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J-P. Petit : « Les déchets nucléaires, bombe à retardement planétaire »

Publié par wikistrike.com sur 2 Mars 2014, 13:10pm

Catégories : #Ecologie - conso - biodiversité - énergie

 

 J-P. Petit : « Les déchets nucléaires, bombe à retardement planétaire » 



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ancien directeur de recherche au CNRS,

La Voix de la Russie : Jean-Pierre Petit, vous avez accordé deux interviews à La Voix de la Russie qui ont soulevé un grand intérêt chez nos lecteurs, et également une foule de questions. Il y avait évidemment des gens qui vous connaissaient déjà, ainsi que votre passé de scientifique chevronné, et qui ont exprimé leur satisfaction de vous voir vous exprimer dans nos colonnes. Vous les avez mis en appétit en développant des idées bouleversantes, concernant les voyages interstellaires. Mais vous nous dites qu’il y a, selon vous, un sujet d’une actualité brûlante. Quel est-il ?

J-P. Petit : « Le développement actuel du nucléaire dans le monde, et tout particulièrement en France, car vous savez que mon pays est « en pointe » dans ce domaine, et que c’est le pays le plus nucléarisé du monde. »

LVdlR : Qu’y a-t-il de vraiment nouveau ?

J-P. Petit : « Le lobby nucléaire international recueille les fruits d’un bourrage de crâne qui dure depuis des décennies. Vous n’êtes pas sans remarquer l’importance énorme qu’a pris la télévision, dans le sens d’un abrutissement orchestré des populations. Il y a 20 ou 30 ans, avant le développement de médias parallèles, d’Internet, certains décelaient déjà la trace d’une opération de lavage de cerveaux de plus en plus évidente. »

LVdlR : Y aurait-il, selon vous, quelque chose de voulu, une ... conspiration ?

J-P. Petit : « Dans tous les cas de figure, cet abrutissement est voulu. Dans quel but ? La question reste ouverte. Mais il y a une chose qui mène le monde, depuis l’aube des temps, c’est le redoutable mélange entre la cupidité et la bêtise. Ma statistique personnelle, depuis longtemps, est qu’il n’y a que 5 % d’individus capables de penser par eux mêmes, capables de réfléchir, de faire preuve d’esprit critique, d’une certaine autonomie au plan moral, et sur lesimple plan de la raison. A cela il faut ajouter 20 % d’inconscients, qui sont dévorés par leur égoïsme, leur ambition et leur ... paranoïa. Ainsi, quelqu’un qui appartient à ces 20 % estime que la recherche d’un pouvoir le plus grand possible est une question de survie, pour lui, pour les siens, pour son ethnie, son pays, position qui confère à ses yeux tous les droits. »

LVdlR : Et que deviennent les 75 % restants ?

J-P. Petit : « Ceux-là sont manipulables à merci, dans n’importe quel sens. On peut les endormir, créer chez eux la peur, les assujetir, les dresser contre un autre groupe, les faire se battre les uns contre les autres, à petite ou à grande échelle. On peut les apauvrir jusqu’à la dernière extrémité, sans qu’ils se révoltent. En France est apparu un dessin humoristique qui suggérait l’apparition, par recombinaison génétique, d’une nouvelle espèce, le Pigeton. »

LVdlR : Qu’est-ce qu’un Pigeton ?

J-P. Petit :   « C’est un animal qui a la tête d’un pigeon et le corps d’un mouton. Pigeton1_6686.jpg

Le Pigeton Image fournie par Jean-Pierre Petit 

Comme vous pouvez le voir, cet animal avale n’importe quoi et se laisse tondre sans réagir. Accessoirement, les Pigetons peuvent avoir des comportement collectifs, en étant capables de suivre un leader de la manière la plus irrationnelle, par millions. Entre deux phases d’une remarquable passivité, on peut trouver chez eux des accès de violence assimilables à des défoulements. En exploitant ce capital de violence latente on peut constituer des armées de Pigetons, de part et d’autre d’une frontière, derrière des bannières, et les amener à se combattre jusqu’à la mort avec le plus grand esprit de sacrifice. Lors de ces affrontements entre Pigetons de deux clans adverses, il n’est pas rare de voir des entreprises spécialisées fournir des armes aux deux camps, par souci d’équité. »

LVdlR : Mais comment fait-on pour éviter que des Pigetons d’un même camp se combattent ?

