L'Ordre de Malte a-t-il fait assassiner le Caravage ?

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Courtesy Wikimedia Commons
"Judith et Holopherne" ou "Judith décapitant Holopherne", du Caravage

Empoisonné par les huiles de ses propres tableaux, terrassé par la malaria, tué à l'issue d'une violente échauffourée... Les hypothèses sur la mort mystérieuse du Caravage ne manquent pas, mais la thèse d'un assassinat par les Chevaliers de l'Ordre de Malte, avancée par l'historien Vincenzo Pacelli en 2010, semble à nouveau d'actualité. Dans son livre « Caravage – Entre l'Art et la Science », le professeur reprend la théorie du meurtre commis avec l'approbation tacite du Vatican.

L'universitaire, enseignant à l'Université de Naples, soutient que l'Orde des Chevaliers de Malte en voulait mortellement à l'artiste, après que celui-ci ait tué l'un des leurs au cour d'une rixe. Selon le Telegraph, de nouveaux documents issus des archives secrètes du Vatican valident bien la thèse d'un assassinat du Caravage par les Chevaliers, qui jetèrent ensuite son corps à la mer, non loin de Civitavecchia, au Nord de Rome. Le Vatican, considérant l'attaque d'un Chevalier de l'Orde comme un acte hautement répréhensible, aurait donc laissé faire. Pacelli affirme que le Vatican a décidé de brouiller les pistes et d'étouffer l'affaire. Pour preuve, il a remarqué d'étranges contradictions dans la correspondance entre le cardinale Scipione Borghese, secrétaire du Vatican, et Deodato Gentile, ambassadeur de la papauté, qui situe la mort du peintre sur l'Île de Procida, une référence totalement incohérente selon l'universitaire.

Pourtant, il existe déjà une autre fin au roman Caravage.

Un autre chercheur, Silvano Vincenti, s'était attelé depuis 2009, à une autre élucidation de la mort du peintre. Après avoir exhumé des ossements provenant d'un ossuaire de Porto Ercole, en Toscane, et avoir fait des analyses au carbone 14, une équipe de scientifiques et d'universitaires italiens avait annoncé, en 2010, avoir identifié les restes du peintre à 85 %. Selon les chercheurs,  il souffrait de plusieurs infections  - paludisme, syphilis et saturnisme – et il était décédé des suites d'une insolation dans la région de Maremme, en Toscane.

Ce à quoi le professeur Pacelli a répondu, dans le Daily Telegraph : « S'il était mort à Porto Ercole, il aurait bénéficié de funérailles, étant donné que son frère était prêtre. » D'autres documents viennent lui donner raison, notamment un témoignage du médecin et premier biographe du Caravage, Giulio Mancini, qui mentionne Civitavecchia comme lieu de décès, une référence qui aurait été maquillée plus tard en « Porto Ercole ». Autre pièce à conviction : le témoignage d'une archiviste italien, Francesco Bolvito, qui affirme, 20 ans après la mort du peintre, qu'il aurait été assassiné.

L'histoire officielle du Caravage mentionne bien une relation complexe avec l'Ordre des Chevaliers de Malte. Le Grand maître de l'Ordre, Alof de Wignacourt, lui aurait commandé son portrait, et le peintre aurait été brièvement fait chevalier, avant de se battre avec plusieurs d'entre eux. En 1608, il fut enfermé au fort de San Angelo, se trouva relâché pour d'obscures raisons, et tenta de regagner Rome (qu'il avait fui après avoir tué un homme à la suite d'une querelle de jeu). Transitant par la Sicile, puis Naples, le très querelleur Caravage serait mort avant de retourner au bercail, et d'obtenir le pardon du pape, qu'il était venu demander.

Aujourd'hui, 400 après la mort du peintre, le Vatican refuse de commenter la théorie de Vincenzo Pacelli. L'Ordre de Malte la qualifie de « science-fiction ».  Deux autres preuves qu'il dit vrai ?

 

Source: Artinfo France

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