une jeune femme est licenciée pour avoir utilisé Facebook durant son arrêt de travail. Celui-ci était lié à des migraines lors de l’utilisation des ordinateurs, ce qui a conduit au licenciement car son patron a déclaré que si elle pouvait utiliser Facebook, elle était en mesure de travailler sur ordinateur.
    Cet incident a lancé la question de l’espionnage via Facebook. [3]
  • Mai 2010 : Facebook est accusé de vendre la vie privée de ses internautes aux publicitaires. En réalité, il rend publiques un grand nombre d’informations concernant les utilisateurs qui ne l’étaient pas auparavant.
    Comment ? En modifiant les paramètres de confidentialité par défaut du site. Selon M. Zuckerberg, co-fondateur du site, « Nous progressons vers un internet où le réglage par défaut sera ‘social’ ». [4]
    Les associations de défense des droits des internautes s’insurgent contre le site, l’une des entreprises les plus rentables de la planète, ce à quoi M. Zuckerberg répond que rien ne se fait sans que l’utilisateur coche une case le prévenant de la modification de ces réglages.
  • Novembre 2010 : le conseil des Prud’hommes juge fondé un licenciement pour des propos tenus sur Facebook.
    L’échange avait eu lieu entre deux salariés, sur leurs murs Facebook, dans lequel ils promettaient de rendre à leur DRH la vie impossible. Ces propos, vus par l’un de leurs amis Facebook, avaient été rapportés à la supérieure concernée.
    Certains ont considéré ce licenciement comme infondé, car provoqué par une « violation de la vie privée ».
    Cet incident a suscité nombre de réflexions quant au caractère hybride du réseau social : site privé ou public ? Où sont les limites ? Comment appliquer le droit dans ces cas-là ? [5]

[1] : BOYD, Dannah et HARGITTAI, Eszter.  Facebook Privacy settings : Who cares ?

[2] : Ibid.

[3] : Ibid.

[4] : Article metrofrance.fr, 6 mai 2010, Facebook accusé de monnayer la vie privée des internautes

[5] : Article Lemonde.fr, 19 novembre 2010, Un licenciement pour des propos tenus sur Facebook jugé légal

Article Lemonde.fr, 17 novembre 2010, Le directeur de la police met en garde sur l’usage des réseaux sociaux

 

 

Alternatives et perspectives

Face à cette controverse, de nouveaux horizons s’ouvrent pour pallier aux multiples problèmes rencontrés. Cette page ne se propose pas de résoudre la controverse, mais bien seulement de présenter quelques idées et développements en cours qui continuent de nourrir le débat.

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Les Réseaux Sociaux décentralisés

L’absence de contrôle sur les données que l’on fournit aux sites de réseaux sociaux peut soulever des craintes multiples. C’est pourquoi, en 2010, après la création de nouvelles fonctionnalités soulevant une nouvelle fois ces craintes quant à des données partagées avec des sites et des entreprises tierces, un groupe d’étudiants de l’université de New York ont voulu lever 10 000 $ pour passer leur été à construire Diaspora, un réseau décentralisé. Le résultat fut sans appel :  les utilisateurs frustrés de Facebook les ont aidés à hauteur de 200 000 $ ! [1]

Comme l’expliquent les créateurs de Diaspora, « dans la vie de tous les jours, on se parle, on n’a pas besoin de poster nos messages sur une plateforme qui les retransmet  à nos amis ». [2]

C’est sur ce principe là que se fondent les réseaux décentralisés. Au lieu que les données soient hébergées par un serveur possédé par le réseau social, chaque utilisateur reste maître de ses données et en donne l’accès aux autres membre via un protocole de Pair-à-Pair (P2P).[3]

C’est donc une alternative résolvant les problèmes de contrôle des données personnelles.

Ce problème est également semblable et finalement assez proche d’un autre : la question du « droit à l’oubli » sur internet.

