Le nouvel ambassadeur de France en Israël compare Shimon Peres à un dieu grec

 

Info Panamza. Jeudi, lors de sa première rencontre avec le président israélien, le nouvel ambassadeur français a tenu des propos singuliers pour un diplomate censé représenter un pays souverain et indépendant. La preuve en images. 


Patrick Maisonnave ambassadeur
© Inconnu
Patrick Maisonnave, ambassadeur de France en Israël, avec Shimon Perez
« Dans cette pièce, il y a au moins un type très heureux et je suis ce type. 

Dans ce pays, la France a rendez-vous avec sa propre histoire. Vous incarnez, monsieur le Président, ces plus belles pages de la relation entre l'Etat d'Israël et la France. 

Vous êtes, de toute évidence, quelqu'un que nous chérissons en France. 

Vous êtes le grand Pan pour le peuple français et, dans ce contexte, je crois que chacun comprendra qu'aujourd'hui, je suis, en même temps, heureux et tellement honoré ».
Ces mots ont été prononcés, le 10 octobre, par Patrick Maisonnave à l'attention du président israélien Shimon Peres. 

Dans la mythologie grecque, le dieu Pan, célébré par les divinités de l'Olympe après son dévoilement par son père Hermès, porte un nom signifiant « tout ». Ce terme sera d'ailleurs présent dans la dénomination du panthéisme, philosophie selon laquelle Dieu et la Nature se confondent. Les sages d'Alexandrie estimaient que Pan symbolisait l'ordre naturel du cosmos. En 1983, l'historien des religions Philippe Borgeaud rappellait, pour sa part, que « le grand Pan se voit tantôt identifié au Démon, tantôt représenté comme préfiguration du Sauveur ». 

Le trac de l'idolâtre 

Patrick Maisonnave a été nommé, par décret présidentiel acté le 23 août, « ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès de l'Etat d'Israël ». Ce jeudi matin, en compagnie de quatre autres nouveaux ambassadeurs (Irlande, Paraguay, Brésil, Mongolie), il remettait à Shimon Peres ses lettres de créances. 

Les services de la présidence israélienne ont capturé les images de la cérémonie. Sur les 3 minutes et 25 secondes de cette vidéo repérée par Panamza, les 2 dernières minutes sont consacrées spécialement au représentant de la France. Celui-ci y tient ses propos atypiques à partir de 2'32. 


Le lendemain, le site de l'ambassade française a publié un communiqué faisant état de la rencontre. Chose amusante, son auteur prétend que Shimon Peres a exprimé son « émotion » durant l'entrevue.
« Évoquant avec émotion le caractère particulier de cette longue relation bilatérale, le Président Pérès a souhaité une coopération entre plus riche [sic] à l'avenir dans les domaines de la science, de la technologie et de la culture. »
Patrick Maisonnave et Shimon Perez
© Inconnu
Patrick Maisonnave et Shimon Perez

Au regard des extraits vidéo de la rencontre, Patrick Maisonnave semblait pourtant davantage ému que son interlocuteur. 

Cette expressivité particulière n'a d'ailleurs pas échappé au site officiel de la chambre de commerce France-Israël : le rédacteur d'Israël Valley a publié jeudi soir un article consacré à la rencontre Peres-Maisonnave qui fut d'abord intitulé (comme l'attestent les mots figurant dans les adresses URL de l'article et de sa copie) « Mazel-tov! L'ambassadeur de France Patrick Maisonnave est ému » avant d'être retoqué le lendemain avec un titre plus sobre (et, peut-être, moins humiliant pour la diplomatie française) : « Lettres de Créance. L'Ambassadeur de France Patrick Maisonnave nommé ». 

Partisan de l'axe Paris-Washington-Tel-Aviv 

A l'occasion de la récente célébration du nouvel an juif, Patrick Maisonnave a rédigé une lettre à l'attention des Israéliens francophones et, plus particulièrement, des Français qui résident en Israël (environ 150 000 personnes). Extrait :
« La relation qui unit nos deux pays est intense et passionnée, elle doit progresser encore dans tous les domaines. 

