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L'Europe et le pétrole iranien

Publié par wikistrike.com sur 27 Janvier 2012, 08:43am

Catégories : #Politique internationale

L'Europe en guerre avec l'Iran

 

 

 

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Personne ne perdra jamais d'argent en pariant sur la stupidité des politiciens de l'Union Européenne (UE). Et si vous êtes trader de pétrole, réjouissez-vous en vous rendant à la banque ; comme prévu, les ministres des affaires étrangères de l'Union Européenne - emboitant docilement le pas de l'administration Obama - ont donné leur feu vert à un embargo complet sur le pétrole iranien

 

L'embargo s'applique non seulement aux nouveaux contrats, mais aussi aux contrats en cours - qui seront annulés le 1er juillet - et comprend des sanctions additionnelles qui visent la banque centrale iranienne et les exportations de dérivés pétroliers vers l'UE.

 

Il est toujours très important de rappeler que l'embargo - une déclaration de guerre économique de facto - a été proposé avec force d'abord par le « libérateur » néo-napoléonien de la Libye, le président Français Nicolas Sarkozy. L'excuse officielle pour cette guerre économique sont « les inquiétudes de plus en plus grandes quant au programme nucléaire iranien. »

 

Les avertissements de Moscou, enjoignant l'UE de cesser d'agir une fois encore comme un simple pion en se tirant elle-même une balle dans le pied n'ont pas été entendus. Les Russes savent tout ce qu'il y a à savoir sur les horribles effets en retour que pourrait avoir cet embargo.

 

L'UE défend sa stratégie - ou sa guerre économique - comme étant la seule manière d'éviter le « chaos au Moyen Orient ». Pourtant, la guerre économique pourrait bien finir par allumer l'étincelle de la guerre ouverte qu'elle cherche en théorie à éviter, c'est-à-dire de tout un ensemble de conséquences inattendues qu'elle porte en elle.

 

Ce qui nous emmène tout directement au drame du détroit d'Ormuz. Téhéran a à maintes reprises affirmé qu'elle fermerait Ormuz seulement si - et il faut le répéter - l'Iran est empêchée d'exporter son pétrole. Ce qui représenterait un coup mortel contre son économie - entièrement dépendante des exportations pétrolières - sans parler de son régime contrôlé par le Guide Suprême, l'ayatollah Ali Khamenei. Le changement de régime est le véritable agenda de Washington et de ses caniches européens (voir Le mythe d'un 'Iran isolé', Asia Times Online, 19 janvier) - mais on ne peut pas le dire clairement à l'opinion publique internationale.

 

Les traces de mes larmes

 

Sur les cinq plus gros importateurs de pétrole iranien quatre se trouvent en Asie ; deux sont membres du BRICS (l'Inde et la Chine), plus les alliés des USA que sont la Corée du Sud et le Japon. On peut affirmer sans se tromper que tous ces importateurs devraient vivement reprocher aux Américains/Européens leurs provocations (en fait certains le font déjà) si l'Iran envisageait de bloquer le détroit d'Ormuz, où y activait des mines.

 

L'UE importe pour sa part environ 600 000 barils de pétrole iranien par jour, soit 25 % des exportations quotidiennes de l'Iran. Le plus gros importateur est l'Italie. D'autres gros clients sont l'Espagne et la Grèce. Tous ces pays du Club Med, c'est un euphémisme, sont actuellement enfoncés dans de profondes difficultés économiques.

 

L'UE insiste pour broder sur sa soi-disant « double approche » sur l'Iran. Dépouillée de son vernis propagandiste, la double approche se résume en pratique à « taisez-vous, pliez devant nos sanctions, cessez d'enrichir de l'uranium et venez négocier selon nos conditions. »

 

Alors quand la chef de la diplomatie européenne - la prodigieusement insignifiante Catherine Ashton - pérore sur la « validité de la double approche, » les diplomates sérieux dans tout le monde en voie de développement ne peuvent l'interpréter que pour ce qu'elle est ; une blague qui n'est pas exactement de nature à inciter l'Iran à renouer les négociations avec le groupe de contact sur l'Iran (les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité plus l'Allemagne).

 

Pendant ce temps, le maître des caniches européens - l'administration Obama - exerce toutes sortes de pressions sur les puissances asiatiques pour qu'elles arrêtent d'acheter du pétrole iranien. On peut rêver. Pour tous ces pays - y compris le Japon et la Corée du Sud - les affaires vont continuer normalement ; ils ont besoin du pétrole iranien encore plus que l'Occident.