J-P. Petit : « On les dote d’uniformes bien reconnaissables

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Pigeton mobilisé Image fournie par Jean-Pierre Petit

Lors de la cessation des hostilités, des distributions de médailles sont pour eux l’objet d’une grande satisfaction et fierté. On peut alors organiser des cérémonies commémoratives se situant autour de la tombe d’un Pigeton inconnu, considéré alors comme le Pigeton-héros-type

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Pigeton démobilisé Image fournie par Jean-Pierre Petit

Les guerres restent de facto des moments d’intense activité économique et de consommation. On assiste alors à un raccourci spectaculaire entre la production et la consommation, puisqu’on produit des tas de choses coûteuses et sophistiquées pour les casser immédiatement. Le coût de la main-d’oeuvre est alors au plus bas.

En temps de paix, le Pigeton est incité à consommer et à fournir de la laine, récoltée par des tondeurs de Pigetons, qui peuvent alors appartenir à une quelconque des ethnies constituant les Euro-Pigetons. Une stratégie d’obsolescence programmée est appliquée pour que le remplacement des objets se fasse à un rythme soutenu (celui des ampoules électriques, pour ne citer que cet exemple). »

LVdlR : Les tondeurs de Pigetons constituent en quelque sorte une espèce différente ?

J-P. Petit : « Oui et non. En effet, un Pigeton lambda, à la suite d’un rituel appelé élections mute en général assez rapidement en se transformant lui-même en tondeur de Pigetons. Cette mutation peut être considérée comme un phénomène naturel. C’est l’expression de l’adage bien connu, que les pigetons dominants ont toujours en tête :

Tonds, ou sois tondu »

LVdlR : Y a-t-il des activités humaines qui échappent à ce phénomène universel de la tonte des Pigetons ?

J-P. Petit : « Nous avons, avec mon ami Gilles d’Agostini, tenté cette expérience en diffusant quelque chose, finalement, d’assez nouveau et révolutionnaire sur le marché : le produit gratuit, sous forme numérique. Il s’agit en l’occurrence des 450 albums de bande dessinée scientifique, à vocation ludico-pédagogique, gratuitement téléchargeables sous forme de fichiers pdf, en 36 langues, sur le site www.Savoir-sans-frontieres.com »

LVdlR : Sous forme numérique, vous n’avez alors ni stocks, ni comptabilité, ni taxes, ni frais d’aucune sorte.

J-P. Petit : « C’est ce qui en déroute plus d’un. Un jour j’ai pris en stop des Chinois qui faisaient un stage en France et à qui je présentais cette opération. A la suite de quoi ils m’ont dit :

- Mais, comment faites-vous pour gagner de l’argent avec un produit gratuit ? 

En tant que Chinois, ils étaient évidemment très déconcertés. En effet, découvrant un produit quelconque, la première réaction du commerçant-industriel chinois est de se demander comment produire ces biens avec un coût moindre, afin de les vendre moins cher et de s’emparer au plus vite de ce nouveau marché. L’idée que le coût de la duplication soit nul était déjà de nature à les déstabiliser. Plus encore le fait que le prix de vente le soit aussi, ce qui rendait toute baisse problématique. »

LVdlR : Donc, dans tous les domaines, vous innovez.

J-P. Petit : « Je m’y efforce. »

LVdlR : Revenons au sujet évoqué en début d’interview, le nucléaire. Quoi de nouveau sous le soleil, dans ce domaine ?

J-P. Petit : « Ce sont des choses qui sont volontairement tenues loin du grand public, alors qu’il s’agit d’enjeux vitaux. En ce moment, les technocrates du nucléaire poussent vigoureusement pour faire passer le projet CIGEO (Centre Industriel de Stockage Géologique), d’enfouissement des déchets nucléaires de haute activité, à Bure, dans l’Est de la France, là où les vignes françaises produisent le Champagne mondialement apprécié. A Bure existe déjà une installation pilote avec un puits de descente qui donne accès à un filon d’argile situé à 500 mètres de profondeur, d’une centaine de mètres d’épaisseur, où on a ménagé des galeries et où l’Etat projette d’enfouir le million de tonnes de déchets hautement radioactifs produits par l’industrie nucléaire française depuis un demi-siècle. »

LVdlR : Comment s’effectuerait ce stockage ?

J-P. Petit : « Il y a d’abord à effectuer le conditionnement de ces dangereuses matières, puis le transport dans les wagons Castor.

