Wikistrike

Wikistrike

Rien ni personne n'est supérieur à la vérité

Europe: on voit le mur, on accélère

Publié par wikistrike.com sur 14 Janvier 2012, 20:24pm

Catégories : #Politique internationale

 

 

 

Europe: on voit le mur, on accélère

 

mur.jpg

 

 

Bon, faisons le point rapidement sur la situation financière de l’Europe. Depuis des années maintenant, on sait que c’est « la crise ». Financière ou économique, finalement on s‘en fiche, le résultat est le même : les pauvres tombent dans une misère digne de l’époque napoléonienne,  tandis que les plus favorisés sont toujours soignés aux petits oignons. Normal : les réunions et autres lobbies type Bilderberg ou FMI décident de tout, entre initiés et dévots aux théories ultra libérales. Le chèque en blanc qu’on nous demande encore de payer, peut-être qu’on peut éviter de le signer.

 

On a déjà longuement parlé de la crise actuelle, et cela depuis des mois. Simplement parce que c’était la suite logique des « choix politiques » qui n’ont pas été faits. Bref, en 2012 on en sera encore à payer les conséquences de la crise dite « des subprime ».

Les banques ont des bilans auxquels on ne peut absolument pas faire confiance, comme on l’a vu à moult reprises depuis des années. Les bénéfices sont planqués dans les paradis fiscaux, les pertes sont transférées en France ou ailleurs pour obtenir des dégrèvements fiscaux, voir des remises d’impôt. Ce système contribue largement à faire de la France un paradis fiscal, mais bref.

Les banques annoncent les chiffres qu’elles veulent, grâce aux paradis fiscaux (on fait passer les bénéfices dans les paradis fiscaux et les pertes en France). Du coup, malgré les bénéfices annoncés (certes en baisse cette fois-ci), il était prévisible que les banques allaient finir par faire sortir à un moment ou à un autre les pertes brutes issues de la crise subprime. Nous y sommes, et aujourd’hui les banques européennes se montrent telles qu’elles sont : plombées.

Pas plus que les banques américaines. La seule différence, c’est que les Etats Unis et la FED peuvent créer des billets pour racheter les titres pourris des banques, mais que nous en Europe, on ne peut pas. Il est en effet écrit dans le traité contre lequel nous avons voté, que les Etats ne peuvent pas prêter aux banques, ni même à l’Etat, et encore moins les banques centrales qui ne servent plus à rien. La BCE, en principe, n’en a pas le droit non plus. En Europe, pour prêter aux banques (ou donner, comme aux Etats Unis), on doit emprunter sur « les Marchés », avec des taux d’intérêt iniques et tout le bazar.

Bref, les banques US vont mieux que les banques européennes simplement parce que la FED a créé des milliards de dollars[1] pour racheter des titres pourris qui ne valaient plus rien. En Europe, la BCE nous endette pour filer l’oseille au FESF (fonds européen de stabilité financière) qui rachète au prix fort les titres pourris de dette grecque ou autre que les banques ont racheté sans discernement. Ou en sachant pertinemment que les citoyens allaient finir par payer, comme d’habitude.

Rappelons que dès le début, la Grèce n’était pas solvable pour autant d’argent emprunté à un tel taux. D’ailleurs,la note AAA du FESF est également menacée par les agences de notation… D’ailleurs, Standard & Poor’s a déjà prévenu que 15 Etats européens (dont les six qui ont encore leur AAA) risquent de voir leur note dégradée prochainement.

Au final, les mesures prises pour garder un AAA collé par des agences ineptes nous ont menés à la récession.

Depuis  le début de la crise, la BCE qui ne servait qu’à limiter l’inflation (en comprimant les salaires) s’est transformée en banque des banques, pour un résultat qui laisse perplexe. En juin 2009, la BCE a ainsi prêté 442,4 milliards d’euros sur un an, un record à l’époque, à 1.121 banques et établissements financiers.  Elle a encore prêté 111 milliards à 78 banques pour leur permettre de la rembourser du prêt de juin 2009, et encore 132 milliards prêtés à trois mois. Début décembre, la BCE a battu son précédent record, en prêtant encore près de 490 milliards à 523 banques etc. sur trois ans cette fois, et toujours à 1%.

Or, plus de 600 milliards d’euros de dettes bancaires devront être remboursées en 2012 (dont 230 milliards au premier trimestre), ce qui semble compliqué pour nombre d’établissements. Donc en gros, la BCE prête aux banques pour qu’elles la remboursent de ses prêts précédents. Quand un particulier fait ça, on dit qu’il est surendetté, mais qu’on se rassure : la BCE prête au taux record de 1% aux banques[2], qui elles prêtent aux Etats à des taux de 5 à 10%. Et d’où vient le fric que la BCE file gentiment aux banques ? Des Etats, donc des contribuables. Cherchez l’arnaque…

Et selon certains, la BCE, le FESF et bientôt le MES (mécanisme européen de stabilité qui va remplacer le FESF) auront donc « prêté » près de 2.200 milliards d’euros aux banques en mois d’un an.

