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Japon, USA : des câbles obsolètes pourraient porter le coup de grâce à de nombreux réacteurs

Publié par wikistrike.com sur 2 Janvier 2013, 23:01pm

Catégories : #Ecologie - conso - biodiversité - énergie

 

Japon, USA : des câbles obsolètes pourraient porter le coup de grâce à de nombreux réacteurs 


13 réacteurs Japonais sur 50 et 47 réacteurs américains sur 51 seraient toujours équipés de câbles inflammables malgré une réglementation ad hoc établie en 1980

L’Agence de Sécurité Nucléaire Japonaise NRA vient de révéler que 13 réacteurs Japonais parmi les plus anciens pourraient se voir définitivement arrêtés car la majeure partie de leurs installations de contrôle-commande n’utiliserait pas de câblages électriques pare-feu ; en « grattant » un peu, l’affaire remonterait en fait à… 1975 !

Japon : une dizaine de réacteurs nucléaires vétustes condamnés par leur câblage électrique

Des câbles vétustes ne répondant pas aux normes anti-incendie établies dès 1980

D’après la NRA, l’ensemble des câbles de contrôle-commande 1 serait susceptible de transmettre un incendie au niveau des différents circuits de l’îlot nucléaire 2.

Un précédent : l’incendie de Brown Ferry 1 et 2 en 1975

L’incident à l’origine des normes anti-incendie des câblages s’est produit le 22 mars 1975 dans la salle inférieure de l’unité de contrôle-commande de la centrale nucléaire de Browns Ferry (USA) 3  : un opérateur mandaté pour rechercher des prises d’air sous la salle de contrôle-commande commune des unités n°. 1 et 2 avait alors utilisé une bougie (sic) pour rechercher l’origine de fuites d’air pouvant véhiculer de la radioactivité depuis le niveau 1 des bâtiments-réacteurs vers la salle des opérateurs.

Le technicien ayant approché sa flamme un peu trop près d’un câble électrique, ce dernier s’est enflammé et a été à l’origine d’un incendie qui a « remonté » les câbles électriques jusqu’au bâtiment-réacteur pour endommager gravement le circuit de refroidissement d’urgence des réacteurs n°. 1 et, de manière moins sévère, de l’unité n°. 2. Le feu s’est alors propagé le long des câbles durant sept heures sans que personne ne puisse intervenir !

 

Les dégâts créés par l'incendie de 1975 dans le bâtiment-réacteur de l'unité n°. 1 de Browns Ferry (NRC)

Les dégâts créés par l’incendie de 1975 dans le bâtiment-réacteur de l’unité n°. 1 de Browns Ferry (NRC)

 

La situation était alors extrêmement critique : il fallait à l’évidence stopper le réacteur afin d’intervenir sur l’incendie qui couvait et progressait lentement, menaçant d’affecter des éléments vitaux des deux unités, mais il s’avérait en pratique impossible de le faire car le circuit censé refroidir rapidement le réacteur après l’arrêt d’urgence ne fonctionnait plus, détruit par l’incendie 4! L’état de l’unité n°. 1 fût finalement stabilisé après bien des efforts une quinzaine d’heures environ après le début de l’incendie.

Les nouvelles normes de Fire Protection Program élaborées 6 années plus tard…

 

Une négligence criminelle

Suite à cet accident qui aurait pu, selon l’UCS 5, très, très mal tourner, l’arrêt de l’unité ayant alors tenu à l’inventivité et à la débrouillardise des personnels de Browns Ferry, la NRC 6 mit environ 5 années pour établir de nouvelles normes de sécurité qui ne sont pas appliquées systématiquement à ce jour pour une raison que nous allons exposer un peu plus bas. Et le plus savoureux dans cette affaire est que la centrale de Browns Ferry elle-même, toujours en activité à ce jour, n’a toujours pas appliqué les nouvelles normes à ses propres installations en procrastinant année après année leur déploiement effectif, un artifice que l’UCS (via ATN) appelle non sans une certaine tonalité peu courante 7 : « une négligence criminelle ».

 

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Et très peu appliquées, y compris aux USA !

Toujours selon l’UCS, 47 des 51 réacteurs anciens concernés aux USA n’auraient tenu aucun compte des nouvelles réglementations anti-incendie édictées par la NRC en 1980 puis revues en 2004. Les opérateurs auraient volontairement traîné les pieds afin d’échapper à la réalisation de travaux très importants sur des unités vieillissantes ; la NRC n’aurait évidemment pas adopté, dans sa ligne de conduite habituelle, de mesures contraignantes sur les opérateurs, action qui confirme définitivement s’il en était besoin le manque criant d’indépendance de cet organisme « de régulation ».

Au Japon, 1000 à 2000 km de câbles électriques à remplacer par réacteur concerné

Sur les unités anciennes, les câbles concernés seraient enrobés de couches internes en Polyéthylène ou en Vinyle, deux éléments inflammables et susceptibles de propager un incendie malgré tous les artifices utilisés ultérieurement par les opérateurs pour tenter de « durcir » les câbles concernés en les entourant par exemple de composés inertes à base de résine. Si une couche externe inerte peut effectivement retarder le développement des flammes à l’extérieur des câbles, elle ne peut à l’évidence pas agir sur la propagation d’un incendie à l’intérieur même des câbles par le support des éléments inflammables. Or, c’est exactement ce qui s’était passé en 1975 : les flammes avaient pénétré dans le Bâtiment-réacteur depuis le bâtiment annexe en suivant le chemin des câbles de contrôle-commande.

La longueur cumulée des câbles qu’il faudrait ainsi remplacer est estimée à plusieurs milliers de kilomètres et le coût cumulé de leur remplacement 8 pourrait atteindre des niveaux d’investissement si élevés que les opérateurs Japonais, d’après le Mainichi, ne seraient pas prêts à assumer, ce qui pourrait forcer les électriciens Japonais concernés à « éteindre » définitivement les réacteurs.

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Sources :

Over 10 nuclear plants in Japan have flawed fire-prevention equipment, Mainichi Daily, 1113

Fire Risk At Older Japan Reactors Shows Potential Worldwide Problem, Simplyinfo, 2113

Fission Stories #98: Fires at Browns Ferry: Get Your Fiddles Ready, All Things Nuclear, 26612

Browns Ferry : Potentially unable to provide power to safe shutdown equipment during appendix r fire,Sortir du nucléaire, 311012

NRC Waives Enforcement of Fire Rules at Nuclear Plants, propublica, 11511


(115)

 

  1. Contrôle-commande : les équipements permettant de piloter le réacteur et notamment l’ensemble de ses instrumentations et de dispositifs de sécurité
  2. îlot nucléaire : ensemble des éléments entourant la « chaudière » nucléaire, le circuit primaire, la gestion du combustible, le pilotage du réacteur etc.
  3. L’unité n°. 1 de Browns Ferry, un REB GE/Mark1 a été mise en service à la fin de l’année 1973
  4. Les pompes de refroidissement ne démarraient plus ou au contraire s’arrêtaient après avoir été amorcées !
  5. Union of Concerned Scientists, ONG regroupant environ 200.000 scientifiques et s’opposant, entre autres, au nucléaire électrogène tel qu’il est utilisé actuellement
  6. NRC : Autorité de Sécurité Nucléaire des USA
  7. Rappelons que l’un des membres fondateurs de l’UCS, le Dr Henry Kendall, a reçu le prix Nobel de physique en 1990
  8. Certains câbles s’avérant même totalement irremplaçables

Source: Gen4

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