Iles de Paques le secret de la foret disparue


 

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Plusieurs des nombreux mystères concernant l’Île de Pâques ont été résolus, entre autres, celui de la fabrication des monumentales statues qui jalonnent l’Île et en ont fait sa réputation. En effet, il est maintenant clairement démontré qu’un couvert forestier abondant composé de grands arbres recouvrait l’Île par le passé. De cette forêt millénaire, les Pascuans avaient donc tiré le bois pour fabriquer des leviers et des cordages qui étaient absolument indispensable à la mise en place des grandes statues.

Île de Pâques - La forêt disparue
Une énigme, à laquelle on n’avait pu trouver de réponse entièrement satisfaisante, persistait cependant. Comment expliquer la déforestation de l’Île ? Pour certains, cette déforestation, constatée dès l’arrivée des premiers navigateurs occidentaux, serait l’œuvre des insulaires eux-mêmes. Le peuple pascuan serait l’exemple type et abondamment cité de l’incurie et de l’imprévoyance des hommes qui courent aveuglément à leur perte en abusant des ressources limitées dont ils disposent. La déforestation de leur île aurait aussi, par voie de conséquence, provoqué l'effondrement complet de la civilisation pascuane et la quasi-extinction de la population de l’Île. Pour d’autres, cette déforestation serait plutôt due à un incident climatique majeur qui pourrait, à lui seul, expliquer la destruction complète du couvert forestier.

Les Polynésiens, et donc les Pascuans, connaissaient très bien l'importance des arbres, leur mode de vie tout entier était basé sur les ressources offertes par les arbres. De plus, au moyen d’un système de tabous très stricts, ils géraient prudemment leurs ressources de manière à en assurer la préservation à long terme. Il paraît donc peu probable à l’auteur que les Pascuans aient inconsidérément coupé tous les arbres de l’Île à des fins domestiques, ou encore plus insensément, pour fabriquer, transporter et ériger leurs fameux moaï.

Les habitants de l’Île de Pâques rencontrés par les premiers explorateurs, semblaient en santé et vivre sans peine de leurs ressources limitées. Aussi, pour l’auteur ce n’est pas la déforestation de l’Île qui aurait entraîné la quasi-disparition de la population et qui aurait porté le coup de grâce à sa civilisation et à la transmission de ses traditions et de son savoir. Cette déplorable situation serait plutôt la conséquence des maladies apportées par les Occidentaux lors des premiers contacts avec eux et de l’enlèvement d’une grande partie de la population lors du grand raid esclavagiste de 1862.

Les îles du Pacifique et leurs habitants ont depuis toujours régulièrement été affectés par un phénomène naturel sévissant dans cette région du globe, le phénomène El Niño. Des épisodes majeurs d’El Niño semblent d’ailleurs avoir été signalés de longue date dans la tradition orale polynésienne, ces épisodes majeurs entraînant souvent d’importantes perturbations et mettant en péril la survie même des populations humaines.

Plus important encore, des dérèglements climatiques rarissimes appelés méga El Niño, d’une intensité sans commune mesure avec ce qui était connu des habituels El Niño, sévissent aussi dans cette région.

L’Île de Pâques, qui subit régulièrement les perturbations El Niño, n’a certes pas échappé aux bouleversements inhérents aux méga El Niño puisqu’il s’agit d’un phénomène climatique global et qu’elle est située au coeur de la région la plus affectée. Elle en a fort probablement connu plusieurs dans son histoire.

L’auteur ne croit pas non plus qu’un phénomène climatique, même de très grande envergure comme aurait pu l’être un méga El Niño, ait pu, sans autre facteur aggravant, causer à lui seul la déforestation définitive de l’Île. En effet, bien que les méga El Niño ont eu à chaque fois des effets dévastateurs sur l’Île, la nature y a chaque fois repris son cycle normal et la forêt s’y est toujours régénérée avant que l’homme ne s’y installe en permanence. Tel ne fut cependant pas le cas lors du dernier méga El Niño qui a dévasté l’Île. En effet, non seulement les Pascuans étaient de plus en plus nombreux sur l’Île, mais ils y avaient de plus introduit le rat polynésien qui s’y est multiplié. Ce rongeur avait une alimentation variée, mais il consommait les noix de palmier tout autant que l’homme.

À la lumière de découvertes récentes concernant les méga El Niño, l’auteur est persuadé que la déforestation de l’Île serait due à la combinaison de plusieurs facteurs déterminants qui n’étaient jamais apparus simultanément auparavant et qui, survenu isolément, n’auraient pas eu des conséquences aussi dramatiques.

Les facteurs principaux serait la fragilisation et les dommages importants au couvert forestier dus à une perturbation climatique hors du commun, un méga El Niño. À ces facteurs principaux, se serait ajouté des facteurs aggravants : la pression écologique imposée à l’écosystème par une population humaine en expansion qui exploitait des ressources qui se raréfiaient, et aussi par la voracité d’une multitude de petits rongeurs, les rats polynésiens, lesquels consommaient les noix de palmiers tout autant que l’homme, empêchant ainsi la forêt de se régénérer.

