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Du pétrole et des algues

Publié par wikistrike.over-blog.com sur 3 Avril 2011, 16:19pm

Catégories : #Ecologie - conso - biodiversité - énergie

Le pétrole d’algues : bientôt sur le marché ?

Les problématiques énergétiques (pollution, dépendance, épuisement) imposent d’avancer vers la substitution des ressources habituelles par d’autres ressources plus durables et moins polluantes. C’est une question de société majeure pour laquelle les blogs jouent un rôle de relais de l’information et de lieux de débats contradictoires.

Les recherches concernant le remplacement du pétrole ne sont pas nouvelles. Les premiers moteurs diesel ont même fonctionné à l’huile végétale, et certaines voitures ont roulé à l’éthanol (alcool). L’abondance et le prix bas du pétrole en ont fait le produit de base. Mais les recherches sur les carburants non fossiles a continué et s’est accélérée ces 10 dernières années. La filière des biocarburants est très développée au Brésil, pays pionnier en la matière, ces carburants étant produits à partir d’huiles végétales ou de canne à sucre.

L’inconvénient de cette filière est l’importance des surfaces agricoles utilisées pour produire ce carburant. Ces surfaces sont détournées de la production alimentaire de base dont le prix augmente très rapidement. Elle demandent de grosses quantités d’eau, et les cultures intensives ont toujours ceci de gênant d’user les sols et leur humus de manière accélérée tout en réduisant la diversité et en diminuant les prédateurs naturels d’insectes, les oiseaux. Elle encouragent donc à l’utilisation de nombreux pesticides et engrais.

Une autre filière est à l’étude depuis quelques années et semble prête à passer à l’étape industrielle : les micro-algues. L’information revient au premier plan grâce à l’annonce faite par une société espagnole, BFS (Bio Fuel Systems), de l’étape industrielle d’une technologie capable de produire rapidement et à faible coût d’importantes quantités d’essence.

Les deux atouts majeurs de cette technologie sont la rapidité de production et le recyclage du dioxyde de carbone, le célèbre gaz carbonique ou CO2. En effet le phytoplancton, qui est à l’origine du pétrole, se nourrit d’eau et de ce gaz. L’usine pilote d’Alicante utilise le gaz produit par une usine voisine.
biopétrole1-Microalgues.jpg
La filière est prometteuse mais elle n’est évidemment pas sans inconvénients. D’abord, ce pétrole produit lui aussi du gaz carbonique quand il brûle dans un moteur. Mais comme il en consomme à la fabrication, la charge environnementale est moins forte qu’avec le pétrole. « Pour produire un baril, BFS annonce capter 2 168 kg de dioxyde de carbone et neutraliser définitivement 937 kg de ce même gaz à effet de serre après combustion, notent nos confrères de Francebtp.com. » Et les constructeurs automobiles continueront à étudier et à fabriquer des moteurs de moins en moins polluants, d’autant plus que c’est devenu un argument de vente.

Un autre inconvénient est la surface utilisée pour produire. 2500 km2 pourraient produire 1 million 250‘000 barils par jour. Pour produire l’équivalent des presque 90 millions de barils consommés quotidiennement il y aurait besoin de près de 200‘000 km2, soit environ 1/3 de la surface de la France métropolitaine. Cela peut être réparti de manière à ne pas sacrifier un pays pour cette production. D’ailleurs chaque pays, ou presque peut produire, à condition d’avoir du soleil pour la croissance du plancton. Les pays nordiques ne diminueraient donc par leur dépendance vis-à-vis de l‘étranger. Sauf à éclairer le plancton artificiellement. Ce qui diminue l’intérêt énergétique du biopétrole.

Enfin, selon les initiateurs du projet, ce pétrole pourrait être vendu l’équivalent de 30 dollars le baril, 3 à 4 fois moins que le Brent.

Bien sûr cela pourrait être combiné avec des transports en communs plus fréquents et efficaces de manière à diminuer l’usage de la voiture privée et donc la consommation. Mais la voiture ne cessera pas d’exister : elle est un moteur de la liberté de mouvement et d’une certaine autonomie individuelle. Son industrie fournit de très nombreux emplois. Toutefois les pressions sur le prix du pétrole seront peut-être moindres si la production est morcelées en plus petites unités donnant d’avantage d’autonomie à nombre de pays.

Un rapport en anglais synthétise les avantage du pétrole d’algues comparé aux autres biopétroles. La production d’huiles est particulièrement importante :


pour satisfaire en huile 50% de la consommation actuelle en pétrole des Etats-Unis il faut :

1540 millions d’hectares de maïs
595 millions d’hectares de soja
99 millions d’hectares de noix de coco
45 millions d’hectares de palmiers à huile
2 à 4,5 millions d’hectares de production de micro-algues, selon la variété utilisée.

Les algues vertes remplaceront-elles le pétrole dans les nouveaux plastiques ?

