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La civilisation disparue des Nazcas

Publié par wikistrike.com sur 3 Décembre 2011, 20:38pm

Catégories : #archéologie - Histoire - Préhistoire - Patrimoine

 

 

 

 

La civilisation disparue des Nazcas 

 

 

 

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La civilisation des Nazcas (ou Nasca) se développa entre l’an 200 et l’an 600 de notre ère au sud de l’actuel Pérou. Il s’agissait de l’une des plus importantes civilisations précolombiennes ; sa zone d’influence s’exerçait depuis l’océan Pacifique jusqu’à la cordillère des Andes. Vivant principalement de l’agriculture, les Nazcas avaient colonisé les vallées fertiles qui s’étendaient autour du Rio Grande et de ses affluents, développant un formidable système d’irrigation pour pallier au problème récurrent de la sécheresse dans cette région cernée par le désert.

Mais c’est surtout pour ses géoglyphes, uniquement visibles depuis le ciel, que la civilisation des Nazcas a laissé une trace dans l’histoire. Après 2000 ans de silence et d’oubli, il reste en effet peu de choses de ce peuple secret et oublié, si ce n’est ces immenses figures géométriques représentant des animaux stylisés, dispersées sur plus de 3 900 km² de terres arides et surplombées par la cité cérémonielle de Cahuachi, en grande partie ensevelie sous les sables du désert. Sous la houlette de l’archéologue Giuseppe Orefici, spécialiste mondial des Nazcas, ce documentaire nous emmène à la découverte de cette civilisation mystérieuse autant que fascinante.

. Cahuachi, cité ensevelie

Cahuachi était le plus important centre cérémoniel des Nazcas, surplombant l’immense étendue de terres désertiques où s’étendent les quelque 350 géoglyphes répertoriés à ce jour. L’archéologue Italien Giuseppe Orefici, animateur du Projet Nazca, effectue des fouilles sur ce site depuis 17 ans. La cité s’étale sur 24 kilomètres carrés, attestant de la puissance de la civilisation Nazca à son apogée et de l’importance que la religion y exerçait dans tous les aspects de la vie quotidienne.

Aujourd’hui en grande partie ensevelie sous les sables du désert, la cité se laisse encore deviner sous les replis de ce linceul aride : ici la grande pyramide qui constituait le cœur de la cité, là les vestiges du grand temple ; entre ces deux édifices, tout un entrelacs de ruelles, de terrasses, de petites places bordées d’édifices que les archéologues tentent patiemment de déblayer pour arracher Cahuachi à sa gangue d’oubli millénaire. Cette immense place cérémonielle construite par les Nazcas en hommage à leurs dieux est en effet un trésor archéologique à ciel ouvert dont l’étude donne aux chercheurs de précieuses informations sur les différentes facettes de cette civilisation : cosmogonie, divinités, rituels funéraires, organisation de la vie quotidienne autour des principaux rites religieux, etc.

. Un patrimoine en danger

Giuseppe Orefici évoque cependant les difficultés auxquelles se heurtent les fouilles qu’il a entreprises sur le site. Le plus important de ces fléaux est le pillage organisé dont Cahuachi fut victime tout au long des siècles passés, et qui persiste aujourd’hui encore. Temples, habitations, sépultures : tout cela fut livré à la convoitise des pillards et des trafiquants d’objets d’art. Des milliers d’ossements, témoins blanchis des tombes qui ont été violées, jonchent le sol aux environs de Cahuachi. Pour l’archéologue, ce sont autant d’indices précieux qui ont été irrémédiablement détruits. La mine sombre, Giuseppe Orefici parcourt ce désert d’ossements auxquels se mélangent encore quelques objets laissés par les pillards, considérés comme sans valeur : ici les restes d’une ceinture, là une fronde rituelle endommagée. Pour l’archéologue, cet immense ossuaire à ciel ouvert est synonyme d’un patrimoine culturel perdu à tout jamais. Des centaines de pages de l’histoire des Nazcas qui ne pourront ainsi plus jamais être réécrites. Heureusement, le site de Cahuachi est si vaste que certaines parties ont été préservées des pillards. Ce sont ces zones que les archéologues s’attachent à préserver aujourd’hui.