À la suite du passage du dernier méga El Niño, la famine fut d’autant plus grave qu’il n’existait pas de solution immédiate pour pallier au manque de ressources. Les sécheresses sévères occasionnées par le phénomène El Niño avaient dû provoquer la perte des récoltes. Le réchauffement des eaux provoqué par le méga El Niño avait aussi fait fuir les poissons côtiers et du même coup, causé le départ de nombreuses colonies d’oiseaux de mer qui se nourrissaient de ces poissons.

Comme les Pascuans étaient bel et bien prisonniers de leur île isolée, ils ne purent se soustraire aux conditions de vie extrêmement difficiles imposées par le passage de ce méga El Niño. Les statuettes Moai Kavakava aux côtes décharnées, sculptées traditionnellement par les Pascuans, sont peut-être l’illustration des pénibles conditions qui ont durement affecté la population de l’Île à cette époque.

Les habitants de l’Île de Pâques, dans un contexte de raréfaction des ressources, ont dû rapidement les épuiser: ils ont abattu les derniers arbres sains et pourchassé les oiseaux terrestres jusqu’à leur complète extermination. La régénération de la forêt et la survie de plusieurs espèces d’oiseaux ont été compromises de façon permanente.

Le roi et les grands prêtres chargés d’assurer l’abondance sur l’Île ont probablement perdu une grande partie de leur prestige et des pouvoirs qu’ils détenaient. Des guerres de clans ont dû éclater, menant au chaos. La production des grandes statues aurait d’ailleurs cessé brusquement à cette période. Par la suite, l’instauration du culte de l’homme-oiseau par les Pascuans aurait mis fin à cette situation chaotique.

L’auteur est convaincu que la présence simultanée de l’homme et d’une multitude de rats polynésiens a empêché l’Île de Pâques de se remettre des conséquences du dernier méga El Niño qui a éprouvé l’Île. Victimes de la famine, les Pascuans se sont vus confrontés à des conditions extrêmes de survie. Ils ont dû épuiser leurs dernières ressources essentielles, même s’ils étaient conscients, qu’à long terme, ils en seraient probablement privés définitivement. Par la suite, pour s’assurer de récoltes capables de les nourrir, ils ont aussi été probablement obligés d’empiéter sur les terres qui auraient pu se reboiser naturellement peu à peu. De plus, non seulement les rats, mais aussi les hommes, pour arriver à subsister, ont consommé les noix de palmiers de plus en plus rares; empêchant ainsi définitivement la régénération de la forêt principalement constituée de grands palmiers.

Les Pascuans ont finalement adapté leur mode de vie aux nouvelles conditions existantes, entre autres, en concentrant leurs efforts sur l’élevage des poulets.

Le peuple polynésien a de tout temps vécu au rythme des El Niño. Ces perturbations climatiques ont d’ailleurs permis aux Polynésiens d’établir de nouvelles colonies sur la plupart des îles habitables du Pacifique; y compris celles vers l’est, alors que la direction habituelle des vents ne leur permettait pas de longs périples dans cette direction. En effet, le phénomène El Niño provoquait un changement de direction des vents qui pouvait s’étendre sur d’assez longues périodes et facilitait exceptionnellement la navigation d’ouest en est. Malheureusement, les bouleversements majeurs engendrés par les El Niño de forte intensité ont aussi apporté leurs lots de calamités, menaçant la survie des insulaires sur certaines îles par des famines et autres genres de catastrophes qui pouvaient devenir des sources de conflits majeurs et de mortalité.

L’Île de Pâques ne semble donc pas être l’exemple type, à ne pas répéter, de l’incurie des hommes qui abusent inconsidérément de la nature et dilapident massivement des ressources naturelles limitées. À cause de son l’isolement extrême, lorsqu’un dérèglement climatique de très forte intensité a sévi sur l’Île, il s’y est produit une situation hors de l’ordinaire pour l’homme face aux problèmes de son environnement. Cependant, en dépit de conditions extrêmement difficiles dues au passage d’un méga El Niño, les Pascuans ont survécu en adaptant leur mode de vie aux nouvelles conditions d'un environnement moins hospitalier car dépourvu de forêt. La disparition du couvert forestier les a privés d’éléments importants de leur mode de vie traditionnel et a en même temps, limité ou fait disparaître d’autres ressources dont ils disposaient. Ils ont cependant réussi à s'adapter aux circonstances et ce sont des Pascuans fiers et vigoureux qu’ont découvert les Européens en 1722.



 http://www.rhedae-magazine.com/Ile-de-Paques-La-foret-disparue_a663.html#ixzz1jqd7pZUD

Tag(s) : #Civilisations anciennes
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