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Escadrons de la mort, meurtre et corruption U.S. en Colombie

Publié par wikistrike.com sur 9 Novembre 2012, 09:53am

Catégories : #Politique internationale

Escadrons de la mort, meurtre et corruption U.S. en Colombie 


Dan KOVALIK

Des informations ont révélé cette semaine, quoique de manière peu étendue ici, que Francisco Santos, qui a occupé la fonction de vice-Président sous Alvaro Uribe de 2002 à 2010, a rencontré à trois reprises les dirigeants de l’organisation paramilitaire d’extrême-droite connue sous le nom des AUC [1]. Etait présent aux réunions de Santos avec les AUC – une organisation désignée par le Département d’Etat des Etats-Unis comme « organisation terroriste » depuis le 10 septembre 2001 – l’infâme fondateur des AUC, Carlos Castaño [2]. Les nouvelles au sujet de ces rencontres ont été initialement révélées par le média colombien Radio Caracol, et n’ont été reprises que par très peu de médias d’information américains, incluant Fox News (Latino), citant le service d’information de l’EFE, et Colombia Reports.

D’après EFE et Fox News (Latino), Santos a rencontré les AUC au cours des années 90, avant de devenir vice-Président, mais également durant sa fonction de rédacteur en chef du principal journal colombien – El Tiempo. Au cours d’une de ces réunions, Santos a dit aux AUC de tuer « tout ces subversifs qui sont en train de prendre ce pays ». Par ailleurs, au même moment, Santos a clairement fait comprendre que les AUC ne devaient pas faire « disparaître » ces cibles car celles-ci pouvaient causer des problèmes à la fondation qu’il a créée pour lutter contre les enlèvements et apporter une aide aux familles des victimes d’enlèvement. [3] (Et vous pensiez que Lance Armstrong avait des problèmes avec sa charité ?!)

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EFE et Fox News (Latino), sans faire référence à CounterPunch je dois ajouter, relate ce que j’avais initialement révélé sur ces pages il y a des mois – i.e., que « les combattants des AUC ont tué plus de 250.000 personnes au cours des deux dernières décennies, d’après un câble diffusé par Wikileaks ». [4]

Il y a un certain nombre de questions notables que ces nouvelles révélations soulèvent au sujet de Santos. Tout d’abord, Santos, en tant que vice-Président, a agi comme un des chefs lobbyistes de Colombie sur Capitol Hill [5] pour le Traité de Libre-Echange avec la Colombie [6] – un Traité introduit au Congrès par le Président Obama (malgré ses promesses durant la campagne 2008 de ne pas chercher l’adoption du TLE) et approuvé par le Congés américain à l’automne 2011. Je connais bien ce fait, car j’ai personnellement rencontré Santos à l’Ambassade américaine de Washington D.C. en 2007 lorsqu’il insistait durement pour l’adoption du TLE. Santos avait alors invité des membres de la communauté travailliste américaine pour s’entretenir avec lui à l’Ambassade, dans une vaine tentative de remporter notre soutien pour le TLE. Durant cette rencontre, Santos a essayé de nous assurer que le gouvernement colombien faisait tout ce qu’il pouvait pour endiguer la violence contre les syndicalistes colombiens, et que cette violence ne devait pas être perçue comme un obstacle au TLE. Santos avait l’air d’un type assez affable, mais nous étions d’accords pour ne pas nous accorder sur cette question. Il s’avère que nous, au mouvement travailliste américain, étions sûrs de camper sur nos positions, malgré les moyens de Santos. Bien sûr, c’est Santos qui a gagné en fin de compte, en obtenant l’adoption, non pas sous George W. Bush, mais sous Obama.

Le fait que Santos, qui a ouvertement poussé les escadrons de la mort des AUC à commettre des meurtres, ait été le porte-drapeau pour le lobby du TLE avec la Colombie, est emblématique de ce que le TLE représente. En bref, le TLE est en effet synonyme de mort, car il accélérera le déplacement continu des colombiens de leurs terres (en particulier, des indigènes et des afro-colombiens) de manière à frayer un chemin à l’exploitation par les multinationales. De plus, le TLE – comme l’ALENA [7] avant lui qui a conduit au déplacement de 1.3 millions de petits fermiers, et comme « libre-échange » avec Haïti lequel, ainsi que Clinton l’a lui-même admis, a détruit la capacité des fermiers haïtiens de produire de la nourriture – sapera les moyens de subsistance des petits fermiers en Colombie qui seront incapables de rivaliser avec les denrées américaines bon marché, subventionnées et sous-évaluées en franchise en Colombie, dans le cadre des dispositions agricoles du TLE. Celui-ci, à son tour, conduira au déplacement des petits fermiers en Colombie. Et tout ces déplacements ne feront que s’ajouter à la population de déplacés internes de Colombie qui en est maintenant à plus de 5 millions de personnes – la plus importante du monde.

En effet, ainsi que le NACLA [8] l’a rapporté le 10 octobre 2011, juste avant l’adoption du TLE, « Les alarmes sonnent déjà pour de nombreux secteurs en Colombie, particulièrement pour les producteurs de riz, de maïs, de blé et de produits laitiers. Le Ministre de l’Agriculture de Colombie, Juan Camilo Restrepo, a déclaré que l’on s’attend à ce qu’environ 350.000 fermiers soient parmi les premiers à être touchés par la perte de protection à l’importation de produits agricoles bon marché des Etats-Unis. « Nous ne sommes pas préparés au TLE » a dit Restrepo. Prêts ou non, le TLE est arrivé en Colombie, merci aux avocats comme Francisco Santos.