. Course contre l’oubli

Les fouilles de Cahuachi ont débuté il y a 17 ans sous la houlette de Giuseppe Orefici. Depuis, l’archéologue relance chaque année un nouveau chantier en vue d’exhumer les trésors archéologiques indispensables à la réécriture de l’histoire des Nazcas. La tache est immense, mais l’homme est tenace, et son travail a déjà permis d’arracher à l’oubli des pans entiers de la civilisation des Nazcas. Le choix de chaque nouvel emplacement de fouilles s’effectue à partir de photographies aériennes. Les archéologues identifient les endroits les mieux préservés du site avant de s’attaquer à la gangue de sable et de roches sous laquelle sont enfouis les monuments. En creusant le sol, ils remontent ainsi strate après strate dans le passé de la capitale des Nazcas : du 4ème siècle de notre ère pour les couches superficielles, jusqu’aux fondations de la cité, plusieurs mètres plus bas… et huit siècles plus tôt !

. Centre cérémoniel

Ce travail de fourmi des archéologues a permis de révéler l’histoire tumultueuse de Cahuachi, plusieurs fois détruite au cours de son histoire, victime d’incendies, d’inondations, de tremblements de terre, ou des aléas dus au gouvernement des prêtres, qui étaient les maîtres incontestés de la cité. Des objets rituels enfouis dans les fondations des édifices reconstruits après chaque crise permettent aux archéologues de glaner de précieuses informations sur l’organisation de la cité. Cahuachi était un centre cérémoniel entièrement contrôlé par les prêtres. Aucune trace d’activité quotidienne n’y a jamais été retrouvée. Les Nazcas ne connaissant pas l’écriture, ce sont leurs peintures et leurs céramiques exhumées qui permettent aux chercheurs de faire revivre le quotidien de leur cité.

. Céramiques religieuses

Après 17 années de travail, la collection réunie par Giuseppe Orefici et son équipe constitue un extraordinaire inventaire de la culture des Nazcas. Chaque objet, minutieusement inventorié et répertorié, constitue une pièce du gigantesque puzzle que les chercheurs tentent patiemment de reconstituer. Le décor de ces pièces répond à des canons exclusivement religieux imposés par les prêtres. Les archéologues ont ainsi pu constater que l’harmonie des motifs décoratifs y était systématiquement brisée, comme si la perfection était réservée aux seuls dieux. Beaucoup de ces divinités sont marines ; figures récurrentes des œuvres d’art Nazcas, elles racontent la cosmogonie d’un peuple né entre la mer et la montagne, l’Océan Pacifique et les Andes. Mais de nombreuses autres divinités composent également le panthéon Nazca : félins, serpents, oiseaux, lézards. L’une des caractéristiques récurrentes de ces dieux est qu’ils répandent leurs bienfaits sur les hommes par le nez et la bouche, sous la forme de serpents ou de volutes aux formes fluides. La symbolique aquatique de ces ornementations est évidente ; peuple du désert, les Nazcas, attendaient de leurs dieux que ceux-ci déversent sur eux l’élément indispensable à leur survie : la pluie.

. Culte de l’eau

La civilisation des Nazcas s’est en effet développée dans les vallées fertiles situées autour du Rio Grande et de ses affluents. Oasis fragiles cernées par le désert environnant, ces zones verdoyantes étaient le trésor des Nazcas. Pour les préserver, ils avaient développé un vaste système d’irrigation dont les vestiges témoignent de leur génie de bâtisseurs. Ces puits, aqueducs, canaux et autres galeries filtrantes, ont survécu à l’usure des siècles et sont aujourd’hui encore utilisés par les habitants de la région. Ce réseau sans égal dans l’Amérique précolombienne témoigne de la richesse de la civilisation des Nazcas. Dépendants de l’eau pour leur survie, ces derniers en avaient fait l’élément essentiel de leur religion. Les temples bâtis dans le désert, comme Cahuachi, avaient donc très certainement pour vocation de remercier les dieux pour les bienfaits qu’ils répandaient sur terre sous la forme de pluies. Des images de synthèse assez spectaculaires illustrent cette partie du documentaire, recréant l’ancienne Cahuachi, la cité cérémonielle des Nazcas, au milieu du désert actuel.