Le droit à l’oubli

Le droit à l’oubli est une expression qui désigne la possibilité, pour reprendre M. Türck Président de la CNIL, de faire retirer sans délai d’un système informatique toutes les données nous concernant. Ce n’est actuellement pas possible, car même la suppression de comptes utilisateurs sur la plupart des sites web laisse intact les fichiers et données personelles qui restent enregistrées pour des périodes non déterminées.

Un tel droit serait un bouleversement de la gestion des données personelles telle que nous la connaissons. Il nécessiterait des textes précis, qui avant toute chose, devraient définir précisément les données personelles et les règles de diffusion (même indirecte) qui leur sont associées. Quelques mouvements ont eu lieu en ce sens avec, vers 2007-2008 la réduction du temps de conservation des logs sur les moteurs de recherche.

Mais, récemment, Yahoo vient d’annoncer une extension de cette durée. Le droit à l’oubli ne semble pas, a priori, parti pour s’imposer de facto.

Cette alternative est finalement une recherche de solution assez techniques aux problèmes qui sont moteurs de cette controverse. Cependant, face aux questions de surveillance mutuelle une autre optique est envisageable : plutôt que de chercher à modifier le système qui est la source des problèmes de surveillance, il paraît finalement plus logique de chercher à modifier les mœurs.

Apprendre à voir sans regarder[4]

Au lieu de blâmer les utilisateurs pour avoir parfois posté des photos compromettantes ou divulgué des informations personnelles confidentielles, la responsabilité pourrait être reportée sur celui qui observe. Comme le dit Jean-Marc Manach dans son livre intitulé La vie privée un problème de vieux cons, [5]« De même que porter une mini jupe ou bronzer les seins nus n’est pas une incitation au viol, l’exposition ou l’affirmation de soi sur les réseaux ne saurait justifier l’espionnage ni les atteintes à la vie privée ». Il faudrait donc éduquer le regard des gens afin de limiter le voyeurisme omniprésent sur ces réseaux, voyeurisme qui peut parfois impliquer une extraction des données observées, et une décontextualisation dangereuse car le cadre du réseau social est très particulier.

Ceci amène à une idée que Dominique Cardon a développé avec nous dans notre l’interview[6] qu’il nous a accordée.

Laisser une trace à chaque passage

Il y a de nombreux hoax sur le net qui offrent de connaître les amis Facebook qui ont visité notre profil. Selon Dominique Cardon, laisser une trace de son passage à chaque fois que l’on regarde le profil d’un membre du réseau permettrait d’éduquer le regard des utilisateurs. C’est d’ailleurs le cas sur des réseaux sociaux professionnels pour le recrutement tels que Linkedin.

Cette alternative permettrait ainsi d’avoir une relation de confiance avec les autres utilisateurs des réseaux sociaux.

[1] : BOYD, Dannah et HARGITTAI, Eszter. Facebook Privacy settings : Who cares ?

[2] : Vidéo de présentation du projet Diaspora*

[3] : MUSIANI, Francesca. When social links are network links :The dawn of peer-to-peer social networks and its implications for privacy

[4] : CARDON, Dominique. Entretien.

[5] : MANACH, Jean-Marc. La vie privée, un problème de vieux con

[6] : CARDON, Dominique. Entretien.

 

Source : controverses.ensmp.fr

 

Wikistrike vous conseille ce livre si vous voulez approfondir le sujet :

 

Nouvelle parution

Presses de L'Université de Montréal

 

Faut-il redouter, ou réclamer la surveillance? Menace-t-elle nos droits, ou réussit-elle à assurer notre sécurité quotidienne? Les technologies employées sont-elles les panacées des problèmes d’ordre social de la modernité tardive, ou de nouvelles formes de contrôle des populations?

 

En fait la réalité est bien plus complexe que ces oppositions binaires le laissent entendre. Cet ouvrage conçoit la manifestation de diverses stratégies, technologies, cibles et conséquences de la surveillance commet une série de « sphères »  où êtres humains, dispositifs et processus interagissent et produisent une gamme pratiquement infinie d’agencements.  De l’univers du magasinage à celui des policiers qui traquent les criminels de carrière, en passant par la surveillance des usagers des transports en commun et des internautes, l’éclosion effrénée  de nouvelles sphères de surveillance reste une constante des sociétés occidentales au 21e siècle.