Olmix, une société bretonne spécialisée dans la nutrition animale, espère réduire le phénomène des marées vertes en Bretagne. Elle a mis au point un matériau à base d'argile et d'algues vertes, capable de remplacer certains antibiotiques et de concurrencer le pétrole dans la fabrication de polymères industrielles. Est-ce la fin des algues vertes ? Pas sûr, répondent les associations de protection de l'environnement.
Les premières "marées vertes" bretonnes datent des années 1960. Avec l’intensification de l’agriculture, et l’augmentation des rejets issus des élevages, les nitrates déversés par les rivières dans la mer ont entraîné la prolifération d’algues vertes de type Ulva. Le phénomène s’est accru régulièrement et les collectivités locales ramassent sur leurs plages entre 30 000 et 140 000 tonnes par an de cette « salade » dont l’odeur est pestilentielle en été.
C’est dans ce contexte que la société Olimix, spécialisée dans la nutrition animale, a installé, en juin 2006, une énorme machine à laver les algues vertes sur plage de Saint-Efflam, dans la baie de Plestin-les-Grèves (Côtes d’Armor). La PME bretonne lave 12 tonnes d’algues par jour. Elle les utilise pour fabriquer son Amadeïte, un nanomatériau à base d’argile, capable de remplacer les antibiotiques dans l’alimentation animale, et d’entrer dans la fabrication de polymères industrielles. 
Les algues vertes permettent de modifier la structure en « mille-feuilles » de l’argile. « Nous avons réussi à en séparer les feuillets, et à les maintenir ouverts grâce à une chaîne de sucre issue de l’algue verte», explique Philippe Le Ray, directeur général. Les débouchés potentiels de cette invention, dotée d’un brevet mondial, sont multiples. L’Amadéite peut se substituer aux antibiotiques - interdits dans l’alimentation animale depuis janvier 2006 -, au pétrole dans la plasturgie, ou conférer une excellente résistance mécanique et d’imperméabilité aux plastiques d’amidons. « Nous pourrions réaliser des plastiques 100% dégradables » souligne Philippe Le Ray. 
Olmix a déjà signé huit contrats avec de grands industriels de la nutrition animale, de la cosmétique, de l’automobile, du plastique et du béton pour tester son produit. Avant d’entrer en phase de production industrielle, Olmix doit collecter suffisamment d’algues pour assurer son process. Elle a donc installé une première « machine à laver les algues » à Plestin, et souhaite en installer une dizaine d’autres pour récolter 100 000 tonnes par an, soit un tiers des 300 000 tonnes d’algues vertes qui se déposent, chaque année, sur les côtes bretonnes.

micro-algues-601652.jpgTraiter ou éradiquer ?

Philippe Le Ray, le patron d'Olimix espère quand même « aider les collectivités à régler leur problème de marée vertes : plus on va baisser le volume d’algues, plus le potentiel de reproduction diminuera ». Il ajoute « Nous sommes dans une philosophie écologiste".
Les associations de protection de l’environnement ne voient pas les choses ainsi. « Depuis l’apparition du phénomène des marées vertes, dans les années 1960, nous avons assisté à plusieurs projets de ce type", rappelle Gilles Huet, délégué d’Eau et Rivières de Bretagne. "Pour nous, cela fait partie des vraies fausses solutions qui ne font que retarder la prise de conscience nécessaire pour lutter contre les algues vertes. »
Même son de cloche à la Fédération d’associations de protection de l’environnement et de la nature (Fapen) des Côtes d’Armor, et chez plusieurs associations écologistes, qui craignent en outre qu’Olmix tire profit du ramassage des algues, géré par les collectivités pour alimenter sa chaîne de production. « On veut faire croire aux élus et aux habitants que l’on va tirer de la valeur ajoutée des algues, mais cela ne repose que sur la collecte payée par les contribuables », ajoute Gilles Huet.
Philippe Le Ray ne cache que sa société « aimerait que ses « machines à laver » soient gérées par les collectivités, dans le cadre du traitement des algues ». Le conseil régional de Bretagne et trois départements bretons, sollicités, ne se sont pour l’instant pas prononcés. 
La communauté de communes de Lannion Trégor Agglomération (LTA), qui gère le ramassage des algues à Plestin-les-Grèves, est également prudente. « Nous ne souhaitons pas voir le ramassage des algues dépendre des choix stratégiques d’un industriel" remarque Bénédicte Le Bref, coordinatrice du programme de lutte contre les algues vertes de LTA. "Nous n’avons aucune information sur les marchés définitifs d’Olmix. Nous attendons toujours du concret. »
La PME semble en tout cas prête à mener son projet jusqu'au bout : « Si les oppositions sont trop fortes, nous pourrions trouver d’autres gisements d’algues vertes, aux Philippines par exemple, voire même les cultiver !»
Rafaël Baldos
Mis en ligne le : 06/12/2006
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