Ce qui est le plus notable et le plus inquiétant concernant la substance des réunions de Santos avec les AUC, est sa prompte reconnaissance de la méthode préférée des AUC d’éliminer les ennemis perçus par l’Etat – la disparition. Santos a dû qualifier son exhortation à tuer en excluant les disparitions parce qu’il savait très bien que les AUC aurait forcément recours à de tels crimes en premier lieu. Bien sûr, beaucoup d’entre nous dans le domaine des droits de l’Homme tiennent ceci pour vrai, étant donné le statut de leader de la Colombie dans l’Hémisphère dans le domaine des disparitions, entre 50.000 et 250.000 disparus au cours des deux dernières décennies. Cependant, le fait que l’homme qui occupe le second poste le plus important en Colombie reconnaisse si ouvertement ce fait, montre à quel point ce crime est intégral pour le maintien du pouvoir du gouvernement colombien.

Bien sûr, ce qui est également vrai est la facilité avec laquelle le patron en chef de la Colombie, les Etats-Unis, non seulement accepte mais encourage les disparitions comme une tactique faisant loi à travers l’Hémisphère. Je vous quitte sur cette note avec une citation du COFADEH, le groupe de défense du Honduras pour les familles de disparus dans ce pays [9]. Le COFADEH explique sur son site internet que les disparitions, accompagnées de torture et de meurtre, sont les « formes emblématiques, systématiques et sélectives des violations des droits de l’Homme » soutenues par les Etats arrière des Etats-Unis en Amérique Latine « suivant les instructions des Etats-Unis » dans la continuité de la « doctrine de SECURITE NATIONALE » des Etats-Unis. Ainsi que le remarque justement le COFADEH, c’est cette doctrine de Sécurité Nationale, et les crimes qui vont avec, qui a été en premier lieu soutenue en Amérique du Sud, le plus fameusement en Argentine, en Uruguay, au Paraguay et au Chili, puis ensuite dans des pays d’Amérique Centrale comme le Honduras, le Salvador et le Guatemala. Tristement, c’est en Colombie que cette doctrine a été soutenue de manière continue, comme nous l’apprenons le mieux de Noam Chomsky, depuis 1962.

Et cette doctrine, et les crimes tels que les disparitions et la torture qui vont avec, ne cessera pas dans cet Hémisphère tant que le peuple des Etats-Unis ne reconnaîtra pas qu’ils sont menés sous l’ordre de notre propre gouvernement, et tant que le peuple des Etats-Unis ne dira pas « basta » ou « ça suffit » à de tels crimes contre l’humanité commis en notre nom.

Daniel KOVALIK

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Source : http://www.counterpunch.org/2012/11/02/death-squads-murder-a...

Daniel Kovalik est avocat des droits de l’Homme et du travail à Pittsburgh et enseigne le Droit International à l’Université de Droit de Pittsburgh.

Notes et Traduction : FP

A lire également :

Les paramilitaires au cœur du terrorisme d’Etat colombien, par Hernando Calvo Ospina (article Le Monde Diplomatique – avril 2003)
http://www.monde-diplomatique.fr/2003/04/CALVO_OSPINA/10081

Israël et les paramilitaires colombiens (article Risal Info du 6 juin 2003)
http://risal.collectifs.net/spip.php?article477

Notes :

[1] AUC (Autodéfenses Unies de Colombie) : organisation paramilitaire d’extrême droite responsable de milliers de massacres à travers la Colombie.

[2] Carlos Castaño Gil (1965-2004) est le fondateur des Autodéfenses paysannes de Córdoba et d’Urabá (ACCU) – une organisation paramilitaire d’extrême droite colombienne. Castaño et ses frères Fidel et Vicente fondèrent ce groupe (et ses incarnations antérieures) après l’enlèvement et l’assassinat de leur père. L’ACCU fut par la suite un des membres fondateurs d’Autodéfenses Unies de Colombie (AUC).

[3] Francisco Santos est à l’origine de la création de l’ONG Pais Libre en 1996. La Fondation répertorie les cas d’enlèvements et apporte un soutien financier aux familles des victimes d’enlèvements et de séquestration en Colombie. Clara Rojas, détenue par la guérilla de 2002 à 2008 et qui a donné naissance à un enfant durant sa captivité, vient d’être nommée à la tête de Pais Libre.

Site internet : http://www.paislibre.org/site/

[4] Voir Les disparus de Colombie, par Dan KOVALIK (Article Le Grand Soir - 11 août 2012)http://www.legrandsoir.info/les-disparus-de-colombie-counter...

[5] Capitol Hill est un quartier de la ville de Washington où se situe le Capitole qui héberge le Congrès américain.

[6] Le Traité de Libre-Echange ou TLE (en anglais, FTA : Free Trade Agreement) entre la Colombie et les États-Unis a été signé au niveau présidentiel entre les États-Unis et la Colombie en novembre 2006. Destiné à faciliter les échanges commerciaux entre les deux pays, le traité va probablement accentuer les inégalités sociales qui existent déjà dans le pays.

[7] ALENA : Accord de Libre-Echange Nord-Américain (en anglais, NAFTA : North American Free Trade Agreement). Traité entré en vigueur le 1er janvier 1994 qui a créé une zone de libre-échange entre les États-Unis, le Canada et le Mexique.

[8] NACLA (North American Congress on Latin America) Report : magazine progressiste couvrant l’Amérique Latine et ses relations avec les Etats-Unis depuis 1967.

Site internet : https://nacla.org/naclareport

[9] COFADEH : Comité de Familiares de Detenidos Desaparecidos en Honduras (Comité des Familles de Détenus et Disparus du Honduras). Site internet : http://www.cofadeh.org/

Sources: Counter punch / Le Grand Soir

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