Wikistrike

Wikistrike

Rien ni personne n'est supérieur à la vérité

Le désastreux bilan écologique du sarkozysme

Publié par wikistrike.com sur 2 Avril 2012, 09:49am

Catégories : #Ecologie - conso - biodiversité - énergie

Le désastreux bilan écologique du sarkozysme

 

sarkozy_486.jpg« L’environnement, ça commence à bien faire ! » : cette saillie balancée, le 6 mars 2010, au Salon de l’agriculture, résume parfaitement l’approche de Nicolas Sarkozy en ce domaine. Le Grenelle, initié le 21 mai 2007, sous sa houlette et celle de Jean-Louis Borloo, avait affiché un projet plutôt ambitieux, contrastant, en théorie, avec le surplace de l’époque où des ministres verts siégeaient au cabinet (1). Lors de la restitution officielle des dossiers préparatoires, en date du 25 octobre 2007, le chef de l’État avait conféré à cet événement le statut de « New deal », de « révolution copernicienne dans nos façons de penser, de décider, dans nos comportements, nos objectifs et critères » (rien que ça !).


« Kermesse lamentable » 

Des rencontres et consultations diverses émanèrent 268 engagements que trente-quatre comités mettraient en œuvre.
La loi du 3 août 2009 vise la division par quatre des émissions de gaz à effet de serre, le transfert du fret routier (94%) vers d’autres modes, confirme la création d’un carnet de santé du salarié retraçant les expositions aux matières dangereuses, le renforcement du contrôle des éco-organismes...

Celle du 12 juillet 2010 comprenant 248 articles porte sur l’application des dispositions dans l’ensemble des secteurs couverts par les six groupes de travail. Parmi les préconisations : la construction de bâtiments plus sobres
énergétiquement, la rénovation thermique du parc ancien (2), la priorité aux transports collectifs tout en recommandant le recours à des véhicules électriques ou hybrides rechargeables, l’expérimentation, puis l’élargissement de l’étiquetage environnemental sur les marchandises, la maîtrise des substances phytopharmaceutiques dans l’agriculture et l’encouragement au bio, l’instauration d’une nouvelle gouvernance écologique en désignant des associations représentatives conviées à participer au dialogue institutionnel, la lutte contre toutes sortes de nuisances, la prise en compte de risques émergents (ondes électromagnétiques, nanotechnologies...).

Si le rapport « indépendant » ( !?!) de 170 pages que la société Ernst & Young (3)
avait remis le 2 novembre 2010 à ses commanditaires a dressé un tableau évidemment flatteur, douze jours auparavant, le Réseau Action Climat (4) avait émis des critiques très sévères sur ce que Fabrice Nicolino a qualifié de « pièce bouffonne » (5) ou Jean-Christophe Mathias de « bal des impostures », de « guignolade », de « kermesse lamentable » (6).

Stephen Kerkhove, délégué général d’Agir pour l’environnement, parle d’un « processus hors-sol » destiné à « saturer l’agenda médiatique et verdir une politique éco-prédatrice » (7).

Dans son « bilan climat-énergie » coordonné par Olivier Louchard, le RAC pointe
les insuffisances criantes et les tares rédhibitoires. Ainsi, l’enterrement de la taxe carbone et le report de celle sur les camions, l’inscription des maïs transgéniques au catalogue des semences ou l’homologation d’insecticides tueurs d’abeilles dénotent non seulement l’hypocrisie du pouvoir, mais aussi sa soumission aux lobbies concernés. Parallèlement à de très rares avancées comme une meilleure
isolation des logements neufs qui limiterait à un maximum de cinquante
kilowatts/heure la consommation par mètre carré à l’année, le
gouvernement relança de 8% (mille kilomètres supplémentaires) la
construction d’autoroutes (A 63 dans les Landes, A 65 Langon-Pau, A 150
de Rouen au Havre, contournement ouest de Strasbourg), autorisa la
circulation de poids lourds de quarante-quatre tonnes, préserva le
transport aérien par le maintien de l’exonération de taxe pour le
kérosène et l’aval octroyé à l’aéroport de Notre-Dame des Landes
(8), à une vingtaine de bornes au nord-ouest de Nantes, situé de
surcroît dans une zone humide. Le subventionnement et les aides fiscales
aux agrocarburants ne témoignent pas une réflexion poussée sur cette
aberration qui s’apparente aux yeux de Jean Ziegler à un « crime contre
l’humanité » (9). 