CHAPITRES :

Introduction : qu’est-ce que la surveillance ?
Stéphane Leman-Langlois

 

Les nouvelles géométries de la surveillance

Dispersion et résistances
Benoît Dupont

 

La « loi de Megan »
prédateurs sexuels sous surveillance publique
Patrick Laurin
Stéphane leman-Langlois

 

La transnationalisation de l'échange des données à
caractère personnel à des fins de sécurité. De graves
impacts sur les trajectoires et le vécu des individus ?
Didier Bigo
Pierre Piazza

 

Surveillance et procédures judiciaires
L’affirmation d’un pouvoir judiciaire proactif
Antoine Mégie

 

Surveillance libérale et surveillance souveraine
Sur deux types idéaux de surveillance
Fabien Jobard
Dominique Linhardt

 

Les processus de veille opérationnelle et
science forensique pour suivre
des problèmes de sécurité
Olivier Ribaux
Thibault Genessay
Pierre Margot

 

Sécurité et surveillance
Modes de contrôle visuel des infrastructures urbaines
Stéphane Leman-Langlois
avec Gabriel Larivière-Bélanger

 

Vidéosurveillance et ordre commercial
dans une propriété privée de masse
Anne-Marie Pratte
Stéphane Leman-Langlois

 

DIDIER  BIGO
Professeur,  Sciences-Po Paris/CERI et professeur au King’s College, à Londres, au département des War Studies. Il est éditeur de la revue International Political Sociology et de Cultures et Conflits. On peut trouver son cv complet à didierbigo.com. Ses publications récentes comprennent Bigo, Didier, Sergio Carrera, Elspeth Guild, Rob Walker (Eds) (2010).Europe's 21st Century Challenge: Delivering Liberty and Security. Londres, Ashgate ; Bigo, Didier, Emmanuel-Pierre Guittet, Amandine Scherrer (dirs.) (2010). Mobilité(s) sous surveillance. Perspectives croisées UE - Canada. Montréal, Athéna ; Didier Bigo, Philippe Bonditti, Julien Jeandesboz, Francesco Ragazzi. (2011) « Border and Security: the Different Logics of Surveillance in Europe ». A. Rea, S. Bonjour et D. Jacobs, The others in Europe: Legal and Social Categorization in Context. Brussels, ULB Press ; Bigo Didier. (2011). « La sécurité en jachère » P. Artières, J.-F. Bert,  F. Gros et J. Revel, Foucault. Paris, Cahiers de l’Herne ; Bigo, Didier. « Security, Surveillance and Democracy ». (2011). K. S. Ball, K. Haggerty et D. Lyon, The International Handbook of Surveillance Studies. Londres, Routledge.
 

BENOÎT  DUPONT
Benoit Dupont est Directeur du Centre international de criminologie comparée de l'Université de Montréal. Il est également titulaire de la Chaire de recherche du Canada en sécurité et technologie et président de l'Association internationale des criminologues de langue française. Ses intérêts de recherche actuels portent sur la gouvernance de la sécurité ainsi que sur la coévolution de la technologie et de la délinquance.
 

THIBAULT GENESSAY
Issu du monde de l’informatique (École polytechnique fédérale de Lausanne), Thibault Genessay est chercheur à l’Institut de police scientifique où il prépare une thèse de doctorat en analyse criminelle. Il s’intéresse particulièrement à la modélisation de l’information forensique et à la formalisation des processus de raisonnement sous-jacents, dans une perspective de veille opérationnelle.
 

FABIEN JOBARD
Fabien Jobard est chercheur au CNRS, affecté au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (UMR8183). Il consacre ses travaux à la sociologie des questions pénales, qu'il aborde à travers plusieurs recherches empiriques, en particulier sur la justice pénale et la discrimination, les politiques de sécurité et la surveillance. Il a récemment co-dirigé, avec Dave Waddington et Mike King, Rioting in France and the UK (Willan, 2009).