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Les wagons« Castor » acheminant les déchets radioactifs de haute activité © Photo fournie par Jean-Pierre Petit

Sur place, il y a un stockage en surface en attendant leur acheminement à l’aide d’une « descenderie » inclinée et leur manipulation jusqu’à des alvéoles de stockage, tout cela par des robots. Le temps de conditionnement, d’acheminement et de stockage dépasserait le siècle (...). »

LVdlR : Qu’entend-t-on par déchets au juste ?

J-P. Petit : « Actuellement cela représente en France 80.000 mètres cubes. Les déchets les moins actifs ont été mis dans de simples bidons d’acier. Pendant longtemps les Français, et surtout les Anglais, s’étaient contentés de balancer des dizaines de milliers de bidons de ce type dans la Manche. Avec le temps, ceux-ci, en rouillant, se sont percés. Ils constituent aujourd’hui des habitats-refuges pour des poissons qui servent de relais pour disséminer ces substances radioactives dans l’ensemble de la chaîne alimentaire. »

LVdlR : Sur l’ensemble de la planète.

J-P. Petit : « Bien sûr. Les poissons sont par nature d’humeur vagabonde, à une échelle planétaire. Ainsi, la radioactivité déversée continûment dans le Pacifique sur la côte de Fukushima se retrouvera à terme immanquablement dans les assiettes de tous les consommateurs de poissons du monde entier. »

LVdlR : Qu’y a-t-il dans ces bidons cloués en Manche ?

J-P. Petit : « Un peu n’importe quoi. Aucun inventaire des contenus n’est disponible. Mais il y a beaucoup de matières plastiques et on verra plus loin que cela a son importance quand ces bidons sont stockés dans des espaces confinés. Les déchets les plus dangereux sont mélangés à du verre. On les concasse, puis on les carbonise en les passant dans un four chauffé par des résistances. Ce qui dégringole alors contient beaucoup de débris métalliques qui sont les restes de coeurs de réacteurs : de l’uranium 238, de l’uranium 235, du plutonium produit pendant le fonctionnement, des déchets à vie longue en tous genres, le tout étant mélangé à des débris de verre. Cela permet alors un chauffage par induction mêlant ces fragments à des débris de verre qui sont au passage fondus. Emergent de cela des cylindres de verre où ces déchets sont emprisonnés. Ces cylindres de verre sont alors inserrés dans des capsules en acier inoxydable, munies d’une tête permettant leur saisie et leur manipulation robotisée. »

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Le mélange des déchets avec du verre © Photo fournie par Jean-Pierre Petit

 

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Cylindre en inox contenant les déchets, mélangés à du verre. Chacun de ces« colis»contient 11 kilos de déchets hautement radioactifs © Photo fournie par Jean-Pierre Petit

LVdlR : Comment manipule-t-on ces « colis » ?

J-P. Petit : « Il est exclu de s’en approcher, cela serait la mort assurée. A un mètre, la dose est de plusieurs Sieverts par heure. Une dose d’un Sievert est considérée comme mortelle. Leur transport requiert donc l’utilisation de containers blindés contenant de 20 à 28 de ces colis élémentaires et pesant chacun 400 tonnes. Il est prévu de loger 34.000 de ces objets, pudiquement baptisés “colis” dans le site souterrain de Bure.

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Ici, le chargement d’un container-type blindé dans un wagon Castor. Noter les orifices de ventilation dont les wagons sont dotés © Photo fournie par Jean-Pierre Petit

Les plus gros containers construits sur le même principe, sont capables d’héberger les éléments combustibles longilignes issus des réacteurs, d’une longueur de six mètres. Deux ensembles de tenons permettent indifféremment de les amener en position verticale ou de les coucher sur un berceau. Ci-après les containers que les Japonais utiliseront pour loger les éléments combustibles extraits de la piscine du réacteur numéro quatre et pour les transporter. »

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Transport d’un container blindé (Japon) © Photo fournie par Jean-Pierre Petit

LVdlR : Et ce sont ces containers qui seront stockés en sous-sol ?

J-P. Petit : « Non, seulement leurs contenus, ce qui recquiert une manipulation entièrement robotisée, en sous sol.»

LVdlR : Comment le stockage final est-il effectué ?

J-P. Petit : « De différents manières. Les déchets dits de moyenne activité seront stockés dans des bidons métalliques eux mêmes logés dans des « boites » faites de béton.