 

Même BP - pollueur notoire du Golfe du Mexique - a demandé à l'administration Obama d'être exemptée des sanctions. Une demande qui a tout à voir avec un chapitre essentiel du Pipelineistan - le développement de l'immense champ gazier de Shah Deniz II en Azerbaïdjan.

 

L'Europe ne peut en aucune façon bénéficier du gaz de la mer caspienne sans un investissement énorme de 22 milliards de dollars pour développer Shah Deniz II dont 10 % des parts sont détenues par l'Iran. Shah Deniz II serait essentiel pour alimenter le pipeline Nabucco, si jamais il voit le jour. Nabucco contourne l'allié stratégique de l'Iran qu'est la Russie - il se trouve que cette dernière garde la mainmise sur l'approvisionnement en gaz de l'Europe, ce dont les Européens se plaignent constamment à Bruxelles.

 

Si l'Iran le bloque, l'affaire est enterrée Nous avons donc une situation post-surréaliste du géant pétrolier britannique - avec BP implorant pour que les USA la dispensent de sanctions parce que la sécurité énergétique de l'Europe serait fragilisée. La Grande Bretagne qui se trouve aussi être un ennemi implacable du régime de Téhéran s'en remet cependant toujours à l'Iran pour « sauver » l'Europe des griffes de Gazprom. Un imbroglio total.

 

La City ne dort jamais

 

Le but du jeu en Iran sera toujours un changement de régime parce que le rêve qui fait remuer la queue de Washington et de ses caniches européens est de mettre la main sur les fabuleuses réserves pétrolières (12,7 % des réserves mondiales) et sur les ressources en gaz de l'Iran. Et le fait est que ces ressources profitent de plus en plus au réseau qui vise à assurer la sécurité énergétique de l'Asie - et non à l'Occident.

 

Les énormes gisements d'Azadegan Nord et Sud - 23 milliards de barils - sont exploités par - qui d'autre ? - la Chine ; et tous deux sont développés par la China National Petroleum Corporation qui prévoit d'investir 8,4 milliards de dollars dans les dix années à venir. Même chose pour le gisement de Yadavaran qui est développé par la China Petroleum & Chemical Corporation et qui dans quatre ans produira près de 200 000 barils par jour. Et tout ça, en omettant de seulement mentionner le plus grand gisement gazier au monde - South Pars dont l'Iran possède une grande partie aux côtés du Qatar.

 

Et puis il y a le front crucial du pétrodollar. Dominique Strauss-Kahn (DSK), , peu avant sa démission forcée du poste de directeur général du Fonds Monétaire International à cause d'un scandale sexuel, insistait pour mettre un terme au rôle du dollar US en tant que monnaie de réserve internationale, proposant de le remplacer par les Droits de Tirage Spéciaux (DTS), la monnaie virtuelle du FMI à partir d'un panier qui inclut le dollar US, l'euro, le yen, le yuan et la livre sterling.

 

Ce qui est déjà en train de se produire, par d'autres moyens. Pour la gouverne de celui qui somnole à la barre de l'axe Washington/Bruxelles, la Chine et l'Inde contournent déjà les sanctions euro-américaines contre l'Iran.

 

Trois membres du BRICS (la Chine, l'inde et la Russie) plus le Japon et l'Iran - un puissant mix des plus grands producteurs et consommateurs mondiaux d'énergie - sont déjà en train de commercer, ou sur le point de le faire, dans leurs propres monnaies. La Russie et l'Iran viennent de commencer à commercer en roubles et en rials. Toutes ces puissances ont des accords bilatéraux - qui vont inexorablement évoluer vers la multilatéralité ; ce qui se traduit par un lent déclin du dollar en tant que monnaie de réserve au niveau mondial, avec les répercussions sismiques que cela implique.

 

C'est comme si un monde stupéfait était en train de regarder un rituel d'hara-kiri exécuté au ralenti par l'Occident sous la domination de Washington.

 

Il y a aussi le fruit prometteur en cette année du Dragon pie - les bourses monétaires internationales libellées en yuan à la City de Londres. Pékin le veut - et la City le veut aussi. Téhéran vend déjà du pétrole à Pékin en yuan. Pensez à l'Iran se servant de la bourse monétaire de Londres pour utiliser ses yuans et ainsi continuer à accéder aux marchés mondiaux - peu importerait alors l'avalanche des sanctions ou l'embargo par l'US/USA.

 

A l'évidence, les acteurs de la City sont conscients qu'une bourse de « libre échange » en yuan à Londres peut jouer à l'avantage de l'Iran ; mais à la différence de ces imbéciles de Bruxelles, les filous de la City savent que les affaires sont les affaires.

 

Pepe Escobar

Source: Asia Times Online

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