violondingres-vip-blog-com-889053sarkozy-ecologiste-sarkost.jpgBillevesées

Au niveau du rail, nos dirigeants s’enthousiasment essentiellement pour
les lignes à grande vitesse (sept en prévision). Esbroufe également pour
les énergies renouvelables que l’on prétendait promouvoir (23% d’ici
2020). Face au succès de la demande, le 30 septembre 2010, le gouvernement
avait réduit, en vue de l’exercice 2011, de 50 à 25% le crédit
d’impôt pour l’acquisition de panneaux photovoltaïques. Un revers de
plus pour la branche déjà touchée par la baisse de 12% des tarifs
d’achat du jus solaire, le 1er septembre 2010. L’intégration,
annoncée solennellement par le pote de Vincent Bolloré, pour chaque
opération d’envergure, des incidences sur le climat et la biodiversité,
n’a pas été traduite dans la législation. Des thèmes aussi peu
anodins que le nucléaire, l’eau et la sauvegarde des espèces menacées
d’extinction ne figuraient même pas au programme. Neuf ONG avaient
bénéficié d’une accréditation. Le Réseau Sortir du nucléaire, Agir
pour l’environnement le RAC avaient été exclus. En désaccord total
avec la chancelière Angela Merkel, laquelle, choquée par la catastrophe
de Fukushima, avait nettement revu à la baisse la proportion du nucléaire
dans le mix global (10), Nicolas Sarkozy, multipliant approximations,
mensonges et contre-vérités, reste un farouche propagandiste de
l’industrie atomique. Le 25 novembre 2011, à l’usine
d’enrichissement de l’uranium à Pierrelatte (Drôme), une des entités
du site du Tricastin, devant les employé(-e)s d’Areva et d’EDF
ravi(-e)s, il avait décliné son credo sur « l’intérêt supérieur du
pays », « la souveraineté nationale », menacés par la moindre velléité
d’écorner ce fleuron hérité du gaullisme, n’omettant pas de saluer
pour le coup François Mitterrand (11), qui assuma sans ciller
l’héritage de ses prédécesseurs. Ne bouleverser que d’un chouias
cette donne qui reposerait sur « un consensus vieux de plus de
soixante-cinq ans » équivaudrait à dilapider « inéluctablement des
trésors d’intelligence et de recherches accumulés depuis sept
décennies », à « revenir au Moyen-Âge », « au temps de la bougie »
(sic). Ce genre de billevesées passe dans une salle acquise par avance à
l’orateur. Se trémousser en lançant « Devons-nous être le seul pays à
tourner le dos au progrès ? » ne l’a évidemment exposé à aucune
objection. Peu importe que sa copine de Berlin ait emprunté une autre
voie, que les 12 et 13 juin 2011, 94,7% des citoyen(-ne)s transalpin(-e)s
aient rejeté l’implantation voulue par Silvio Berlusconi, de quatre
nouveaux réacteurs d’ici 2020, en coopération avec AREVA et EDF, que le
peuple autrichien ait refusé, lors d’un référendum organisé le 5
novembre 1978, à 50,47%, la mise en service de l’unique centrale de
Zwetendorf (692 mégawatts nets), à cinquante kilomètres à l’ouest de
Vienne (12) !... La pratique de la manipulation, de la langue de bois et de
la dissimulation ne date pas d’hier. De mars 1987 à mai 1988, Nicolas
Sarkozy officia comme chargé de mission au ministère de l’Intérieur
pour la lutte contre les risques chimiques et radiologiques, sous
l’autorité de Charles Pasqua, un cador ès-bidouillages. L’idée
qu’il eût contribué à la désinformation sur le nuage de Tchernobyl
m’effleure avec insistance…

L'opuscule de la Fondation Copernic « Sarkozy, bilan de la casse » (chez
Syllepse, février 2012, 200 pages, 7 euros), ne s’appesantit pas sur la
thématique écologique, qui mérite un focus.