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Projet CIGEO : Elements transportés au fond sur des« clarkes» et posés dans des galeries (déchets de moyenne activité) © Photo fournie par Jean-Pierre Petit

Les éléments de haute activité et à vie longue sont enfilés par des robots dans des alvéoles, creusées dans l’argile, d’une section circulaire de 60 cm de diamètre (adaptée à la taille de ces « colis ») et de 40 mètres de long, manchonnées par un fin tube d’acier inoxydable. »

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L’élément de haute activité, prêt à être enfilé, poussé dans une alvéole. © Photo fournie par Jean-Pierre Petit

LVdlR : Leur confinement doit être assuré pendant combien de temps ?

J-P. Petit : « 150 000 ans (...). »

LVdlR : 6 000 générations humaines....

J-P. Petit : « Eh oui. Ce temps est incommensurablement plus long que la simple durée de vie des emballages ou du manchonnage métallique tapissant les alvéoles (quelques décennies, du fait de la corrosion) et même du béton, dont on ne saurait espérer une tenue atteignant seulement un siècle. »

LVdlR : Il reste l’argile environnante. Quelle garantie a-t-on que le stockage dans ce matériau se révélera sûr à long terme ?

J-P. Petit : « L’assurance est fournie par les experts. Les mêmes qui avaient dit, lorsque les Allemands avaient envisagé de stocker des déchets dans une mine de sel, celle de Asse, que cette formule garantissait une sûreté absolue, « à l’échelle de temps géologiques ». En France, ce projet d’enfouissement est la suite logique d’une loi que le député du Nord Pas de Calais Christian Bataille a fait passer (1991-2006). Celui-ci approuve sans réserve les conclusions positives des experts à propos de l’enfouissement à Bure, comme il avait approuvé également sans réserve, quelques années plus tôt, le projet d’enfouissement allemand de Asse, toujours sur la base de conclusions d’experts. Bataille a ce qu’on pourrait appeler « le complexe du hamster » : il aime enfouir. »

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Le député du Nord Pas de Calais Christian Bataille en 2011 aux assises de l’Office Parlementaire des Choix Scientifiques et Techniques, sur le thème « l’Avenir du Nucléaire français après Fukushima », auditionnant les « partenaires » du nucléaire : AREVA, EdF, le CEA, le CNRS. Opposants : absents © Photo fournie par Jean-Pierre Petit

LVdlR : Et au résultat ?

J-P. Petit : « A Asse, en Allemagne, les experts géologues ont tablé sur la stabilité d’une masse de sel homogène. Ils ont simplement oublié que dans une mine, la moitié du volume est représenté par les galeries qu’on y a ménagé. »

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Localisation du site de stockage de Asse, en Allemagne © Photo fournie par Jean-Pierre Petit

LVdlR : Et alors ?

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Disposition des galeries dans la mine de sel d’Asse, en Allemagne © Photo fournie par Jean-Pierre Petit

J-P. Petit : « Dans les années 60, on a enfoui 126 000 bidons, à 700 mètres de profondeur.

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L’opération de stockage à Asse © Photo fournie par Jean-Pierre Petit

Tout a bougé en quelques décennies. Des fissurations sont apparues. L’eau issue des nappes phréatiques environnantes a envahi la mine. Le sel est « hygroscopique » : il absorbe l’eau. Les experts avaient pensé dans ces conditions qu’il se comporterait comme une «barrière de confinement idéale ». Hélas ça n’a pas été le cas.

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Infiltration d’eau dans la mine d’Asse © Photo fournie par Jean-Pierre Petit

Il a suffi de quelques décennies pour que l’opération vire au cauchemar. Dans certaines parties de la mine le mouvement est de 10 centimètres par an ! Alors imaginez cela sur des milliers d’années, des dizaines de milliers d’années. Fantastique cadeau pour les 6.000 générations humaines à venir. De l’eau qui pénètre dans une mine peut également en ressortir, chargée de produits radioactifs et aller se balader n’importe où en propageant les déchets radioactifs dans les systèmes phréatiques et par delà dans toutes les chaines alimentaires, de manière totalement insoluble. »

LVdlR : Après s’en être pris aux océans, l’homme pourrait polluer la croûte terrestre. Tout un programme...

J-P. Petit :  « A Asse, l’eau s’est infiltrée et a noyé les dizaines de milliers de bidons entreposés, devenus irrécupérables. »

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© Photo fournie par Jean-Pierre Petit

LVdlR : Quel est l’avenir de ce site de stockage d’Asse ?

J-P. Petit : « Il faudrait récupérer les 126.000 bidons qu’on y a entreposé. Le coût serait alors énorme. Mais il faudra le faire avant que les bidons ne rouillent, ne relâchent leurs contenus et que ceci vienne à polluer toutes les eaux souterraines de la région. »

LVdlR : Les Allemands ont-ils trouvé une autre solution pour leurs déchets ?

