En silence, la situation économique s'aggrave en Grèce


corinthe_ruines_2.jpgDepuis le départ du premier ministre grec Georges Papandreou, remplacé par l 'euro technocrate Lucas Papademos, en novembre la Grèce s'est faite discrète sur les écrans radars.
Au cours des dernières semaines, les marchés se sont davantage focalisés sur l'Italie, l'Espagne, voire la France, oubliant la situation à Athènes.

Pourtant, il serait grand temps de s'y intéresser à nouveau. Les inspecteurs de la Troika (FMI, BCE, UE) reviennent sur place dans une semaine, pour vérifier l'avancée des travaux du gouvernement et décider, ou non, du déblocage des nouvelles aides. Et le moins que l'on puisse dire c'est que la situation qu'ils vont découvrir ne va pas leur faire plaisir.

 
La commission européenne a fort opportunément rappelé, il y a quelques jours, que la prochaine tranche d'aide d'un montant de 5 milliards - prévue initialement en janvier - ne sera pas versée avant le mois de mars. Et que, par conséquent, le reste du programme a pris un décalage de trois mois. "Rien ne dit que nous verserons les sommes prévues au moment dit, le gouvernement doit faire preuve de ses capacités à mener à bien ses réformes", me confiait un membre de la commission européenne la semaine dernière.

Cette fermeté de Bruxelles incite désormais les marchés à parier sur un défaut grec définitif d'ici mars. Deux banques ont développé un tel scénario ce matin.

D'abord, UBS : "Nous anticipons que la crise va se détériorer davantage encore qu'en novembre dernier", expliquent les économistes de la banque suisse, pour qui le programme volontaire de restructuration de la dette grecque par les banques (PSI) ne se fera pas sur une base volontaire, contrairement à ce que souhaitent les chefs d'état de la zone euro. UBS s'attend à ce que les banques qui négocient toujours avec Athènes se fassent finalement forcer la main, en acceptant une restructuration largement supérieure à 50%, ce qui déclenchera les CDS (contrats d'assurance contre les risques de défaut).

De fait, la situation est bloquée depuis le début par ces négociations avec les banques. L'une des raisons, expliquent des observateurs à Athènes, c'est que les riches familles grecques étant largement propriétaires de banques nationales, elles souhaitent absolument que les CDS soient exercés, pour que les banques ne voient pas leur valeur s'effondrer avec les pertes liées à la restructuration de la dette souveraine. Ce seraient d'ailleurs ces riches familles qui auraient forcé Papandreou à faire machine arrière au lendemain de l'accord européen de fin octobre 2011, précipitant sa chute.

Dans une note publiée ce matin également, la Société Générale est tout aussi alarmiste : "la Grèce est au bord du précipice", titrent ses économistes. Plutôt que de s'intéresser à la question du PSI, ces derniers s'inquiètent plutôt de la situation conjoncturelle. Ils rejoignent les préoccupations du FMI qui rappelait, dans une récente note, que même avec un accord sur une restructuration de 50% de la dette souveraine, et un engagement des états européens à garantir un financement de la Grèce à des taux de 4% dans les prochaines années, Athènes affichera tout de même un endettement de 120% du PIB en 2020.

Simon Nixon, économiste à la SG dresse ensuite une liste de chiffres rappelant combien la situation est désastreuse : le coût horaire du travail a baissé de 7,5% en rythme annuel, ce qui - couplé à une inflation de 2,8% - fait chuter le salaire réel des grecs de plus de 10% sur un an. Les crédits au secteur privé considérés comme à risque pour les banques ont bondi de 20% en un an, représentant 12,8% des crédits totaux. Dans le même temps, les dépôts bancaires en Grèce ont chuté de 32 milliards d'euros. Les banques locales sont donc sérieusement asphyxiées et ont emprunté 120 milliards d'euros à la BCE, soit plus de la moitié du PIB grec !

Enfin, pour ne rien arranger, le gouvernement de Lucas Papademos se heurte à un blocage de plus en plus fort en interne : il s'avère à la fois incapable de mener à bien les privatisations promises, de baisser le salaire minimum, comme la Troika l'invite à le faire et de réduire le poids de la fonction publique.

"Dans ces conditions, le prochain round de négociation censé établir les bases de l'aide à la Grèce pour les trois prochaines années s'annonce particulièrement tendu : alors que l'attention se focalise sur l'Italie, le risque d'un défaut désordonné de la Grèce, marqué par une sortie de la zone euro s'accroît", conclut la Société Générale pour qui Athènes restera "le point central de la crise de la dette", pendant de longs mois encore.

 

 

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