. Travail de fourmi

Retour au présent. Giuseppe Orefici a réuni ses collaborateurs pour évoquer les fouilles en cours. Son constat est sans équivoque : après 17 ans de travail, les 71 chantiers qui ont été ouverts représentent seulement 1% du site. Les connaissances glanées par les archéologues sont donc très parcellaires : une grande partie de l’histoire des Nazcas reste, et restera sans doute encore longtemps dans l’ombre. Malgré tout, le plan de l’ancienne cité s’enrichit chaque année de nouvelles parcelles, car si les archéologues progressent lentement, leur travail n’en permet pas moins d’effectuer des découvertes décisives lors de chaque chantier.

Pour cette fois, c’est une galerie dont l’entrée a été obstruée par de grandes quantités de tissus cérémoniels qui provoque l’effervescence des chercheurs. L’analyse des premiers échantillons, constitués de bandelettes noircies décorées de petites plumes, révèle l’intérêt archéologique de cette découverte. Malgré des conditions météorologiques difficiles – une tempête de sable se prépare – l’équipe redouble d’efforts pour vider la galerie de ce qu’elle contient. En effet, il n’est pas rare que des pillards, qui surveillent les fouilles, interviennent à la faveur de la nuit pour « nettoyer » un site récemment découvert. De nombreux ballots de tissus ayant probablement appartenu à des personnes de haut rang sont remontés en surface. Ils sont décorés de divinités et de motifs ornithomorphiques, c'est-à-dire d’oiseaux peints. Au total, ce sont 63 ballots de tissus d’époques différentes qui seront finalement exhumés de cette strate qui correspond à la fin de l’histoire des Nazcas.

. Puzzle archéologique

L’analyse de ces tissus demandera plusieurs mois de travail. Pour Giuseppe Orefici, il ne fait cependant aucun doute qu’ils constituent une découverte archéologique majeure. Les premiers examens montrent en effet que certains remontent aux premières périodes de la civilisation Nazca. La présence d’éléments organiques, qui ont noirci le tissu, atteste qu’ils ont probablement servi de linceuls. On les aurait ensuite récupérés pour une raison inconnue et enterrés ensemble dans les derniers temps de Cahuachi. Mais pourquoi ? Impossible de le dire pour l’heure. Cette énigme fascinante montre aux archéologues que de nombreuses zones d’ombre entourent encore la civilisation Nazca. Seront-t-elles un jour percées ? Rien n’est moins sur…

. Art sacré

Comme toutes les découvertes importantes réalisées sur le site de Cahuachi, ces fragments de tissus seront transportés jusqu’au laboratoire-musée de Giuseppe Orefici pour y être conservés. Là s’entassent des centaines d’autres échantillons similaires que l’archéologue accepte pour la première fois de déballer devant les caméras. Félins volants ornant un manteau en laine d’alpaga, oiseaux géants brodés sur un drap mortuaire, colibris en trois dimensions formant la bordure d’une cape de cérémonie et autres trésors tissés révèlent ainsi l’extraordinaire richesse de l’art sacré des Nazcas. Les coloris éblouissants de ces pièces proviennent de teintures à pigments végétaux ou animaux, telle que la chenille broyée. L’urine humaine servait de fixateur. Le joyau de cette collection est une parure cérémonielle dont la bande centrale comporte toutes les divinités du panthéon Nazca. Tout autour, plus de 500 figurines représentent le peuple en procession. Chacune est unique, de l’attitude à l’expression du visage. Devant nos yeux éblouis, on croit ainsi voir s’animer tout un épisode de l’histoire des Nazcas.