La venue, en novembre, du Président de la République sera une étape importante. Elle constituera un moment fort pour l'approfondissement des liens entre nos deux peuples. »
Réputé de droite et atlantiste, l'homme âgé de 50 ans est également un ex-collaborateur de Pierre Moscovici et de Bertrand Delanoë. De 2009 à 2013, il était au Quai d'Orsay, en charge de la direction des Affaires stratégiques, de sécurité et du désarmement. Le 13 juillet 2012, ses « 23 années de services » lui ont valu d'être élevé au grade de chevalier de la Légion d'Honneur. 

Selon un diplomate israélien interrogé par Georges Malbrunot, le département des Affaires stratégiques est « très à l'écoute d'Israël ». Patrick Maisonnave lui-même était particulièrement engagé sur la question de la prolifération nucléaire, notamment à propos du dossier iranien qui demeure un enjeu crucial pour le gouvernement de Tel-Aviv. Interrogé jeudi par France 24, Benyamin Netanyahu n'a pas manqué de le rappeler à François Hollande, allant jusqu'à mettre amicalement en garde la France à ne pas répéter « l'erreur historique » de s'être laissé prendre à la « ruse » du régime nazi avant la Seconde guerre mondiale. Message reçu 5 sur 5 par Paris : « Le président l'a assuré de toute sa fermeté sur le fond de ce dossier », a rapporté l'Elysée après une conversation entre les deux hommes. « La France souhaite que les propos du président Rohani se traduisent en actes ». 

La visite officielle de François Hollande en Israël et dans les territoires palestiniens, prévue du 18 au 19 novembre, sera l'occasion, pour Patrick Maisonnave, de faciliter le renforcement des liens entre deux pays qui lui sont précieux. Visiblement soucieux de l'image de la France en Israël, le diplomate a déjà fait connaître à Elie Lévy, rédacteur-militant du site Dreuz, sa volonté en la matière :
« Il m'indique qu'il est chargé par son ministre, Laurent Fabius, de délivrer en Israël un discours nouveau. Un discours qui serait de nature à corriger l'image de cette France qui applique une politique un peu trop partiale. 

« Le président Hollande, qui vient en visite officielle dans quelques semaines, est un ami d'Israël, un ami sincère » me dit-il, « d'autres membres du gouvernement aussi comme Manuel Valls. » 

Je lui rappelle que dans ce gouvernement il y a aussi des antisionistes notoires, les Verts notamment. Il me répète qu'il est venu avec « un viatique » : changer l'image de la France ici en Israël. Alors que c'est la politique de la France qu'il faudrait changer. 

Car changer d'image ne peut se faire sans changer de politique, ou alors c'est jeter de la poudre aux yeux.

Mais nous vous disons chiche Monsieur l'ambassadeur. »
Se présentant comme un média « francophone, chrétien, néo-conservateur et pro-israélien », le site Dreuz fournit régulièrement des tribunes violemment hostiles au monde arabe et à l'islam

VRP bénévole 

Curieusement, Patrick Maisonnave se préoccupe également de l'inverse : l'image d'Israël en France. Avant sa prise de fonction, l'homme a tenu à rencontrer, le 4 septembre, le président de l'antenne française du B'naï B'rith, une organisation juive internationale fondée en 1843. Voici un extrait du communiqué relatif à cette entrevue et consultable sur le site de celobby politico-communautaire :
« Monsieur Patrick Maisonnave avait souhaité s'entretenir avec le président du B'nai B'rith France avant sa prise de poste en Israël. Cette rencontre a notamment été l'occasion de présenter notre organisation et le B'nai B'rith World Center de Jérusalem, lien essentiel entre Israël et les membres du B'nai B'rith, plaque tournante des activités internationales de notre mouvement. 

