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Grotte Chauvet-Pont-d'Arc - découverte et contextes

Publié par wikistrike.over-blog.com sur 27 Janvier 2011, 14:09pm

Catégories : #Préhistoire

 

Grotte Chauvet-Pont-d'Arc - Témoignages

Site officiel gouvernemental

Sur wikipedia

Aurignacien sur wikipedia

 

LA GROTTE AUJOURD'HUI
LA DÉCOUVERTE

glissez la souris sur l'image pour découvrir l'entrée de la grotte

Le dimanche 18 décembre 1994 sur le cirque d'Estre, Jean-Marie Chauvet, conduit ses deux amis Éliette Brunel et Christian Hillaire vers les falaises : un léger courant d'air, émanant d'un petit trou, au fond d'une petite grotte a attiré son attention et il veut en avoir le cœur net. Leur passion à tous trois est la spéléologie, et ils ne comptent plus les découvertes et les premières. L'après-midi est avancée et la petite cavité, dans laquelle ils pénètrent, est déjà connue, située tout près d'un chemin de grande randonnée. Mais là, derrière l'éboulis, il y a quelque chose c'est sûr, alors ils creusent et dégagent un passage dans lequel ils se faufilent. Ils finissent par surplomber un vide obscur, ils n'ont pas assez de matériel pour continuer. Ils rejoignent leurs véhicules alors qu'il fait déjà nuit, prennent l'essentiel, hésitent un peu, et finalement, retournent à leur découverte. Ils descendent par leur échelle spéléologique et découvrent une vaste salle au plafond très haut remplie de splendides concrétions scintillantes. Ils progressent en file indienne vers une autre salle, tout aussi vaste, et admirent les inattendues beautés géologiques qui les entourent. Ils aperçoivent aussi des ossements d'animaux. Ils parcourent presque tout le réseau et sur le chemin du retour, Éliette aperçoit dans le faisceau de sa frontale un petit mammouth à l'ocre rouge sur un pendant rocheux : " Ils sont venus ! " s'écrie-t-elle et, à partir de cet instant, ils observèrent avec attention toutes les parois, découvrant des centaines de peintures et de gravures.

LA GROTTE AUJOURD'HUI
L'AUTHENTIFICATION
Macrophotographie de tracé © Dominique Baffier - Valérie Feruglio 

Lorsque l'on examine à la loupe un tracé peint, on s'aperçoit que la ligne apparemment continue et intacte comporte en fait des quantités de manques minuscules dus à l'érosion : l'oeil ne les enregistre pas dans sa vision globale. Un tracé récent sera beaucoup plus cohérent et continu. Quant à l'intérieur des gravures, net, blanc et propre lorsqu'elles sont fraîches, il se révèle plein de micro-cristallisations après des millénaires sur les parois d'une grotte. Les représentations animales étaient elles-mêmes au-dessus de tout soupçon, de par leur qualité et leur naturalisme. Pour qu'il y eût faux, il eut fallu non seulement réunir les qualités d'un grand artiste animalier, mais avoir une excellente connaissance de l'art paléolithique tout comme des animaux de l'époque. Enfin, l'aspect même des sols interdisait l'idée d'une supercherie. Ils étaient jonchés d'ossements d'ours des cavernes. Les crânes reconnaissables se comptaient par dizaines. Rien n'avait été touché. L'art de la grotte Chauvet-Pont-d'Arc était donc authentique, sans l'ombre d'un doute. Le 18 janvier 1995, la grotte est livrée au monde à l'occasion d'une conférence de presse du Ministre de la Culture de l'époque, Jacques Toubon.

LA GROTTE AUJOURD'HUI
LA PRÉSERVATION
La porte d'entrée © Valérie Feruglio 

Après avoir pris, dès les premiers jours, une instance de classement à l'inventaire des Monuments Historiques, la grotte fut classée le 13 octobre 1995. L'état engagea ensuite des mesures d'expropriation, dès 1995, après avoir identifié les propriétaires au nombre de trois. L'état devint propriétaire de la grotte le 14 février 1997.

Les premières mesures de protection ont consisté en une surveillance immédiate de l'entrée jour et nuit par la gendarmerie. Puis, une solide porte et un système d'alarme simple ont été placés, avant que n'intervienne le Commandant Cadias, attaché au Ministère de la Culture pour tous les problèmes de sécurité des Monuments Historiques. Une opération d'envergure fut mise sur pied afin de doter la grotte d'un système de fermeture fiable. La grotte est aujourd'hui sous surveillance audio et vidéo permanente et un protocole complexe est requis avant toute entrée. Les personnes autorisées sont soumises à une convention comportementale les obligeant à porter une combinaison et des chaussures qui n'ont pas été en contact avec l'extérieur afin d'éviter au maximum les échanges biologiques avec la cavité.