. Cité ensevelie

Ces figurines surgies du passé ne doivent cependant pas faire oublier l’effondrement brutal de la civilisation Nazca, il y a 1700 ans, après plus de 6 siècles d’une domination sans partage sur cette partie du monde. Que s’est-il passé pour que Cahuachi sombre aussi rapidement dans l’oubli, comme enterrée vivante ? Giuseppe Orefici évoque deux événements importants qui se sont déroulés entre l’an 300 et l’an 350 de notre ère. Tout d’abord une inondation particulièrement violente, dont les traces ont été retrouvées partout sur le site au cours des fouilles. Ensuite, un tremblement de terre qui détruisit les temples de Cahuachi, comme en atteste la découverte de squelettes broyés sous des pans de murs effondrés. L’anéantissement de ces centres cérémoniels a très certainement joué un rôle crucial dans l’abandon de la cité : privée de ses lieux de culte, la religion des Nazcas ne pouvait plus fonctionner correctement. Dévastée, Cahuachi fut donc abandonnée aux sables du désert. Giuseppe Orefici émet l’hypothèse que les Nazcas auraient eux-mêmes enseveli la cité à des fins rituelles. Sa théorie repose sur l’observation des édifices, qui sont recouverts d’une couche d’argile qui n’a pu être transportée là que par des hommes.

Les Nazcas, quant à eux, ne survivront que deux ou trois siècles à l’ensevelissement de leur grande cité cérémonielle, finissant par être absorbés par la civilisation des Huaris, une autre peuplade venue des Andes avec laquelle ils avaient des relations commerciales. Plus tard encore viendra l’empire Inca, mais à cette époque le nom même des Nazcas aura disparu, et Cahuachi ne sera plus qu’un souvenir lointain dormant sous les sables du désert.

. Rites funéraires

C’est ce passé que les archéologues tentent aujourd’hui de faire revivre, exhumant strate après strate les objets qui dorment sous la carapace millénaire de Cahuachi. Sur le chantier, les fouilles ont repris après une interruption causée par une tempête de sable. L’une des équipes vient de découvrir un lama momifié. L’animal a été sacrifié, ce qui indique la présence d’une sépulture qui aurait échappé aux pilleurs. Des poteries brisées sont bientôt mises à jour, révélant des tombes. Dans les rituels Nazcas, ces poteries faisaient en effet office de couvercle aux puits funéraires dans lesquels étaient enterrés les morts.

Les membres inférieurs repliés sous le menton, ceux-ci étaient inhumés en position fœtale. L’une après l’autre, les poteries-couvercles révèlent les têtes des momies qu’elles recouvrent. Avec d’infinies précautions, les archéologues tentent de les dégager de leur gangue de terre millénaire. Les anthropologues de l’équipe sont à leurs côtés pour établir sur place les premiers constats. La première momie est celle d’une jeune femme de 20-25 ans qui était en bonne condition physique au moment de sa mort. La préservation des tissus organiques est excellente ; les cheveux sont en parfait état. Tous ces éléments vont permettre de tirer de précieuses informations du corps momifié et d’en apprendre ainsi un peu plus sur la population qui vivait à Cahuachi du temps de sa puissance.

. Étude anthropologique

Retrouver un corps dans un tel état de conservation est exceptionnel. Les Nazcas enterraient en effet leurs morts sans préparation particulière. La momification est due aux conditions naturelles qui règnent sur le site : sables riches en sel et en nitrate combinés à l’absence d’humidité. Près de 550 individus représentatifs de la population de Cahuachi ont ainsi pu être étudiés par les scientifiques. Cette étude révèle que certains souffraient de maladies infectieuses, d’anémie ou de malnutrition ; mais dans l’ensemble, les Nazcas étaient en relative bonne santé. Leur espérance de vie était de 37-38 ans, ce qui la situe au niveau de la population Européenne du début du 19ème siècle. Pourtant, près de 2000 ans séparent les deux civilisations !