J-P. Petit : « Une autre mine de sel, à Gorlaben. L’opération n’a pas encore démarré et les habitants des lieux s’y opposent déjà. »

LVdlR : Mais, les Allemands ont en principe abandonné l’idée de produire leur électricité à l’aide du nucléaire ?

J-P. Petit : «  Le relais avec des énergies renouvables est apparu trop long pour que leur économie n’en souffre pas. Ils ne construiront pas de nouvelles centrales, mais prolongeront la vie des installations existantes. Ce qui signifie qu’ils continueront à produire des déchets, dans des conditions de dangerosité qui ne feront que croître au fil du temps. » N

 

J-P. Petit : « Les déchets nucléaires, bombe à retardement planétaire » (Partie 2)

Par La Voix de la Russie | Voici le second volet de l'entretien accordé à La Voix de la Russie par Jean-Pierre Petit, ancien directeur de recherche au CNRS, consacré à l’épineuse question des déchets nucléaires et de leur stockage sous-terrain (voici laPartie 1 de l'interview) .

LVdlR : Venons-en à Bure. Où en est-on ?

JP Petit : Les opposants français ne sont qu’une poignée, autour du courageux Michel Guéritte. Le pouvoir nucléaire achète les municipalités locales et l’argent coule à flot. Les opposants ayant des compétences techniques sont réduits au silence par des pressions. Pour être libre il faut être ... retraité, sinon toutes les formes de pressions sont possibles.

LVdlR : Au plan technique, cela donne quoi ?

JP Petit : On a dépensé en dix ans dix milliards d’euros pour construire un dispositif permettant de réaliser des tests. Mais le stockage souterrain profond de déchets à vie longue pose des problèmes très aigus. En règle générale il y a deux sortes de déchets. Ceux qu’on peut qualifier de « passifs », comme par exemple de l’amiante, et des déchets « actifs », qui évoluent chimiquement, se décomposent, produisent éventuellement des gaz inflammables, dégagent de la chaleur. Les déchets nucléaires entrent évidemment dans la seconde catégorie. Ils dégagent évidemment de la chaleur, par transmutation exo-énergétique de leurs composants. Aussi le site de stockage nécessitera-t-il de puissants systèmes de ventilation qui devront rester actifs pendant des siècles (...). Par ailleurs, les déchets sous forme de plastiques se décomposent relativement rapidement en produisant de l’hydrogène. Quand l’air en contient 4 %, ce mélange devient explosif.

LVdlR : Un feu peut-il se déclarer dans une mine ?

JP Petit : Et comment ! Au début des années 2000, on avait commencé à stocker des déchets divers et variés, dont des composants contenant du mercure, dans une mine d’Alsace, ce qui correspondait à un projet nommé Stocamine (http://fr.wikipedia.org/wiki/StocaMine). En 2002, un incendie s’est déclaré. Un déstockage a été envisagé, mais les conditions dans lesquelles cette opération devrait être effectuée font qu’une grande partie des éléments disposés dans cette mine ne pourra jamais être récupérée.

LVdlR : Un incendie crée-t-il des dommages dans une mine ?

JP Petit :Beaucoup plus qu’à l’air libre. Une galerie de mine peut être comparée à un four parce que la chaleur produite ne peut pas s’évacuer. Le moindre incendie provoque des élévations de température importantes, auxquelles les « colis » ne peuvent résister.

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Dégâts lors de l’incendie dans le tunnel du Mont Blanc. A droite, carcasse d’un camion © Photo fournie par Jean-Pierre Petit

Sur cette photo prise dans le tunnel du Mont-Blanc, après ventilation (...) la température a fait s’effondrer le placage en béton du plafond. L’image suivante montre une galerie ménagée dans le filon d’argile de l’installation pilote du projet CIGEO (Centre Industriel de Stockage Géologique), à Bure.

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Aménagements souterrains du projet CIGEO de Bure © Photo fournie par Jean-Pierre Petit

LVdlR : Et dans le cas de Bure ?