Et l’Europe vient de décider, à la suite d’un énième sommet de crise, d’augmenter les fonds du FESF à 1.000 milliards d’euros, puisque des 400 milliards garantis jusque là ne suffisent pas. Et cet argent ne servira qu’aux banques : pas question que l’Europe prête directement aux Etats. D’où un système subtil dans lequel les banques centrales des Etats européens vont prêter 150 milliards au FMI, pour qu’il les prête aux Etats en difficulté. Tout ça pour respecter le principe débile selon lequel les Etats doivent emprunter sur les Marchés pour s’endetter.

On constate que cette politique de prêt ne sert à rien. Comme à des drogués à qui on file leur dose régulièrement, l’effet de l’injection de fric ne dure que quelques jours, voir une ou deux semaines, et à nouveau le scénario se répète et « les Marchés », c’est-à-dire les spéculateurs, se remettent à flipper et à nous mettre la pression. D’ailleurs dans les jours qui ont suivi le prêt du 5 décembre, Moody’s a dégradé la notre de trois des « grandes » banques françaises (Credit Agricole, BNP Paribas, Société Générale). Et bientôt ce sera probablement le FESFlui-même qui verra sa note dégradée, puisque ce terrain est en train d’être labouré par les médias au courant. Ce sera alors aux Etats (essentiellement la France[3] et l’Allemagne) de s’endetter pour boucher le trou.

Question à dix mille : que font les banques avec cet argent ? Elles le déposent sur leur compte à la BCE. Ainsi,l’AFP nous expliquait le 5 décembre que « Les dépôts des banques auprès de la Banque centrale européenne(BCE) ont marqué aujourd'hui, pour la troisième fois consécutive, un plus haut depuis 18 mois, signe de la gravité de la crise de confiance dans le système financier européen. Au total, les banques de la zone euro ont déposé entre vendredi et lundi 332,7 milliards d'euros auprès de la BCE. Dans la nuit de jeudi à vendredi, les banques avaient déjà déposé 313 milliards d'euros, et 304 milliards la veille.  Le record absolu, de 384,3 milliards d'euros, date de juin 2010 ».

Rebelote autour du 22 décembre : « Les banques de la zone euro ont déposé 347 milliards d'euros auprès de la BCE entre jeudi et vendredi. Soit un nouveau record depuis juin 2010, qui dépasse d'une courte tête le niveau atteint il y a dix jours (346,3 milliards d'euros) ». Et nouveau record début janvier, avec 443 milliards d’euros déposés à la BCE.

Ben oui, on demande aux banques d’augmenter leurs fonds propres, mais elles n’en ont pas. Alors dès qu’on leur prête elles tentent de mettre quelques euros de côté. Au final, on estime que 60% de l’argent injecté par le BCEdans les banques lui revient en dépôt. Cet argent ne sert donc à rien, à part gonfler les comptes des banques.

Et accessoirement, la BCE accepte[4] comme garantie (comme « collateral », dit-on) de ses prêts les actifs qui ont amené à la déroute : les obligations souveraines, y compris les dérivés de dette grecque, et cela officiellement à hauteur de 5% du montant total de la garantie en question. Mais, d’autres « actifs » plus ou moins pourris font aussi partie du lot. A part ça, on s‘est bien gardé d’exiger quoi que ce soit des banques, et surtout pas de respecter les principes pourtant évoqués aux G8 etc.

 

 

Délestage massif de titres pourris

 En parallèle, lesdites banques ont réussi à lâcher une bonne partie de leurs titres de dettes souveraines pourris. Et qui les a rachetés au prix fort car plus personne n’en veut ? La BCE[5], via le Securities Market Program. Pour en faire quoi ? Mystère, car ils ne valent plus grand-chose. L’Expansionécrivait le 13 décembre que « Sur les neuf premiers mois de l'année, BNP s'est par exemple délestée de 61% de ses actifs sur les titres souverains (elle est passée de 215 milliards d'euros à 83 milliards). Et à l'échelle européenne, l'ensemble des banques ont vendu 39% de leur portefeuille (1.574 milliards d'euros d'exposition fin septembre contre 2.585 milliards en janvier). La BCE va ainsi prendre en garantie ("collateral") les titres de dette détenus par les banques en échange des prêts accordés. Ce qui pourrait revaloriser les titres souverains des Etats en difficultés sur les marchés ».

