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Fouquet's, Porsche et Rolex: les riches en guerre contre la société

Publié par wikistrike.over-blog.com sur 18 Octobre 2011, 10:22am

Catégories : #Politique intérieure

Fouquet's, Porsche et Rolex: les riches en guerre contre la société

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Des mallettes des rétrocommissions au Fouquet’s de Sarkozy, de la Rolex de Séguéla à la Porsche de DSK, l’argent est devenu le symbole du cynisme de l’oligarchie. Plusieurs essais se penchent sur ce phénomène.

 

Le dîner du Fouquet's du 6 mai 2007, prolongé par la croisière privée sur le yacht de Bolloré, est resté dans l'imaginaire collectif comme la scène primitive du sarkozysme triomphant et, avec lui, de la richesse décomplexée au coeur d'une époque qui en autorise les excès. Une époque "obscène", comme le montant de certaines rémunérations, qu'analyse le sociologue Philippe Steiner. L'économiste Daniel Cohen parle de la "prospérité du vice" : une réalité sociale vieille comme La Fable des abeilles écrite par Mandeville en 1714, qui démontre que le vice privé est la condition de la prospérité publique. Sauf que jamais le vice n'est allé aussi loin dans sa démesure.

Avec la crise, la richesse a perdu de sa splendeur fantasmatique, pour ne plus incarner que la forme d'une sinistre misère morale, incarnée par le folklore des accessoires bling-bling - Rolex, Ray-Ban, voitures de sport... -, les bonus délirants des traders - des subprimes à l'affaire Kerviel - mais aussi des mallettes de fric - les affaires Bettencourt et Takieddine... S'il y a toujours eu des riches - aussi bien que des pauvres -, "ils sont aujourd'hui plus riches et plus visibles qu'à aucune époque dont on ait gardé la mémoire", déplore l'historien Tony Judt dans un livre à sortir prochainement, Contre le vide moral : restaurons la social-démocratie.

Des riches isolés

En France, le débat public témoigne depuis quelques années d'une crispation de plus en plus acerbe contre les délires des riches. De Comment les riches détruisent la planète (Seuil) d'Hervé Kempf au récent best-seller de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, Le Président des riches (La Découverte), la richesse est devenue un objet de fixation partagé par ceux qui critiquent notre système oligarchique. Fini le temps, initié dans les années 80, où l'avidité des uns s'accommodait de la richesse des autres. Par le creusement de leur écart avec le reste de la société, par leur aveuglement devant les fractures du monde dont ils s'affranchissent à peu de frais, les riches se sont isolés. Obsédés par l'accumulation de leurs ressources, ils ont perdu le sens du commun, au point de susciter l'ironie mordante de collectifs militants comme Sauvons les riches.

C'est leur "sécession" qu'analyse finement dans Le Temps des riches Thierry Pech, directeur de la rédaction d'Alternatives économiques, proche de Pierre Rosanvallon, dont le dernier livre La Société des égaux (Seuil) partage la même philosophie générale : celle visant à repenser un compromis collectif entre l'exigence d'autonomie des individus et la demande pressante d'égalité qui gagne la société. Pour Thierry Pech, la "déliaison radicale du sort commun" des riches est l'expression la plus forte du reniement de notre pacte social, du désaveu de "l'idée d'appartenir au même monde, de pouvoir se comparer sous l'angle du mérite, du talent ou de l'utilité commune". Or, faire société, "c'est aussi faire commune mesure", rappelle-t-il.

Par leurs excès, les riches ont déclaré la guerre à la société. Leurs formes d'enrichissement outrancières ne répondent à aucune nécessité et ne sont source d'aucune dynamique productive ; politiquement, elles discréditent les promesses d'égalité liées au contrat républicain : "La sécession des riches s'accompagne d'une récession de la démocratie." D'où l'urgente nécessité de réintroduire dans la réflexion et les pratiques "ce qu'on pourrait appeler le poids du monde", social et physique, comme "un double écosystème que nous avons tous en partage".

Les solutions politiques existent et circulent dans le débat public : régulation de la finance, encadrement des bonus, lutte contre les paradis fiscaux, hausse des prélèvements fiscaux sur les très hauts revenus, revenu minimum citoyen... Le sociologue Michel Beaud en propose d'autres encore dans son essai Face au pire des mondes, notamment la recherche d'un nouvel équilibre entre travail, revenu et consommation, afin de "travailler moins en gagnant assez pour vivre mieux".

Un "président des riches" élu par des Français modestes

Mais au-delà des pistes politiques, portées par les diverses composantes de la gauche, la sécession des riches reste un symptôme plus général de "la religion de la réussite personnelle portée haut sur le pavois d'un individualisme désamarré", souligne Pech. Le président des riches n'est pas seulement l'élu d'une petite oligarchie argentée, mais aussi "le président que les Français se sont choisi collectivement, y compris les plus modestes d'entre eux".

Sommes-nous vraiment prêts à changer ?, se demande alors le chercheur Roger Sue, dans un autre réquisitoire contre le fétichisme de l'argent : son invitation à remettre le social au coeur de l'économie fait évidemment écho à l'impatience des "gens de peu" à la périphérie de Marnes-la-Coquette ou de Neuilly, l'antre des riches. Mais la guerre de sécession n'est pas finie. L'armistice ne sera signé que lorsque sera acquis le principe de la"réintégration" des riches à la vie commune, c'est-à-dire leur participation active à ce que Pech appelle "la redéfinition des exigences de la solidarité".

Jean-Marie Durand

Le Temps des riches, anatomie d'une sécession de Thierry Pech (Seuil), 180 p., 15 euros Face au pire des mondes de Michel Beaud (Seuil), 304 p., 20 euros Sommes-nous vraiment prêts à changer ? - Le social au coeur de l'économie de Roger Sue (Les liens qui libèrent), 246 p., 19 eurosContre le vide moral : restaurons la socialdémocratie de Tony Judt (Editions Héloïse d'Ormesson), 208 p., 19 euros, sortie le 3 novembre Les Rémunérations obscènes de Philippe Steiner (Zones), 144 p., 12 euros

 

Source : lesinrocks.com

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