JP Petit : Un incendie serait simplement catastrophique. On a vu plus haut que les colis de haute activité se présentaient sous une forme où les déchets radioactifs se trouvaient emprisonnés dans du verre. Or le verre n’est pas un solide, mais un fluide très visqueux. A la température ordinaire, il peut conserver ce qu’on lui confie pendant des milliers d’années, voire des dizaines de milliers d’années. Il est très peu soluble. Mais son point faible, c’est sa faible résistance à l’échauffement. A 600°C, ce verre coulera et libèrera son contenu. Et dans une galerie, cette température sera très vite atteinte. Une mine, cela signifie aussi des arceaux de soutènement en métal et du béton armé. Or, le béton se décompose au dessus de 1100°. L’argile du filon de Bure est elle-même saturée d’eau. Les normes précisent qu’elle ne peut supporter un échauffement d’une température supérieure à 70°. Les créateurs du projet CIGEO font grand cas du recours à un matériau, la bentonite (http://fr.wikipedia.org/wiki/Bentonite), pour obturer les alvéoles, et sceller tout ce qui doit l’être. C’est une argile particulière qui absorbe l’eau en se dilatant. Par contre, même problème que l’argile concernant sa tenue en température.

LVdlR : Vous pensez à un incendie dû au dégagement d’hydrogène ?

JP Petit : Il n’y a pas que cela. Il est prévu, à Bure, de descendre des éléments conditionnés par du bitume. Or le bitume devient fluide à 60° et s’enflamme à 300°C. Ce projet est absurde sous tous les angles.

LVdlR : Alors, que faudra-t-il faire des déchets issus de l’activité des centrales ?

JP Petit : Il faut les stocker en surface en attendant, s’il le faut pendant des siècles, un moyen de les rendre inoffensifs par transmutation. Rien ne presse. Ce qui fait que le gouvernement et les barons du nucléaire exercent une pression énorme pour que la décision de début d’enfouissement soit prise en 2015, c’est avant tout le souhait de cacher tous ces signes de nuisance qui s’accumulent depuis un demi-siècle et qui donnent une mauvaise image du nucléaire. Si le projet CIGEO voit le jour, cela constituera un signal pour tous les nucléopathes du monde entier et on se mettra à enfouir à tout va, partout en se disant « après moi, le déluge ! ». Cet abandon de ce projet d’enfouissement va de pair avec l’impératif de cesser de produire ces fichus déchets, donc d’envisager un arrêt rapide de la production d’électricité par le nucléaire. La façon dont est actuellement mené ce forcing est inimaginable. La mobilisation de scientifiques pour critiquer ces projets est un phénomène exceptionnel. L’immense majorité d’entre eux sont totalement indifférents à ce problème, comme à beaucoup d’autres, du reste. En face, tous les moyens sont bons. J’ai été témoin au jour le jour de l’enquête publique qui a été menée pour déboucher sur la décision de construire ITER. Cette affaire a été menée comme on le ferait si un village décidait d’installer par exemple un incinérateur d’ordure sur son territoire. On a mis à disposition des riverains, jusqu’à une distance de 15 kilomètres, un cahier où ceux-ci pouvaient écrire leurs remarques. Et tout cela a été mené durant l’été 2011, en juillet-août, quand les gens étaient en vacances.

LVdlR : Comme quand on veut faire passer une loi ou un décret discrètement.

JP Petit : J’ai été le seul à me plonger dans les 7000 pages du dossier mis à disposition, dans les mairies, par sept commissaires nommés, totalement incapables de répondre à la moindre question. Evidemment, je me suis plongé dans les pages se référant aux aspects scientifiques. Et là j’ai découvert un ensemble indigent, où le mot disruption ne figurait même pas, alors que c’est le problème clé des tokamaks. Un délai très court avait été accordé aux commissaires pour qu’ils rendent leur décision finale. Ils avaient le choix entre quatre options :

- Avis défavorable

- Avis favorable avec réserves

- Avis favorable avec recommandations

- Avis favorable sans réserves.

J’ai demandé à plancher devant des responsables scientifiques d’ITER. Cela a été refusé. Les commissaires ont joué un rôle de filtre, de barrage. Un avis avec réserve aurait entraîné la suspension du projet, jusqu’à ce que les questions en suspens aient été résolues. L’avis avec recommandations permettait le démarrage du projet, option retenue par André Grégoire, président, totalement incompétent en matière de nucléaire (ce choix était fait à dessin, « pour garantir l’objectivité des commissaires »). Celui-ci m’a dit : « Ils auront cinq ans pour résoudre le problème des disruptions »…

Or ce problème ne sera jamais résolu, si tant est que cette machine soit un jour finie, ce dont certains commencent à douter. Beaucoup de spécialistes pensent qu’elle sera mise HS à la première disruption majeure, et qu’elle sera alors ... irréparable. Mais ITER, finalement, ne sera qu’un gâchis d’argent, pas une catastrophe environnementale. Pour le projet d’enfouissement, ses promoteurs recherchent ce qu’ils considéreraient comme un assentiment de l’ensemble des Français.

