La célèbre grotte ornée pourrait être rouverte au public

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La grotte d'Altamira qui abrite l'un des plus importants ensembles de peintures rupestres de la préhistoire, pourrait être prochainement rouverte au public. C'est en tout cas ce que réclame depuis 2010 le gouvernement régional de Cantabrie, afin de dynamiser l'économie touristique locale. Le ministère espagnol de la Culture, seul habilité à autoriser cette réouverture, n'a toujours pas fait connaître sa décision. Mais une équipe de chercheurs du Conseil espagnol pour la recherche scientifique (CSIC) dénonce les risques que cette réouverture pourrait faire courir à la préservation de ce joyau inscrit en 1985 sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco.

«Les archéologues, les environnementalistes et les microbiologistes s'accordent tous sur la nécessité de fermer les sites souterrains pour leur conservation et d'orienter le flot de touristes vers des sites répliques» , soulignent les chercheurs dans leur article publié aujourd'hui dans la revue Science. «Il dépend du ministère de la Culture espagnol de savoir si Altamira va emprunter ou pas le même chemin que celui de la grotte de Lascaux, victime de proliférations continues de champignons.»

Les deux grottes ornées les plus célèbres d'Europe ont connu à peu près le même parcours. Dans les années 1960, l'afflux de visiteurs a commencé à entraîner des dégradations sur les deux sites. Des taches et des moisissures provoquées par des bactéries et des champignons ont envahi les parois et attaqué les peintures. Pour enrayer le mal, Lascaux a été fermée au public en 1963 et une réplique construite en 1983. Altamira a fermé une première fois en 1972 puis a rouvert en 1982 avec un accueil limité à 8500 visiteurs par an mais elle a dû être réinterdite au public en 2002, une réplique ayant ouvert ses portes un an plus tôt.

La grotte du Périgord est toutefois en beaucoup plus mauvais état qu'Altamira: maladie verte, voiles blancs, taches noires. Pas seulement parce qu'elle a accueilli plus de visiteurs (100.000 au cours de l'année 1960!), ce qui a perturbé le milieu naturel souterrain. Mais aussi et surtout parce que de graves erreurs ont été commises au début des années 2000 dans la lutte contre les champignons et les micro-organismes. Les experts français ont cru à cette époque qu'il était possible de les éradiquer totalement. Mal leur en a pris, l'utilisation massive de fongicides et d'antibiotiques s'est révélée catastrophique: d'autres espèces de champignons sont apparues et les produits chimiques ont servi de nourriture aux bactéries qui se sont mises à proliférer.

Prévenir plutôt que guérir

À cette époque, les scientifiques espagnols ont été beaucoup moins interventionnistes que leurs homologues français. Au lieu de vouloir combattre directement les moisissures, ils se sont attachés à contrôler l'écosystème de la grotte, préférant prévenir que guérir. «L'objectif des mesures correctives mises en place récemment a consisté à priver l'écosystème de carbone afin d'empêcher la prolifération des bactéries et réduire les échanges entre l'air intérieur de la cave et l'extérieur», souligne par exemple l'équipe pilotée par Cesareo Saiz-Jimenez, du CSIC. Les analyses de l'ADN des parois et du sol des grottes pratiquées depuis quelques années ont d'ailleurs montré que cette voie était la bonne car on a découvert qu'ils renferment un nombre considérable d'espèces et que ce sont les changements (éclairage, température, etc.) qui favorisent les unes ou les autres.

La conservation des grottes ornées reste un vrai défi pour les conservateurs et Altamira n'est pas elle non plus en bon état. «La conservation des peintures rupestres pendant 14.000 ans a été favorisée par plusieurs facteurs: absence de lumière, peu d'infiltration d'eau, de dépôts minéraux et d'échanges avec l'extérieur», notent les chercheurs. Dans un milieu souterrain perturbé, tout change très vite et la gestion écosystémique n'est pas une mince affaire.

 

Source : lefigaro

Tag(s) : #Préhistoire
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