Pourquoi la BCE rachète-t-elle ces titres pourris depuis le début de l’année, via le FESF ? Pour « calmer les Marchés », pardi. Entre août et mi décembre 2011, 211 milliards ont ainsi été consacrés à cette dépense totalement improductive.

Question : la BCE a-t-elle les reins assez solides pour engager autant d’argent de manière aussi incertaine ? Il semble que non, car avec à peine plus de 5 milliards d’euros de fonds propres, l’effet de levier (la masse d’argent encourue à partir d’un seul euro) est de 30,8[6]. Soit, 30,8€ d’engagés avec un seul euro de garantie en fonds propres, ce qui est du niveau des banques US qui ont coulé pendant la crise subprime, comme Lehman Brothers.

Si la BCE, qui rappelons-le au passage est dirigée par un ancien de Goldman Sachs qui a été directement impliqué dans la falsification des comptes Grecs[7], ne revend pas ces titres pourris, ou pas assez cher, on se retrouvera en faillite. D’où l’idée géniale de demander aux Etats de la renflouer. Mais comme les Etats ne peuvent plus se financer via leurs banques centrales, ils devront encore emprunter sur les marchés à des taux de plus en plus délirants.  

Entre parenthèses, d’autres fanatiques de l’ultra libéralisme de l’Institut Montaigne avancent depuis quelques semaines l’idée géniale de demander aux « ménages » de financer la dette de la France. Les banques ne veulent plus se mouiller, alors on va refourguer le bébé aux citoyens.

Evidemment, ces titres pourris sont rachetés aux banques par la BCE bien au dessus de leur valeur réelle, qui est proche de zéro. La BCE, qui ne veut surtout pas pénaliser les banques, a ainsi appliqué  une décote de 50% aux titres de dette grecque il y a quelques mois, alors qu’on savait pertinemment qu’elle ne rembourserait pas et que ces titres ne valent plus rien. C’est d’ailleurs pour ça que les banques s’en séparent. Bref, au lieu de 50%, c’est de 75 ou 80% qu’il aurait fallu baisser le prix d’achat.

Officiellement en 2009, les banques n’avaient pas planqué d’actifs toxiques en France, selon le président de la fédération bancaire française. Il a bien précisé « en France », car lesdits actifs étaient planqués dans des paradis fiscaux, et ont été rapatriés par paquets dans des bad banks créées spécialement pour ça. Et chez nous, comme par magie, ils disparaissent. Et sarkoléon, pourtant prompt à s’agiter, n’a rien trouvé à redire.

Et nos banques ne sont toujours pas en bonne santé, loin de là. Les dettes bancaires sont jugées risquées par les « Marchés », et les produits dérivés de dettes bancaires rapportent de moins en moins, malgré les milliards investis. De son côté, Goldman Sachs a inventé lors de la crise subprime un nouveau produit dérivé qui promet de faire des merveilles : une assurance sur une assurance contre un défaut de paiement. Les CDO sur les dettes de certains pays ne sont plus du tout rentables tellement tout le monde est au courant que la dette ne sera pas entièrement payée, et les CDS (les assurances) qui vont avec non plus. Du coup, pour continuer à spéculer sur du vent, on a inventé les « synthetic CDO ». Ce qui revient à parier sur un défaut de paiement des CDO

Au final, l’Europe est en train d’institutionnaliser la transformation de la dette privée (celle des banques etc.) en dette publique. Sauf que la richesse produite par les travailleurs du monde entier (le PIB mondial) ne suffirait même pas pour éponger un dixième de cette dette, en y consacrant la totalité de la richesse.

L’Europe va bientôt piloter de A à Z l’économie des 27 Etats membres, et on exige des citoyens qu’ils signent un chèque en blanc, un de plus. Sans savoir ce qui sera fait de cet argent, ni s’il sera remboursé.

Même l’idée que les Grecs organisent un référendum fait paniquer « les Marchés », alors qu’on sait très bien que les grecs ne pourront pas rembourser toute leur dette. Toutefois, il faut encore s’entendre sur le montant de cette dette, car il semble qu’on ait surévalué celle de l’Irlande de 3,6 milliards jusqu’en novembre 2011. La démocratie n’est qu’un mythe en Europe, au cas où quelqu’un en doutait encore depuis que sarko nous a imposé le traité européen qu’on avait refusé par référendum.

 

Perspectives

On nous promet une récession pour la zone euro en 2012[8]. A quoi ont donc servi tous ces plans d’austérité ? En est-on encore à devoir se flageller des années durant pour espérer aller au paradis ?

