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Drones: comment tuer assis dans son fauteuil

Publié par wikistrike.com sur 15 Janvier 2012, 08:27am

Catégories : #Science - technologie - web - recherche

Comment tuer, assis dans son fauteuil

Passons aux drones. Les images qui vont suivre son extraites de cette vidéo :

Pilotage de drones de combat.

Il s'agit s'une patrouille de deux Predators, pilotés depuis un centre situé aux Etats Unis et opérant, pilotés par relais satellitaire, dans quelque lointain théâtre d'opération (Afghanistan ?)

Drone Predator

6000 km de rayon d'action. Plafond : 15.000 m. Vitesse 480 km/h

 

Deux jeunes pilotes, un homme et une femme, de moins de trente ans, sont aux commandes.

 

Confortablement installés

Trois écrans : vision frontale, droite et gauche. Manche de droite : pilotage. 
Manche de gauche : orientation de la caméra de "regard" et du système d'illumination laser
Pour le guidage des bombes et des missiles. Tuer dans le confort.

 

pilote drone

Regard impassible, concentration

 

femme pilote

Etats d'âme : néant

 

Ces deux pilotes de drones sont basés au Nevada ou au Dakota, en plein centre des Etats Unis. Ils pilotent des appareils qui opèrent sur des terrains d'opération en Irak ou en Afghanistan. Ils " tuent les bad guys " (les "sales types"). Si vous lisez l'anglais, vous en saurez plus sur ces étranges missions.

http://www.airforcetimes.com/news/2008/08/ap_remote_stress_080708/

Les missions se font en général avec deux drones. A gauche, le chef de la mission. C'est lui qui possède, sur son manche, le petit bouton rouge avec lequel il peut déclencher le tir. Le personnage de droite est chargé de la "désignation laser". C'est la tache de cette jeune femme, qui maintiendra sa croix de visée sur l'objectif. L'article dit que certain de ces opérateurs n'ont pas plus de 18-19 ans.

Après quelques heures passées, confortablement assis devant une console de pilotage, ils peuvent rentrer à la maison. S'ils ont un foyer, ils pourront jouer au babyfoot avec leurs enfants. Les dégâts qu'ils causent sont strictement identiques à ceux que pourrait causer un chasseur bombardier. Les images reçues du sol, transmises par satellites, sont assez précises pour que les pilotes puissent distinguer les êtres humains, faire la différence entre un homme et une femme.

L'article dit qu'il est tout à fait possible de faire effectuer par le drone un survol de sa cible pour évaluer les dommages causés. En fait, dans la mesure où le risque pour les "pilotes" sont alors nuls et que le coût d'un tel drone est bien inférieur à celui d'un chasseur bombardier, un survol à basse altitude et altitude moédérée serait tout à fait envisageable. On imagine les images auxquelles ces jeunes gens pourraient alors être confrontés.

Peut-on dire que la guerre ait quelque chose d'humain ? Ces jours-ci je regardais la vidéo d'un colloque sur la guerre robotisée, qui se tenait à Coetquidan, à Saint-Cyr. Cette école militaire est situé en Bretagne, et elle forme les futurs officiers de l'armée française.

http://www.dailymotion.com/video/xmybwu_bapteme-du-4e-bataillon-de-l-ecole-speciale-militaire-de-saint-cyr-promotion-cba-barek-deligny_news

Tout y est. La cérémonie se joue de nuit.

 

 

Sur un podium, une brochette de généraux chamarrés. Sur quel théâtre d'opération ont-il glané leurs décorations. Profil de carrière ?

La ciel nocturne ajoute à la magie de la cérémonie

 

Traditions d'un autre âge. Quelles pensées, dans ces têtes-là, à ce moment ?

 

Amazones guerrières, peut être futures pilotes de drones ?

 

Innocente chair à canon. Général alourdi de médailles.

- Comme maman et papa vont être fiers....

 

Le genou en terre, survivance de rituels chevaleresques.

- A genoux, les hommes. Debout les officiers !

Sabre étincelant et talons hauts.

 

- Mon général, quel nom donnerez-vous à cette nouvelle promotion .....

 

La réponse tombe. Cette promotion portera le nom d'un membre du contingent, tombé en Afghanistan en 2010, l'officier Barek-Deligny

 

 

On nous explique qu'ainsi, devenus "filleuls de ce "parrain", tombé au champ d'honneur, les jeunes membres de cette nouvelle promotion " auront à coeur de marcher sur les traces de celui-ci ".

Sur quelle traces ? Pour aller où ? Pour ... servir ? Servir quoi ? Qui ? Pourquoi ?