LVdlR : Un référendum ?

JP Petit : Non. On a sélectionné 17 naïfs.

LVdlR : C’est comme cela que vous les qualifiez ?

JP Petit : C’est l’appellation officielle. Comme pour ITER, on tient à ce qu’un échantillon « représentatif » de la population française soit sollicité pour donner son avis.

LVdlR : Sur la base de quelle information ?

JP Petit : Une « formation » qui s’est déroulée sur trois week-ends successifs. Ils ont déclaré à l’issue de celle-ci « qu’ils n’étaient pas contre ce projet, à condition qu’on prenne les précautions requises que des études préliminaires soient poussées à leur terme ». Le gouvernement s’estime si assuré d’emporter cette décision d’autorisation de créer ce site que l’ANDRA, l’Agence Nationale pour la gestion de Déchets Radioactif, avait déjà commencé à passer les marchés en plein débat. Si la dictature c’est « tais-toi », cette façon de vivre la démocratie c’est « cause toujours ! ».

LVdlR : Et qu’on demandé les 17 « Pigetons » ?

JP Petit : On leur a soufflé leur discours, c’est à dire de demander des études complémentaires, par exemple concernant la tenue de l’argile face au creusement de galeries. Mais cet effet ne se ferait sentir qu’au bout de dizaines d’années, comme à Asse. Le sol bouge, mais lentement. Pour emporter le morceau, le gouvernement cherche d’ailleurs à inclure la procédure d’enfouissement des déchets radioactifs dans une loi « de transition énergétique » que des imbéciles sont fichus d’approuver, si on leur promet de l’argent pour quelques éoliennes et panneaux solaires. On peut compter sur socialistes et les gens d’EELV pour conclure de tels accords.

LVdlR : Dix-sept Pigetons consultés à la va-vite au sujet d’un projet qui va engager le destin des 6000 prochaines générations humaines. Mais alors, que faudrait-il faire ?

JP Petit : Tout stopper, conserver le stockage en surface ou sub-surface, contrôlable en permanence et attendre qu’une solution se dessine.

LVdlR : C’est le même problème qu’ITER.

JP Petit : En 2012, l’américain Glenn Wurden avait dit dans une longue communication à un congrès qui se tenait à Princeton, dans le plus grand laboratoire de physique des plasmas du monde qu’il fallait d’abord réussir à maîtriser le problème des disruptions avant de s’embarquer dans un projet aussi pharaonique. Mais on l’a fait quand même, parce que beaucoup d’argent avait déjà été dépensé là-dedans. Le projet d’enfouissement français a déjà coûté 15 milliards d’euros et continue de coûter 1 milliard d’euros par an. Ces gens veulent concrétiser le projet, alors que cette entreprise est aberrante par quelque côté qu’on la prenne. Il y a des intérêts à la clé, de bêtes histoires de gros sous. Quant à chercher la caution du « peuple français » en se basant sur l’avis de 17 naïfs pris au hasard dans la population, ça n’a pas de nom.

LVdlR : Si on cesse de produire d’autres déchets, cela signifie qu’on abandonne le nucléaire. Alors, comment ?

JP Petit : Il faut une prise de conscience planétaire. On en est loin. Actuellement, de nombreux pays du monde envisagent de s’équiper de centrales nucléaires et d’EPR, qui fonctionnent au plutonium. Or cette voie est une impasse dangereuse, ne serait-ce parce qu’on n’a pas de solution pour les déchets. Le second point est lié au vieillissement des installations. La radioactivité provoque des transmutations, dans les métaux par exemple, et ce faisant, elle les fragilise. Beaucoup de réactions produisent de l’hélium, qui reste dans le matériau irradié. Or l’hélium ne se lie avec rien. Un atome d’hélium, c’est un trou dans un réseau cristallin métallique. Par simple irradiation une cuve de réacteur nucléaire, pressurisée, perd de sa résistance mécanique. Tôt ou tard, elle deviendra inutilisable. On tombe alors sur un autre problème : le coût du démantèlement.

LVdlR : Démanteler d’une installation nucléaire, ça consiste en quoi ?

JP Petit : C’est fractionner ses composants en éléments d’assez petites dimensions pour pouvoir prendre place dans des colis standards. Quand vous allez dans un atelier de démantèlement, vous voyez des ouvriers qui passent leur temps à découper des poutres à la scie, en morceaux assez petits pour entrer dans des bidons de 200 litres. Il faut ajouter à cela que nombre de ces éléments, de grande taille, ont été activés, sont devenus radioactifs, donc requièrent des précautions pour leur manipulation, leur « traitement ».

