Vendredi 4 mai 2012 5 04 /05 /Mai /2012 10:31

En France, Internet ralentit. Étonnant non ? Inquiétant surtout !

 Une étude publiée par Akamai sur l'état de l'Internet dans le monde constate que le débit moyen d’accès à Internet ralentit globalement, à peu près partout dans le monde, et notamment aussi en France. Analyse de ce constat à première vue surprenant... mais surtout inquiétant !

État de l'Internet dans le monde

Akamai a publié récemment son étude trimestrielle sur l'état de l'Internet dans le monde : ce document d'une cinquantaine de pages est en accès libre, il vous sera simplement demandé de laisser vos cordonnées pour pouvoir le télécharger.

On y trouve énormément d'informations compilées par l'opérateur de CDN sur le développement d'Internet et ses usages. Pour autant, je vais me focaliser aujourd'hui sur un seul indicateur, le débit moyen de l'accès Internet.


source Akamai - cliquer pour agrandir

Et si je choisis cet indicateur c'est parce que, de façon a priori surprenante, il est globalement en baisse dans le monde, et tout particulièrement en France...

Baisse globale du débit moyen d'accès à Internet

Selon Akamai, le débit descendant moyen des connexions Internet a baissé de 14 % depuis le 3ème trimestre 2011, pour atteindre 2,3 Mb/s seulement lors du 4ème trimestre de la même année. Et ce alors que l'ADSL voire le câble et la fibre optique, gagnent du terrain partout dans le monde.

Comment expliquer ce résultat surprenant ? Par la diffusion des mobiles et tablettes, bien sûr !

En effet, l'accès à Internet depuis les mobiles et tablettes équipées de connexions 3G est en très forte croissance. Et même si les débits mobiles progressent, avec par exemple 7,2 Mb/s pour des connexions 3G+ en HSDPA disponibles en France, ils restent néanmoins le plus souvent inférieurs aux débits plus élevés apportés par des réseaux fixes. Ainsi globalement le développement des terminaux nomades a tendance à peser tendanciellement sur les débits Internet. Pour autant, tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne, et la situation de la France s'avère particulièrement préoccupante.

En Europe, la France est à la traîne !

En appendice du document, page 52, on trouve un tableau qui présente quelques indicateurs clés pour les différents pays d'Europe :


source Akamai - cliquer pour agrandir

Ce tableau est classé par ordre alphabétique des noms de pays, et j'ai choisi de le trier par ordre décroissant du débit moyen descendant constaté. Le résultat est hélas édifiant :

  • Pays-Bas : 8,2 Mb/s
  • Suisse : 7,3 Mb/s
  • République Tchèque : 6,7 Mb/s
  • Roumanie : 6,4 Mb/s
  • Belgique : 6,1 Mb/s
  • Finlande : 5,9 Mb/s
  • Norvège : 5,9 Mb/s
  • Irlande : 5,8 Mb/s
  • Danemark : 5,7 Mb/s
  • Hongrie : 5,6 Mb/s
  • Suède 5,5 Mb/s
  • Slovaquie : 5,2 Mb/s
  • Autriche : 5,2 Mb/s
  • Allemagne : 5,0 Mb/s
  • Grande-Bretagne : 4,9 Mb/s
  • Portugal : 4,8 Mb/s
  • Islande : 5,1 Mb/s
  • Luxembourg : 4,4 Mb/s
  • Pologne : 4,1 Mb/s
  • Italie : 3,9 Mb/s
  • Espagne : 3,8 Mb/s
  • Grèce : 3,8 Mb/s
  • France : 3,7 Mb/s !

Oui, vous avez bien lu, 3,7 Mb/s de débit descendant moyen en France, alors que, comme le montre le graphique ci-dessous c'était 4 Mb/s à l'été 2011 : 10% de baisse en un semestre !

Même les pays du sud de l'Europe, qui vivent la plus grave crise économique depuis 70 ans, ont un meilleur débit moyen pour leurs connexions Internet ! Seuls les pays des Balkans, qui ont subi une guerre terrible il y a 15 ans et ne figurent pas dans ce tableau mais apparaissent sur la carte interactive proposée par Akamai, sont dans une moins bonne situation que la France...

Dans le reste du monde, et quand on regarde les grands pays développés, les chiffres font rêver : la Corée du Sud arrive largement en tête avec 17,5 Mb/s. Suivent le Japon et Hong Kong avec 9,1 Mb/s. Les États-Unis se classent 13ème avec 5,8 Mb/s, le Canada est à 5,6 Mb/s et même l'Australie, ce pays-continent aussi immense que peu peuplé, est à 4,9 Mb/s !

On peut évidemment tenter de positiver en reprenant l'explication générale de la baisse des débits moyens : c'est parce que les Français disposent de réseaux mobiles de bonne qualité et utilisent beaucoup leurs connexions 3G que le débit moyen constaté a baissé.

Mais on peut aussi voir le verre à moitié vide : je considère pour ma part  que si le Très Haut Débit était largement plus déployé, à la hauteur des ambitions affichées par les plans gouvernementaux, de la motivation des collectivités territoriales et des espoirs suscités par les opérateurs, alors la hausse des débits apportée par le THD compenserait la baisse provoquée par les mobiles, du moins en partie, de sorte que la moyenne baisserait moins, voire remonterait. Ce n'est visiblement pas le cas.

Car un autre graphique portant cette fois sur l'adoption du Très Haut débit (plus de 5 Mb/s de débit descendant, ce qui pour la France inclut évidemment une partie des liaisons ADSL des particuliers et SDSL des entreprises) est plutôt inquiétant pour notre pays :


source Akamai - cliquer pour agrandir

Le taux d'adoption du Très Haut Débit en France s'établit en effet à seulement 13%, en baisse depuis 2 trimestres consécutifs, ce qui nous donne le taux le plus faible d'Europe ! Ce taux est de 30% en Allemagne, 29% en Grande Bretagne, 34% au Portugal, 23% en Pologne, 15% en Espagne et 14% en Italie. La France est lanterne rouge de l'Europe, ex-aequo avec la Grèce...

En conclusion, voilà pourquoi, globalement, Internet ralentit en France : à cause des atermoiements des opérateurs et donc des retards accumulés dans le déploiement du Très Haut Débit, nous voici le dernier pays développé d'Europe pour ce qui est du débit d'accès Internet.

Il faut une politique Très Haut Débit volontariste et ambitieuse !

J'ose espérer que ce constat accablant va interpeller les politiques qui seront au gouvernement après les élections législatives, ainsi que les collectivités territoriales, l'ARCEP et aussi bien entendu les opérateurs, qui sont aujourd'hui les principaux responsables de cette situation calamiteuse.

Il faut maintenant en sortir par le haut : le déploiement accéléré du Très Haut Débit ne constitue-t-il pas un « grand chantier » porteur d'innovations technologiques et de créations d'emplois qualifiés non délocalisables ?

J'interpelle donc, à travers leurs spécialistes de l'économie numérique,  les deux candidats qui vont débattre ce soir. Et je vous engage à partager ce billet de blog si vous le jugez opportun !

 

Source: zdnet

Par wikistrike.com - Publié dans : Science, technologie, web, recherche
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