"Il y avait chez les Yonakas une cité nommée
Sâgalâ , riche en centres de commerce de toute sorte, ornée de rivières et de montagnes, avec des coins charmants : parcs, jardins, bosquets, lacs, étangs de lotus, avec toute la
séduction des eaux, des monts et des bois. De savants géomanciens en avaient dressé le plan. Ses adversaires et ses ennemis, domptés, avaient renoncé à lui nuire. Elle avait des tours
de garde et des forts nombreux et solides, des portes monumentales et des arcades élégantes, une citadelle entourée de fossés profonds et de murs blancs. Rues, carrefours, places y
étaient bien distribués.
On y admirait des boutiques pleines d’objets de
choix, variés et bien exposés, des centaines de halles à aumônes, et un nombre infini de belles demeures pareilles aux cimes de l’Himalaya. Les quatre corps de l’armée : éléphants,
chevaux, chars, gens de pied, y étaient réunis. Un flot de beaux hommes et de femmes gracieuses y passait. Dans les foules pressées, on distinguait les nobles, les brahmanes, les
bourgeois et les gens du peuple. Ascètes et brahmanes s’y coudoyaient avec courtoisie, et on y rencontrait les savants les plus éminents."
Nous voilà transportés en plein contexte gréco-bouddhique, dans un monde où les Grecs s’appellent des Yonakas
(Ioniens) et où Ménandre se dit Milinda.
Le dialogue avec Nagasena va traiter, sous forme de questions et réponses, les points les plus complexes de la
doctrine bouddhique, en particulier celles tenant à l’inexistence du moi.
Ce sont en effet ces questions qui furent probablement la partie la plus discutée quand furent mis en contact des
bouddhistes ne croyant pas en l’existence du moi et des Grecs dont la philosophie faisait de l’homme la mesure de toutes choses. On imagine les débats passionnés qui durent
avoir lieu à la cour de ces souverains grecs déjà friands de discussions.
Peut-être certains ressemblèrent-ils à celui entre Ménandre et Nagasena.
LES SUTTAS DU CANON PALI
Le canon pâli
Les textes canoniques (le canon) de l’école bouddhique du sud (parfois appelée Petit véhicule, ou encore Théravada)
sont écrits dans une langue appelée le pâli. Ils constituent donc le Canon pâli. Parmi ces textes, ceux que l’on appelle les Suttas sont des sermons attribués au Bouddha historique.
D’après la légende, ils remontent au Bouddha lui-même et ont été transmis oralement de moine en moine avec une parfaite exactitude. La recherche moderne ne prend évidemment pas ces
revendications au pied de la lettre, comme le montre cette étude intitulée Le Canon pâli, toute une histoire. Il reste qu’il s’agit d’un texte très ancien.
Le Canon Pali nous impressionne par le rationalisme et la modernité de nombre de ses sermons.
Ainsi, nous apprend le Bouddha, l’inférieur
social n’est pas celui qui est né dans la mauvaise caste, mais celui qui se conduit mal. Les questions inutiles sont celles qui portent sur des points de
métaphysique invérifiables. Les actions et leur résultat, le karma, ne déterminent pas la
totalité de notre expérience, il y a des quantités d’autres causes bien plus banales qui expliquent notre vie sans remonter toujours aux existences antérieures. Les sacrifices d’animaux sont des meurtres qui ne nous procurent aucun
mérite, bien au contraire.
L'exemple du statut social peut choquer, mais dans la pensée bouddhiste il faut comprendre la notion de karma. Tout
le bien ou le mal que l'homme fait, l'univers lui renvoie en le décuplant tôt ou tard, dans cette vie ou dans une autre. Si l'on pouvait voir l'univers en tout temps d'un seul regard,
d'un unique oeil qui voit tout, alors on comprendrait que tout est juste. C'est pourquoi, connaissant cette loi éternelle, le bouddhiste véritable est végétarien et non-violent, vivant
dans l'amour, la sagesse et la perfection de manière absolue. Jésus enseigne la même chose lorsqu'il dit que la haine engendre la haine, et que seul l'amour peut engendrer
l'amour.
Le karma se retrouve dans la philosophie grecque ancienne, mais les grecs opéraient une déconstruction du karma en
trois points. La Moïra était la loi de la répartition juste du destin pour chaque être, si ce dernier s'y écarte d'une façon ou d'une autre cela relève de l'Hybris, c'est à dire
l'excès, et alors parait la Némésis, la vengeance divine, qui va frapper l'égaré pour le remettre sur le droit chemin, d'une manière ou d'une autre. Jésus enseignait le même message
bouddhiste, en parlant de Père(vie antérieure), de Fils(incarnation actuelle) et de Saint-esprit(l'âme immortelle).
En effet, l'appellation Fils de Dieu était dans l'antiquité une expression pour désigner celui ou celle qui vit
dans l'amour et dans la sagesse de manière absolue. D'ailleurs la définition même de cette expression ancienne se retrouve utilisée dans l'évangile. Pourtant on a préféré voir en Jésus
le fils Unique de Dieu. Sa mère vierge fait référence au mythe grec ancien de ces mères humaines qui,sans perdre leur virginité, donnaient naissance à des héros, mi-humains
mi-dieux.
Il y a donc certains aspects du bouddhisme qui, mal interprété, peuvent porter à croire à des enseignements
honteux. Hors, comme nous venons de le voir, il n'en est rien. Bien au contraire, le bouddhisme incline à la paix intérieure et à l'extinction de toute forme de violence, et en 2500 ans
d'existence il n'a jamais produit de fanatisme ou de guerre.
On fera une mention particulière du Kalama
Sutta, sur l’esprit de libre examen, que l’on croirait écrit à l’époque moderne :
Le Stupa
Kesariya, l'endroit où le Bouddha aurait prononcé le discours
" Nous ne devrions pas croire à une chose uniquement parce qu’elle a été dite, ni croire aux traditions parce qu’elles ont été transmises depuis l’Antiquité ; ni aux "on dit" en tant que tels, ni aux écrits des sages parce que ce
sont des sages qui les ont écrits ; ni aux imaginations que nous supposons nous avoir
été inspirées par un être spirituel ; ni aux déductions tirées de quelque hypothèse hasardeuse
que nous aurions pu faire ; ni à ce qui paraît être une nécessité analogique ; ni croire sur la
simple autorité de nos maîtres ou instructeurs.