 

GABRIEL LARIVIÈRE-BÉLANGER

Gabriel Larivière-Bélanger termine sa maîtrise en sociologie à l'Université Laval et est chercheur associé à la Chaire de recherche du Canada en surveillance et construction sociale du risque

 

PATRICK LAURIN
Patrick Laurin a obtenu son baccalauréat (2008) et sa maîtrise (2011) en criminologie à l’Université de Montréal. Depuis janvier 2011, il est chercheur associé à la chaire de recherche du Canada en surveillance et construction sociale du risque.
 

STÉPHANE LEMAN-LANGLOIS
Est professeur de criminologie à l’Université Laval, Québec. Il détient également la Chaire de recherche du Canada en surveillance et construction sociale du risque (social-surveillance.com). Ses récentes publications comprennent (2011) Technocrime : Policing and Surveillance, Londres, Routledge et (avec Jean-Paul Brodeur, 2009), Terrorisme et Antiterrorisme au Canada, Montréal, Presses de l’Université de Montréal.
 

DOMINIQUE LINHARDT
Dominique Linhardt est chercheur au CNRS, affecté à l'Institut Marcel Mauss (Groupe de sociologie et morale) de l'École des hautes études en sciences sociales (UMR8178). Il consacre ses travaux à la sociologie de l'État et de ses transformations, qu'il aborde à travers plusieurs prismes empiriques, dont la surveillance.
 

PIERRE MARGOT
Le professeur Pierre Margot est depuis 1986 titulaire d’une chaire en science forensique à l’Université de Lausanne(Suisse). Auparavant, ses recherches l'avaient conduit à l’Université de Strathclyde à Glasgow, à Salt Lake City aux États-Unis, en toxicologie, à l'École polytechnique fédérale à Lausanne pour une recherche en chromatographie, puis à l'Université nationale australienne (ANU, Canberra) pour une recherche et des développements dans le domaine de la dactyloscopie. À l’Université de Lausanne, il a créé un centre de recherche très actif (plus de 60 thèses de doctorat durant les 20 dernières années) afin de contribuer au développement de la discipline comme facteur déterminant dans le renseignement et l'enquête, ainsi que de procurer des moyens de preuve solides et mesurables pour les tribunaux. Son groupe a publié plus de 220 articles dans des revues expertisées en science forensique dans les 10 dernières années.
 

ANTOINE MÉGIE
Antoine Mégie, maître de conférences à l'Université de Rouen. Directeur de la revue Politique européenne et membre du comité de rédaction de la revue Cultures et Conflits.  Membre du groupe de recherche Polilexes sur les juristes dans le gouvernement de l'Europe (CRPS/Université Paris I Panthéon-Sorbonne) et chercheur associé au CICC.
 

PIERRE PIAZZA
Pierre Piazza est Maître de Conférences en Science politique à l’Université de Cergy-Pontoise et membre du CESDIP/LEJEP. Spécialiste de la socio-histoire des dispositifs étatiques ’identification et de leurs enjeux, il a publié de nombreux ouvrages et articles sur le bertillonnage, la dactyloscopie, les fichiers de police, l’encartement et la biométrie.
 

ANNE-MARIE PRATTE
Anne-Marie Pratte a obtenu sa maîtrise en criminologie à l’Université de Montréal en mai 2009. Son mémoire portait sur la surveillance dans les propriétés privées de masse. Elle travaille actuellement comme analyste aux renseignements criminels pour un service de police.
 

OLIVIER RIBAUX
Analyste criminel à la police cantonale vaudoise (Suisse) durant une dizaine d’années, Olivier Ribaux est aujourd’hui professeur à l’École des sciences criminelles de l’Université de Lausanne

 

Damiens Lanxade pour Wikistrike

 

Source : ERTA

 

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