. Le supplicié de Cahuachi

La découverte d’un autre squelette dans la même zone ne lasse pas d’intriguer les archéologues. Contrairement aux corps momifiés des sépultures, celui-ci a enterré à l’horizontale, les mains liées sur le devant. L’examen du crâne révèle une importante fracture située dans la région maxillo-faciale. Le visage a littéralement été réduit en bouillie. Entre les mandibules de la mâchoire, les archéologues découvrent des excréments humains fossilisés. La signification de cette pratique est difficile à interpréter. Marque de mépris ? Châtiment ? Giuseppe Orefici et ses collaborateurs en sont réduits aux conjectures… Cette découverte vient enrichir le travail des archéologues, mais elle en dit long également sur leurs lacunes à propos de certains rites Nazcas. Pièce après pièce, ils s’efforcent de reconstituer l’histoire de ce peuple disparu, mais de nombreuses zones d’ombres demeurent encore, comme en atteste ce squelette mystérieux.

. Anomalies crâniennes

L’examen des squelettes retrouvés sur le site de Cahuachi a aussi réservé quelques surprises aux anthropologues. L’une des plus spectaculaires est celle de crânes artificiellement allongés, dont les scientifiques pensent qu’ils répondaient à certains critères de beauté dans les civilisations anciennes. Pour obtenir cette déformation, les nouveau-nés étaient soumis pendant un an à la pression de déformateurs en cuir de lama enroulés autour de la tête. Cette camisole obligeait le crâne à se développer vers le haut, lui donnant ainsi cette forme allongée que les scientifiques ont constaté sur 90% des cranes Nazcas retrouvés à Cahuachi.

D’autres crânes présentent un orifice rond au milieu de la région frontale. Une corde passée dans ce trou et retenue à l’intérieur par un petit morceau de bois permettait le transport de ces têtes-offrandes ou trophées, symboles de pouvoir pour celui qui les possédait. Certaines de ces têtes ont la bouche scellée par une aiguille de cactus plantée en travers des lèvres. D’autres ont la langue coupée, enveloppée dans un petit sac de cuir rattaché à la tête par une lanière, afin que l’âme du mort ne vienne pas déranger les vivants.

. Messagers du passé
Pour les archéologues, ces pratiques esquissent le portrait psychologique des Nazcas, que Giuseppe Orefici résume par cette formule : « un système de pensée avant tout rituel, une conscience profondément liée au passé, un passé omniprésent dans la vie des Nazcas, comme si sans passé il ne pouvait y avoir ni présent ni futur. »
Les corps momifiés des Nazcas deviennent ainsi les messagers de l’au-delà ayant franchi l’abîme du temps pour livrer aux archéologues et aux anthropologues d’aujourd’hui de précieux renseignements sur les mœurs et les traditions de leur époque. D’impressionnantes images de ces momies ponctuent cette partie du documentaire dotée d’une forte charge émotionnelle. Âmes sensibles, s’abstenir !

. Géoglyphes

Mais ce qui a contribué à forger la légende mystérieuse des Nazcas ne se trouve pas dans les corps momifiés de Cahuachi mais dans le désert environnant. Ce sont les géoglyphes, ces grandes figures tracées sur le sol que l’on compte par centaines autour de l’ancienne cité cérémonielle des Nazcas. Ces motifs figuratifs, parfois longs de plusieurs kilomètres, sont uniquement visibles depuis le ciel, ce qui leur a valu une renommée mondiale. Elles demeurent la plus grande énigme laissée par ce peuple et ont alimenté, depuis leur découverte en 1926, les théories les plus extraordinaires : pistes d’atterrissage pour OVNIS, matérialisation de lignes de forces telluriques servant, antennes géantes servant à capter les ondes sismiques pour prévoir les tremblements de terre, etc.