 

 

--------------

(1) Dominique Voynet, du 4 juin 1997 au 9 juillet 2001, puis Yves Cochet,
du 10 juillet 2001 au 5 mai 2002.
(2) Dans le droit fil du « diagnostic de performance énergétique »
applicable depuis le 1er novembre 2006 à la vente de maisons et
d’appartements ainsi qu’à partir du 1er juillet 2007 pour les
habitations louées tout comme pour la cession de bâtiments neufs ? Cette
expertise, qui n’a toujours qu’un caractère informatif, n’impose
aucune obligation de travaux.
(3) Les « experts » : Alain Grimfeld, président du Comité national
d'éthique, le climatologue Jean Jouzel, Nicole Notat, ex-patronne de la
CFDT et Présidente-directrice générale de l'agence de notation Vigeo, ou
encore l'avocat Philippe Pelletier. Pas davantage que pour l’étude du
Boston Consulting Group, publiée le 16 juin 2009, nous n’en apprendrons
le prix.
(4) Il fédère dix-huit mouvements nationaux (Agir pour l’Environnement,
Les Amis de la terre, Greenpeace, le World Wide Fund for nature, la Ligue
de protection des oiseaux, Le Réseau Sortir du nucléaire…) et onze
associations locales.
(5) « Qui a tué l’écologie ? », Éditions Les liens qui libèrent,
Paris, mars 2011, 303 pages, 20,50 euros. Le collaborateur au magazine
Terre Sauvage réserve essentiellement ses piques implacables à quatre des
principales associations environnementalistes, coupables, selon lui,
d’arrangements, voire de franches complicités, avec les saccageurs des
écosystèmes. Il pointe les compromission de la Fondation Hulot, du World
Wide Fund for Nature, de France Nature Environnement et de Greenpeace
France à l’occasion du Grenelle de l’Environnement.
(6) Cf. son essai d’excellente facture, à haute teneur philosophique et
poétique « Politique de Cassandre. Manifeste républicain pour une
écologie radicale », Éditions Sang de la Terre, 1er trimestre 2009, 256
pages, 18,90 euros. Le chercheur, artiste et paysan charentais consacre
notamment quelques pages au « concept schizophrénique » de
« développement durable », une de ces coquecigrues conçues pour
consolider, sous une terminologie light, les schèmes du productivisme
effréné.
(7) « Grenelle de l’environnement : l’histoire d’un échec »,
Éditions Yves Michel, octobre 2010, 128 pages, 10 euros.
(8) Le 24 mars, une manifestation a réuni environ dix mille opposant(-e)s
dans les rues de Nantes dont le maire, Jean-Marc Ayrault (PS) est favorable
au projet. 
(9) Dans « Destruction massive. Géopolitique de la faim », Le Seuil,
octobre 2011, 352 pages, 20 €.
(10) 22% avant la tragédie au Japon. Le 30 juin 2011, le Bundestag avait
approuvé à une très large majorité la décision de la coalition
CDU/CSU/FDP d’arrêter les sept complexes les plus anciens, plus celui de
Krümmel (non loin de Hambourg), constamment perclus de pannes. Les neuf
unités restantes seront déconnectées au plus tard en 2022.
(11) Notre pays avait loupé à l’été 1981 le coche de
l’indispensable mutation, parce que l’alliance socialo-communiste avait
jeté à bas toutes les promesses de moratoire, de vaste consultation, de
diversification des sources, de lutte contre les gaspillages. Je vous
renvoie à mes nombreux articles afférents aux « atomes très crochus »,
lisibles sur divers sites web, mon papier au sommaire d’À contre-courant
syndical et politique d’août 2011, mon long courrier inséré dans
Politis du 22 décembre 2011 et celui, un peu plus concis, paru dans le
mensuel Alternatives économiques de ce mois-ci. 
(12) Le 13 août 1999, entra en vigueur la loi constitutionnelle pour une
Autriche sans atome, interdisant la fabrication, le stockage, les tests, le
transport d’armes nucléaires de même que l’édification de centrales.


Source image : http://petitsmatinsetgrandsoir.fr

René HAMM

Archives

Articles récents