À l'intérieur, un dispositif de surveillance climatologique et biochimique a été mis en place par le Laboratoire Souterrain du CNRS de Moulis et le Laboratoire de Recherche des Monuments Historiques . Il contrôle en permanence l'hygrométrie et la température ainsi que la bactériologie et les concrétionnements.
Enfin, un programme d'aménagements des abords de la grotte et du cheminement intérieur est actuellement en cours.

 

L'ESPACE ET LE TEMPS
CONTEXTE GÉOGRAPHIQUE

glissez la souris sur l'image      cabinet Guy Perazio

Il y 130 à 100 millions d'années cette partie de l'Ardèche était constituée de hauts fonds marins entourant l'île qu'était le Massif Central. Les dépôts coquilliers, coralliens et autres fossiles ont produit des couches très épaisses formant un socle. Depuis l'ère tertiaire, l'Ardèche creuse ce socle en de nombreux méandres. La combe d'Arc prend place au creux d'un méandre de l'Ardèche. Le méandre suivant est celui du Pont d'Arc, curiosité géologique qui devait être encore plus imposante aux temps préhistoriques. Au quaternaire (il y a moins de deux millions d'années), les eaux se sont infiltrées et ont formé les cavités souterraines. Toutes proches de la grotte Chauvet-Pont-d'Arc, d'autres cavernes ont reçu la visite des hommes préhistoriques, quelques unes sont ornées.
Les conditions climatiques à l'époque de l'Aurignacien dans la région devaient alterner phases tempérées et froides. Cependant, le froid domine et on assiste à la mise en place de paysages steppiques (grandes étendues de savanes, avec des bosquets d'arbres dans les vallons et près des rivières). Les animaux sont ceux représentés dans la grotte. Il s'y ajoute très probablement des petits mammifères comme les renards, les lièvres variables ou les lapins, mais aussi les lagopèdes et les loups.

 

L'ESPACE ET LE TEMPS
CONTEXTE ARCHÉOLOGIQUE
Répartition des principaux foyers aurignaciens © Valérie Feruglio

La culture aurignacienne est très étendue avec des concentrations dans la région du Haut-Danube en Allemagne, en Autriche, en Slovaquie dans la région de la Moravie, en Espagne dans la région de Santander. En France, les Aurignaciens se sont installés dans les petites vallées, dans la région des Eyzies-de-Tayac en Dordogne et dans le Piémont pyrénéen. La présence de cette civilisation est très discrète en Ardèche si on excepte la grotte Chauvet-Pont-d'Arc. Dans les gorges de l'Ardèche, on peut citer les silex issus de l'Aurignacien ancien retrouvés dans la grotte du Figuier (Saint-Martin-d'Ardèche) et le petit abri des Pêcheurs (Casteljau). Dans le département voisin du Gard, on mentionnera la grotte d'Oullins et surtout le site d'Esquicho-Crapaou (Sainte-Anastasie) qui a livré des dates de 34.000 à 32.000 ans.
Lame de l'Aurignacien initial de Grande Grotte de Bize (Aude, France) © Dominique SacchiL'Aurignacien se distingue des cultures précédentes par de nombreuses améliorations dans la taille du silex, par une diversification des outils et par des innovations. Les outils sont façonnés sur lames et non plus sur éclats. Les types sont normalisés : grattoirs pour préparer les peaux, burins pour travailler l'os et graver. Le bois de cervidés, l'os et l'ivoire sont utilisés pour fabriquer des armatures de chasse. Les Aurignaciens n'employaient pas le propulseur et l'arc non plus. Il n'a pas été retrouvé d'aiguilles à chas, les vêtements devaient être plus grossièrement assemblés que dans les périodes plus récentes. 
Parmi les innovations, figure le développement de la parure corporelle : coquilles percées, dents percées et autres pendeloques en os s'associent à des bracelets et des perles d'ivoire.
Cependant, le soudain épanouissement de l'art monumental dont témoigne la Grotte Chauvet-Pont-d'Arc est bien l'invention majeure de cette culture.
 

 

L'ESPACE ET LE TEMPS
LES DATATIONS
Panneau des Chevaux © C Fritz - G Tosello

Des datations directes effectuées en 1995 ajoutent une dimension inattendue à la découverte. En effet, trois échantillons pris sur deux rhinocéros et un bison tracés au charbon ont donné des dates comprises entre 30 340 et 32 410 avant le présent. Compte-tenu des marges statistiques, cela signifie que ces peintures ont été faites à une date très ancienne, autour de 31 000 ans avant le présent, dans un intervalle de 1 300 ans. La datation (26 120 ±400) d'unmouchage de torche superposé à la calcite couvrant un dessin prouve que certaines au moins des représentations ont bien été effectuées à des dates très anciennes et que l'on doit écarter l'hypothèse, au demeurant fort improbable, de visiteurssolutréens ou magdaléniens qui auraient ramassé sur le sol des charbonsaurignaciens et s'en seraient servi pour tracer leurs dessins des milliers d'années après le passage des premiers occupants de la caverne.