Le survol de ces figures géométriques, où des lignes simples se superposent parfois à des motifs plus travaillés, donne un aperçu spectaculaire du canevas qu’elles dessinent sur le sol aride de la pampa. L’imbrication de leurs tracés indique que leur réalisation s’est déroulée sur une très longue période – plus de 1000 ans – les artistes dessinant parfois sur des figures déjà existantes. Leur chronologie a pu être établie en les comparant à l’iconographie retrouvée sur les céramiques et les textiles de Cahuachi. A une échelle gigantesque, c’est en effet tout le panthéon Nazca que l’on retrouve dessiné dans le désert : condor, singe, colibri, etc.

L’examen du sol, aux endroits où ces géoglyphes ont été tracés, permet d’en apprendre plus sur la technique qui a été utilisée par les Nazcas. Malgré l’absence du moindre entretien depuis leur création, il y a plus de 1600 ans, ces lignes apparaissent intactes. Comment expliquer un tel prodige ? Giuseppe Orefici explique que plusieurs phénomènes se conjuguent pour expliquer cet état de préservation remarquable. D’une part, l’isolement de cette région, protégée de toute activité humaine. D’autre par, la nature du terrain, constitué d’argile et de gypse : sous l’effet conjugué de l’humidité nocturne et de la chaleur diurne, la terre sur laquelle les géoglyphes ont été tracés s’est peu à peu transformée en une croûte solide qui a définitivement fixé leur tracé.

. Signification religieuse

Afin d’élucider le mystère qui entoure la création de ces dessins géants, Giuseppe Orefici propose de reconstituer l’un d’eux dans le désert face aux caméras. Le motif a été recopié sur une feuille de papier, que l’équipe chargée de recréer le géoglyphe va utiliser comme matrice. A l’aide de cordes et de compas improvisés, la figure est minutieusement reportée sur le sol après en avoir multiplié les dimensions pour obtenir l’échelle désirée : quelques notions de géométrie élémentaire suffisent pour exécuter cette tâche. Il y a 2000 ans, la réalisation de ces motifs ne devait pas poser plus de problèmes à une civilisation capable de bâtir des édifices tels que ceux de Cahuachi.

Leur signification reste en revanche un mystère. Aujourd’hui, les archéologues pensent qu’ils avaient une fonction rituelle. A certaines époques de l’année, les Nazcas se rendaient dans le désert pour rendre hommage à leurs dieux. Les lignes offraient ainsi une sorte de chemin que les files humaines empruntaient à l’occasion de ces cérémonies. En les parcourant, les processionnaires animaient les figures qu’elles représentaient, offrant à leurs dieux des représentations d’eux-mêmes en mouvement afin de célébrer l’union de leurs deux mondes. Une très belle reconstitution de l’une de ces cérémonies illustre cette partie du documentaire, qui sert aussi de conclusion.

Captivant de bout en bout, ce documentaire étayé par les explications rigoureuses des archéologues et des anthropologues lève certaines parties du fascinant voile de mystère qui recouvre la civilisation Nazca. Alors que de nombreux reportages qui leur sont consacrés se focalisent sur les géoglyphes du désert, explorant le plus souvent des pistes hautement fantaisistes, celui-ci à l’immense mérite d’essayer d’englober la civilisation Nazca dans son ensemble, nous offrant un aperçu saisissant de ses mœurs, de ses coutumes, de son quotidien. Les géoglyphes sont bien entendu abordés, mais ceux-ci sont envisagés dans une optique religieuse qui prend tout son sens au regard du contexte civilisationnel qui a été évoqué précédemment.

Si ce mystère s’efface au profit d’explications scientifiques, il n’en demeure pas moins que les nombreuses zones d’ombre qui cernent la civilisation Nazca constituent des sources d’interrogations tout aussi fascinantes. De l’aveu même des archéologues, Cahuachi et ses environs n’ont en effet livré qu’une infime partie de leurs secrets. Gageons que les futures campagnes de fouilles qui auront lieu sur ce site permettront de mettre à jour d’autres pans de la culture Nazca jusqu’ici restés dans l’ombre.

source : mystère-tv


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