Mardi 27 décembre 2011 2 27 /12 /Déc /2011 13:36

 

La Grèce fait-elle faillite parce que les Grecs sont fainéants ?


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La crise économique grecque. Un sujet qui rebute un peu un 27 décembre, entre la digestion du foie gras et l'assimilation des gamma GT dûs au champagne ingurgité les derniers jours. Pourtant, rien de tel avant d'entrevoir 2012 que de casser un cliché que l'on a (presque) tous tendance à utiliser pour conclure à propos d'un sujet sur lequel la plupart d'entre nous est aussi clairvoyant qu'en parlant d'intégrales mathématiques. "La Grèce, oui, quelle misère, mais bon, faudrait qu'ils bossent comme des Allemands".

 

Au Nord, les bosseurs, au Sud, les siesteurs

Un lieu commun qui tient de l'impression générale et d'un stéréotype largement relayé sur la mentalité et le mode de vie à la méditerrannéenne. Un cliché fondé sur des souvenirs de vacances et le climat, sans doute. Sur l'atmosphère plus nonchalante ou chaleureuse "typiquement latine" véhiculée dans les croyances populaires, la littérature, les médias. Mais aussi sur une dichotomie économique qui nous est inculquée dès le plus jeune âge, explique Matthew Yglesias dans Slate.

 

Walter Bagehot expliquait à force de détails au 19e siècle que les peuplades germaniques et latines ne pourraient jamais partager la même monnaie en raison de leurs modes économiques propres. Une thèse qui égratigne l'euro et la réduit à une vague utopie. Selon l'économiste, la monnaie germanique serait forcément privilégiée, car naturellement plus forte en raison de la ferveur commerciale de ses habitants. Depuis des siècles, un a priori purement racial est ainsi ancré dans les mentalités, certainement en Europe du Nord.

 

L'économie ne se résume pas à un reproche stéréotypé

Et l'éditiorialiste de Slate de développer son raisonnement en rappelant que pour l'Europe du Nord, la raison est morale: seul le travail et l'oubli de son confort mérite récompense. Une idéologie à laquelle n'adhèrent pas nécessairement les nations dites latines. Or si l'on verse ici dans le cliché culpabilisateur du travailleur et du fainéant (qui rappelle étrangement un reproche bien connu au Nord et Sud de la Belgique...), il est vrai que les Allemands par exemple se plaisent à observer un certain ordre et une certaine rigueur et que l'on peut imaginer que cela sert leur économie, du moins dans le contexte mondial actuel. On pourrait même ajouter que les traditions et l'histoire religieuse des différentes nations en cause y sont également pour quelque chose.

 

Et qu'on ne peut pas, souligne le chroniqueur, demander à un Grec de devenir Allemand. Et vice versa. Tout comme on ne peut pas résumer le fossé entre l'économie grecque ou espagnole et l'économie allemande ou scandinave à un amour pour la sieste et l'huile d'olive d'une part, pour le sérieux et l'organisation d'autre part. Ce serait une vision simpliste, manichéenne voire aveugle d'une équation à trop d'inconnues et dans laquelle trop de variables entrent en jeu.

 

Les faits: qui travaille le plus?

C'est pourquoi Matthew Yglesias exhorte à s'en tenir aux faits pour éviter de s'abandonner à des a priori stériles qui ne font pas avancer le débat. Pour couper l'herbe sous le pied au cliché de l'Allemand rigoureux et du Grec nonchalant ("Le Grec n'a qu'à se mettre au travail pour relancer son économie"), il se base sur un rapport de l'OCDE paru en 2008 qui donne la répartition des heures moyennes de travail par habitant et par an. Le Grec aurait ainsi travaillé 2.120 heures en 2008, l'Italien 1.800 heures, l'Espagnol 1.650 heures, l'Allemand... à peine 1.430 heures. La palme de la "fainéantise" (ndlr: selon ce critère unique évidemment) revenant au Hollandais, avec moins de 1.390 heures de travail par an.

 

Laissez-vous aller à un autre cliché très apprécié des Européens: voilà pourquoi on a l'impression de ne voir que des Allemands et des Hollandais quand on part en vacances... Et Matthew Yglesias de souligner qu'en Allemagne, plus les habitants sont riches, moins ils travaillent. De même, les nations plus pauvres travaillent plus dur. Et pas l'inverse.

 

Sans pauvres, pas de riches

D'autre part, les pays riches, principaux et fiers exportateurs et prêteurs comme l'Allemagne ne doivent pas oublier qu'ils ont besoin des autres pour que leur économie demeure si florissante. Besoin de pays très importateurs, de pays emprunteurs. "Vos actifs sont mes passifs, vivre selon ses moyens a beau sembler être un principe frappé au coin du bon sens, tout le monde n'est pas en mesure de le respecter", explique l'économiste. Pour que la machine fonctionne, il faut que les vases communicants ne cessent d'interagir. Et l'éditorialiste de conclure qu'à forcer soudain des Etats à se serrer drastiquement la ceinture - et de concert s'il vous plaît - l'on risque d'entraver la quantité d'emprunts, la production et à terme l'économie européenne dans son entièreté. Une grave récession à la clé. Ce que même l'Allemagne, forte de toute sa rigueur et ses efforts, ne sera pas en mesure de maîtriser. Un pays averti en vaut deux.

 

(acx)

Par wikistrike.com - Publié dans : Social - Société
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