L'ESPACE ET LE TEMPS
LES DATATIONS
Ailleurs à la même époque

Cheval de Vogelherd © Institut für Ur-und Frühgeschichte und Archäologie des Mittelalters

Ces dates, les plus anciennes au monde pour des peintures, bouleversent nos conceptions de l'art pariétal. L'on savait que lesaurignaciens de l'Allemagne méridionale, entre 35 et 30 000 ans, avaient créé un art mobilier sophistiqué avec des statuettes en ivoire à la fois naturalistes et stylisées. Cela montrait que les théories sur le développement linéaire de l'art, avec ses débuts frustes et maladroits à l'Aurignacien, suivis de progrès au fil des millénaires, n'étaient pas fondées. L'art étonnamment original et 
" évolué " de la grotte Chauvet-Pont-d'Arc, contemporain de ces statuettes, prouve que l'invention artistique des Aurignaciens pouvait s'appliquer avec autant de bonheur aux parois des grottes, à la peinture et à la gravure, qu'à l'art mobilier et aux petites statuettes en ronde-bosse. L'antropomorphe à tête de lion © Ulmer Museum

Le problème se pose à présent des relations entre les artistes de l'Ardèche et ceux du Jura Souabe. Les statuettes de Vogelherd et de Geissenklörsterle, malgré leur petit nombre, représentent des sujets identiques à ceux de la grotte Chauvet-Pont-d'Arc : mammouths, félins, bisons, ours , cheval, rhinocéros. Il existe même un être composite, homme à tête de félin, sur le site du Hohlenstein-Stadel. Ces convergences traduisent-elles des relations directes entre Allemagne méridionale et Ardèche, par la vallée du Rhin et celle du Rhône ? Les thèmes mythiques, à cette époque, étaient-ils sensiblement différents de ceux que l'on connaîtra par la suite, lorsque la dominance du cheval et du bison succédera à celle des rhinocéros et des félins, ou s'agit-il d'un phénomène limité chronologiquement et géographiquement ?

L'ESPACE ET LE TEMPS
LES DATATIONS
Bouleversement de la préhistoire de l'art 

Partie gauche du panneau majeur de la Salle du Fond © Jean Clottes

Enfin, les thèmes représentés et la date très haute de certaines des peintures de la grotte Chauvet-Pont-d'Arc vont à l'encontre des schémas de A. Leroi Gourhan, qui ont profondément influencé la recherche sur l'art pariétal depuis la parution de son ouvrage majeur en 1965. Son style I , corrélé avec l'Aurignacien, ne peut plus s'appliquer qu'à des sites archaïques, en majorité localisés en Dordogne. La nouvelle découverte échappe totalement à ce cadre. Quant à la structure de la cavité, et plus particulièrement à l'organisation des panneaux, avec des félins et desrhinocéros en position centrale dominante, elle est contraire aux idées, longtemps admises, de Leroi-Gourhan, pour qui les félins, par exemple, devaient se trouver sur les marges, dans les entrées ou dans les fonds.
L'étude de la grotte Chauvet-Pont-d'Arc ne fait que débuter. Au cours des années qui viennent, une masse considérable d'informations viendra s'ajouter à ces premiers éléments, et d'autres surprises sont probables. Cependant, l'importance et l'originalité de cette caverne ardéchoise sont telles, même à ce stade préliminaire, que l'on peut dès à présent être certain que, comme ce fut le cas lors de la découverte d'Altamira et de Lascaux , notre connaissance des premières manifestations artistiques de l'humanité va franchir un palier décisif.

L'ESPACE ET LE TEMPS
L'IMPORTANCE DE LA GROTTE

Panneau des lions. Partie sud, détail. Jean-Marie Chauvet © DRACLa découverte a causé un choc, tant la grotte a paru importante et originale, même aux non spécialistes. Ce sentiment tient à plusieurs causes. La première est le bestiaire figuré avec cesrhinocéros, ces lions et ces ours. Généralement, les animaux représentés dans les cavernes paléolithiques sont des animaux chassés, même si leurs proportions ne coïncident nullement avec les tableaux de chasse tels que nous les connaissons d'après les fouilles d'habitats. Ici, les animaux dangereux, qui ne figuraient pas au menu des paléolithiques, sont largement majoritaires (plus de 60 % des animaux déterminés, si on rajoute le mammouth). 
Les techniques utilisées, c'est-à-dire la façon dont ces animaux ont été représentés, sont elles aussi étonnantes, surtout par l'usage constant de l'estompe et les recherches de perspectives. Ces raffinements tranchent avec les images auxquelles nous sommes habitués.

 

 

Grotte Chauvet-Pont-d'Arc - Témoignages

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