 

Tout cela est d'une tristesse insondable.

 

Eh oui, la guerre est un mauvais théâtre, un théâtre costumé. Je regardais hier le film Avatar au cours de ma séance quotidienne d'aquagym, dans mon bassin. Première images du Marine en fauteuil roulant, qui dit, en désignant ses camarades " ce sont des Marines, des chiens de guerre qui défendent la liberté. Ici, ce ne sont plus que des mercenaires ".

Qu'on m'explique la différence, aujourd'hui. Mes idées se brouillent un peu.

Il y a trois ans j'avais fait une page sur l'héroïsme. Je retrouve dans celle-ci une image qui me paraît à elle seule représenter les deux visages de la guerre. A droite, ceux qui "mènent les opérations", à gauche ceux qui payent l'addition.

 

Bush visitant les "gueules cassées de la guerre en Irak"

Quelle courage : Bush n'a pas fui devant le résultat de ses choix.

 

Eh voilà, le dernier soldat américain s'est retiré après cette brillante campagne. Que lui restera-t-il à celui-là ? Une médaille, une pension et une aide psychologiques, peut être fournie aux vétérans ? Mais le rideau est tombé, sur ce "théâtre d'opérations-là". Les comédiens ont quitté la scène. Les sociétés privées fournissant des approvisionnement aux troupes (Halliburton) ont bien fonctionné. L'industrie de guerre a tourné.

- On croit mourir pour la Patrie et on meurt pour les banques....

Cette phrase d'Anatole France ne date pas d'hier.

Il y a un an je dînais avec le cousin d'un ami, ancien militaire. qui avait fait carrière dans le service des sports des Armées. Un emploi non exposé. Pompes et jogging. Il me disait que son fils s'était engagé dans le Chasseurs Alpins et partirait bientôt en Afghanistan. Je lui ai demandé comment il percevait la présence française, là-bas. Sa réponse :

- Il faut voir les choses en face. L'industrie de l'armement, en France, a besoin de tester ses matériels sur le terrain. C'est la démonstration de l'efficacité de ceux-ci qui pourra garantir le succès des exportations.

- En somme, votre fils, là-bas, est un cobaye humain, pour test de matériel militaire ?

- Ben oui. Mais c'est son choix, et je n'aurais su m'y opposer.

L'héroïsme n'est plus ce qu'il était. Mais il faut maintenir l'apparat, les "traditions". Voir les images précédentes, écouter la mâle virilité du chant entonné par les présents.

Comment être soldat, de nos jours, si on se donne le droit simplement de penser ?

Quand on entre sous les armes, comme on entre en religion, penser devient un luxe qu'on ne peut plus s'offrir.

Je pense à la phrase du sergent recruteur, dans le film Fanfan la tulipe :

- Si vous voulez ne penser à rien, et que l'armée s'en charge pour vous....

- Si vous voulez ne penser à rien et que Nicolas Sarkozy s'en charge pour vous....

De facto, ça n'est rien d'autre. Cela revient à se mettre sous les ordres d'un nain de jardin, modulo toute une interface de ministres et d'officiers supérieurs chamarrés.

 

Revenons à nos héroïques pilotes de drones.

aaa

Sur l'écran frontal, une "vue plongeante" montrant les deux drones, sur la gauche de l'écran

 

Les deux drones, le 105 et le 107

 

Le 107 est moins armé que le 105

 

Voici la cible : un camion qui est sorti d'un entrepôt. 
La croix indique le point visé par le laser à infrarouge, qui guidera la bombe

 

Feu !

 

L'image de l'impact sur la cible

 

Excellent job !

 

Il n'y a pas la phrase sacramentelle " ... et maintenant, on rentre à la maison ".

Il n'y aura pas la chaude ambiance d'un mess, l'émotion d'un risque partagé. Il n'y aura pas d'évocations du genre :

- Et maintenant, je demande une minute de silence à la mémoire de nos pilotes de drones, tombés en service commandé. Au lieutenant Brown, qui a glissé dans l'escalier fait une chute mortelle, à la capitaine Nelly White, victime d'une indigestion, au restaurant du mess ...

Ces images consacrent le passage sans heurt du jeu vidéo à l'acte de guerre réel. Ces jeunes " Chevaliers du Ciel "ne verront peut être jamais une goutte de sang, recevront des médailles pour "faits d'armes".

Il me fait penser à un voisin, qui vit dans une riche exploitation vinicole, près de chez moi.

 

Et voilà. Encore quelques heures passées ... à informer.

 

Source: Jean-Pierre Petit

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