Certains parlent aujourd’hui de dévaluer l’euro, certains disent même de 20%, pour que la dette coute moins cher aux Etats et aux banques, et ce serait amusant de voir la BCE nous créer de l’inflation au lieu de la contenir comme elle est censée le faire (à tort plus qu’à raison, d’ailleurs, mais bon). La conséquence d’une dévaluation sera que nos produits seront en effet moins chers à l’exportation, mais ce que nous achèterons à l’étranger nous coutera aussi plus cher. Bref, de joyeux débats s’annoncent entre, en gros, lecamp des exportateurs et celui des importateurs. Et pour finir ce sera le camp des spéculateurs qui tranchera. Enfin, encore une fois on tombe en pleine contradiction puisque les technocrates bruxellois ont voulu, en leur temps, un euro fort (d’où l’austérité depuis des années, en fait).

D’un autre côté, la spéculation continue à plein. Les « entreprises financières », c’est-à-dire qui dégagent des bénéfices de la spéculation, sont le secteur le plus bénéficiaire au Royaume Uni, mais en France elles ont pesé pour 25% des 49 milliards d’euros de bénéfice tiré par le CAC 40 en 2009. Autant dire qu’on n’est pas près de mettre en place la taxe Tobin.

Bref, il serait largement temps d’aborder les solutions pour sortir de ce bourbier. Il est temps d’y réfléchir sérieusement, et on a bien compris que l’impulsion ne viendra pas du monde politico financier.

Les banques ont donc le droit de s’endetter sans fin : aucune contrepartie ne leur est jamais demandée, et la régulation tant invoquée se fait attendre. Jusqu’à quand ce cirque va-t-il continuer ? On vote bientôt en France, mais les véritables enjeux ne sont même pas abordés. Qui nous dit comment on pourrait sortir de la crise ? Qui propose des solutions, des pistes ? Ni le PS, ni l’UMP, ni le centre, ne veulent remettre publiquement en cause le système européen, de peur de ne pas être jugés « crédibles ».

Pourtant, le constat est clair : la politique économique européenne est désastreuse et on le constate chaque jour depuis 20 ans. Le délabrement a commencé lentement, mais aujourd’hui les choses s’accélèrent, et les dernières « réformes » nous font revenir à des conditions sociales d’avant la première guerre mondiale. Si on continue à cette vitesse, dans peu de temps nous serons revenus à l’ère des journaliers, qui n’avaient que leurs bras pour survivre, dans ce XIXe siècle qui a pourtant suivi ce qu’on ose encore appeler la « Révolution ». Une époque où seuls les riches pouvaient voter, où la sécurité sociale n’existait pas, où on devait condamner le « vagabondage », et où le livret ouvrier suivait les travailleurs durant toute leur vie à l’usine. Le rêve pour certains, c’est probable, mais qu’en est-il pour la piétaille ?

 

 


[1] Il s’agit des plans appelés quantitative easing, et nous en serons bientôt au troisième depuis 2008. Avec cet argent, la FED a racheté plein de titres pourris aux banques, assurances etc. 2.350 milliards auraient ainsi été sortis du chapeau de la BCE en trois ans : 600 puis 1.750 milliards en mars 2009 et 600 milliards fin 2010.

[2] Rappelons que l’inflation étant officiellement à 3% environ (taux par ailleurs fort contesté), prêter à 1% revient à donner quelques milliards à nos chères banques.

[3] Ce qui explique pourquoi l’agence de notation Fitch estime que si la note de la dette française baisse, celle du FESF doit baisser aussi. Car si la France est jugée moins solvable, et puisqu’elle est garante d’une masse d’argent engagé par le FESF sur « les Marchés » (c-à-d dans les banques et autres machines à spéculation), on se dit que le FESF est lui aussi moins sûr.

[4] Suite à la prolongation pour 2011 d’un « assouplissement » des règles en la matière. Et d’un nouvel assouplissement en septembre 2011. Pour, probablement, aller vers un assouplissement durable

[5] Au total, la BCE n’aurait racheté que pour 213 milliards d’euros d’obligations souveraines (ces produits dérivés de dette Grecque ou autre)

[6] Il semblerait que la banque d’Angleterre en soit à 52,2, et la banque de France à « seulement » 16,5. Niveau solvabilité, donc, la France bat largement sa voisine.

[7] Mario Draghi est en effet dans le cénacle des décideurs puisqu’on l’a vu participer aux réunions du Bilderbergen 2009 ainsi qu’en 2008. Quant à l’autre italien de Goldman Sachs adepte du Bilderberg, Mario Mont qui a réussi à prendre la place de Berlusconi, il est aussi président pour l’Europe de la trilatérale, ce machin inventé par Rockefeller en 1973.

[8] Certains, comme les analystes de chez Dexia Asset Management, envisagent même une récession de 1,8% pour toute l’année 2012 dans la zone euro.

 

AAAlouette, gentille AAAlouette AAAlouette, je te plumerAAAi. Je te plumerAAAi la tête, Je te plumerAAAi la tête…

 

Ceri pour WikiStrike et Donde Vamos

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Archives

Articles récents