La Turquie en pleine guerre froide avec Israël

Dans un contexte de forte dégradation des relations israélo-turques, le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, est à nouveau monté au créneau, jeudi 8 septembre. Dans une interview à la chaîne Al-Jazira, M. Erdogan a annoncé que des navires de la marine turque escorteraient désormais tout bateau turc acheminant de l’aide humanitaire vers la bande de Gaza.

Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan.AFP/ADEM ALTAN

« Les navires de guerre turcs sont habilités à protéger  nos bateaux qui acheminent une aide humanitaire vers Gaza », a dit M. Erdogan. « Désormais, nous ne permettrons pas que ces navires soient attaqués par Israël, comme cela s’est produit avec la Flottille de la liberté », a-t-il continué.

Les relations entre les deux pays se sont fortement dégradées ces derniers jours, après qu’Israël a refusé de présenter  des excuses officielles pour la mort de neuf Turcs propalestiniens en mai 2010 dans l’assaut lancé par un commando de Tsahal sur une flottille « humanitaire » qui tentait de forcer  le blocus de la bande de Gaza.

Mardi, la Turquie a annoncé la suspension de ses échanges avec Israël en matière de défense et l’intensification de ses patrouilles navales en Méditerranée orientale. Et vendredi dernier, Ankara avait annoncé l’expulsion de l’ambassadeur d’Israël et d’autres diplomates israéliens, après la publication d’extraits d’un rapport de l’ONU sur la mort des neuf Turcs.

RESSOURCES NATURELLES EN MÉDITERRANÉE

M. Erdogan a ajouté que la Turquie ne laisserait pas Israël exploiter  seul les ressources naturelles de la Méditerranée orientale. « Vous savez qu’Israël a commencé à proclamer  qu’il avait le droit d’opérer  dans les zones économiques exclusives en Méditerranée », a dit le premier ministre turc, faisant semble-t-il allusion aux projets israéliens d’exploiter  les réserves de gaz dans des gisements en mer, découverts dans des secteurs qui sont aussi revendiqués par le Liban.

« Vous verrez qu’il [Israël] n’aura pas l’exclusivité de ce droit, car la Turquie, en tant que garant de la République turque du nord de Chypre, a pris des mesures dans le secteur, et elle s’en tiendra à son droit à surveiller  les eaux internationales en Méditerranée orientale », a-t-il expliqué.

RESTITUTION DE DRONES

Plus tôt dans la journée, le premier ministre turc avait réclamé à l’Etat hébreu la restitution de drones, l’accusant de manquer  de « loyauté » dans les accords de défense. « Les drones ne nous ont pas été remis à la date prévue », a justifié M. Erdogan lors d’une conférence de presse conjointe à Ankara avec son homologue luxembourgeois, Jean-Claude Juncker. « Pour autant que je sache, il y avait six drones. L’argent a été payé et nous attendons et espérons qu’Israël va les livrer après les avoir  réparés », a-t-il poursuivi.

M. Erdogan avait accusé la veille Israël de ne pas avoir  « fait montre de loyauté en ce qui concerne les accords bilatéraux en matière d’industrie de défense(…) On leur a envoyé des drones, ils ne nous les ont pas restitués, prétextant des problèmes de notre côté. Est-ce que cela est éthique ? », s’est interrogé le premier ministre.

Israël a livré l’an dernier à l’armée de l’air turque dix drones de type Heron, mais certains d’entre eux ont été renvoyés pour des problèmes techniques de fabrication, a-t-on expliqué de source turque. Des accusations qu’a aussitôt démenties le ministère de la défense israélien, Ehoud Barak , assurant que « les moteurs de ces appareils sont en cours de révision pour les améliorer  et les travaux engagés ne sont pas achevés ».

M. Barak s’est par ailleurs dit confiant dans le fait qu’Israël et la Turquie finiraient par se réconcilier , au lieu de devenir  des ennemis. « Cette vague finira par passer », a-t-il dit à la radio de l’armée israélienne.

Actualutte

Tag(s) : #Politique internationale
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