LVdlR : En résumé, on ne sait pas démanteler une installation nucléaire, et quand bien même on saurait le faire, on ne saurait que faire de ces déchets.

JP Petit : Tout à fait. Tout ceci appelle une décision politique drastique, à échelle internationale. Mais par exemple, en France, nos politiques sont loin d’être capables d’envisager une chose pareille. Au contraire, des plans complètement démentiels voient le jour. Des plans dont le public ignore l’existence. Ci-après le schéma d’une « trajectoire raisonnée », élaborée par l’Office Parlementaire français des Choix Scientifiques et Techniques.

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Le plan des nucléocrates fous français © Photo fournie par Jean-Pierre Petit

La génération II représente les 58 réacteurs actuellement installés sur le territoire français. La génération III, ce sont les EPR, qui fonctionneront à 100 % au MOX, c’est à dire au plutonium. La génération IV, ce sont les surgénérateurs à neutrons rapides, contenant chacun 20 tonnes de plutonium, l’équivalent de 1000 bombes atomiques, et 5000 tonnes de sodium, inflammable et explosif. La construction du prototype ASTRID a déjà été approuvée par François Hollande. Le déploiement commencerait en 2060 et serait terminé en ... 2100.

LVdlR : En tablant sur le fait que la physique n’aura pas changé d’ici là.

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© Photo fournie par Jean-Pierre Petit 

JP Petit : Mais le pire est que ceux qu’on aurait tendance à considérer comme des antinucléaires « historiques » comme Monique Sené, ancienne directrice de recherche au CNRS, dans la physique des particules, tiennent des discours complètement incohérents. Je crois qu’il est nécessaire que les lecteurs sachent cela et se fassent leur propre opinion.

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Monique Sené, ancienne directrice de recherche au CNRS : Du nucléaire, un peu, si on en a besoin... © Photo fournie par Jean-Pierre Petit

A côté de cela vous avez des hommes qui se sont trouvés immergés au coeur du dispositif et qui ont brutalement pris conscience, comme cela ne peut sans doute se produire qu’aux Etats-Unis. Je citerai l’exemple de Gregory Jaczko.

LVdlR : Quelles fonctions occupait-il ?

JP Petit : Il a dirigé le NSC, Nuclear Security Commitee, l’équivalent américain de l’ASN français (Autorité de Sureté Nucléaire) de 2010 à 2012.

LVdlR : C’est à dire pendant la catastrophe de Fukushima.

JP Petit : Comme c’est un homme intelligent et clairvoyant, il a adopté une position tranchée, qui est aussi la mienne : la technologie nucléaire n’est simplement pas gérable en l’état, non seulement au Japon mais dans tous les pays du monde.

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Gregory Jaczko, ancien directeur du Nuclear Security Comittee américain© Photo fournie par Jean-Pierre Petit

LVdlR : Il faudra bien envisager des solutions. On pourra faire cela lors d’une prochaine interview.

JP Petit : Oui.

LVdlR : Jean-Pierre Petit, vous êtes un lanceur d’alerte doté d’un haut niveau sur le plan technique et scientifique. L’interview d’aujourd’hui nous laisse un goût un peu amer dans la bouche. Cela ne vous arrive pas de rêver un peu, pour échapper à tout cela ?

JP Petit : Il faut se battre. Mais si on ne peut pas s’évader de temps en temps, c’est la déprime. Personnellement j’ai écrit Le Livre de la Jungle Sous Marine, qui est une adaptation de l’ouvrage de Kipling au monde sous-marin. J’ai ajouté à la fin un petit couplet écolo de mon cru.

LVdlR : Les internautes peuvent parcourir les 50 premières pages de cet ouvrage illustré dans votre site.

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JP Petit : Je leur propose de rêver avec moi. N/T

 

http://french.ruvr.ru/2014_02_17/Jean-Pierre-Petit-les-dechets-nucleaires-bombe-a-retardement-planetaire-Partie-1-1359/

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Iconoclaste 02/03/2014 18:20


A partir de maintenant je change de pseudo. Tout "Iconoclaste" sera un troll


usurpateur.

Max 02/03/2014 16:25


Les mougeons/pigetons ne sont pas de nouvelles espèces de mutants créés par le nucléaire. C'est plutôt parce qu'il y en a tant que nucléaire existe...


 





 

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