Dans un dialogue ouvert et constructif, S.E. l'Ambassadeur de France en Israël a manifesté un vif intérêt pour les actions du B'nai B'rith en faveur de l'image d'Israël en France et les propositions de lutte contre l'antisémitisme exposées dans le Livre Blanc du B'nai B'rith France notamment. »
Avec Patrick Maisonnave à la tête de l'ambassade de France, les dirigeants israéliens disposent là d'un intermédiaire prometteur pour consolider l'alliance franco-israélienne. Ce fut déjà le cas avec son prédecesseur, Christophe Bigot, désormais reconverti en co-dirigeant des services secrets français. Le 14 juillet, Shimon Peres était d'ailleurs convié par celui-ci comme invité d'honneur à l'ambassade française de Tel-Aviv : avec un brin de malice, l'homme avait alors fait savoir à quel point il lui était facile d'influencer la classe dirigeante de l'Hexagone.
« Je tiens à dire à Mr Fabius, qui est un ami personnel, qu'il fasse bien attention à ne pas gaspiller ce talent extraordinaire qu'il y a chez Mr Bigot, il va falloir qu'il utilise ce talent comme il se doit. 

D'autre part, je tiens à féliciter Meyer Habib pour son élection, quelle chance avons nous eue qu'il n'ait pas été élu à la Knesset, car je n'aurais pas pu le féliciter, on m'aurait reproché de m'immiscer dans la vie politique israélienne. 

Dans la politique française, je m'immisce autant que je veux et de toute façon tout le monde s'en moque ».
Connaisseur des arcanes de la vie politique hexagonale depuis 1953, date à laquelle il commença à travailler avec le ministère français de la Défense, Shimon Peres exprimait ici, pour la première fois et avec désinvolture, sa satisfaction à propos de la réussite de son entrisme. Il peut également compter sur Manuel Valls ainsi que sur Pierre Moscovici : le ministre des Finances qui, jadis, se qualifiait (au sein du cercle Léon Blum) de « juif, sioniste et socialiste » est également l'homme qui prononça, lors du dernier dîner annuel de la chambre de commerce France-Israël, ces paroles audacieuses :
« J'ai une pensée pour Goldnadel qui avait déclaré avoir reproché à Moïse d'avoir conduit les hébreux dans le désert pendant 40 ans pour les mener au seul endroit du Moyen-Orient ou il n'y a pas de pétrole. 

Grâce aux entreprises françaises, je l'espère, finalement Moïse sera vengé ».
Comme son prédecesseur, François Hollande ne devrait pas, non plus, poser d'obstacle à la volonté israélienne d'influencer les processus de décision en France. En novembre dernier, le président français recevait Benyamin Netanyahou à l'Elysée. Lors de la conférence de presse, au détour d'une question relative aux prochaines élections législatives en Israël, le président français n'avait pas fait de commentaire, précisant simplement (à 12'20 ) qu'il n'était jamais souhaitable de « s'occuper de la politique intérieure de nos hôtes » avant d'ajouter aussitôt ce propos sybillin : « Avec la réciprocité, qu'ils ne s'occupent pas non plus de notre politique intérieure ». Éclat de rire de Netanyahou en guise de réponse. 


Quatre mois plus tard, François Hollande afficha sa déférence à l'égard de Shimon Peres, affirmant (à 5'30) qu'il « parle à l'Histoire » quand il s'entretient avec le président israélien. 


Prix Nobel de la paix 1994 mais également architecte principal du programme nucléaire illégal de l'Etat hébreu et co-responsable de « l'opération Susannah » (des attentats israéliens commis en 1954 sur le sol égyptien, notamment contre des intérêts américano-britanniques, et imputés mensongèrement aux nationalistes égyptiens), Shimon Peres demeure adulé en France, notamment par les porte-paroles médiatiques de la frange sioniste de la gauche (tel le journaliste neo-muslim-friendly Claude Askolovitch), ainsi que dans les capitales des grandes puissances occidentales. En juin dernier, le président israélien avait ainsi bénéficié, à la veille de ses 90 ans, d'un hommage exceptionnel au cours duquel se sont joints Bill ClintonTony Blair, Mikhaïl Gorbatchev, Ban Ki-moon ainsi que le publicitaire Maurice Lévy, l'écrivain Elie Wieselet le chanteur Bono de U2. Give peace a chance de John Lennon fut entonné par des adolescents israéliens tandis que les dédicaces ont défilé sur grand écran (à 24'50). 


Rappelons ici que le dernier acte politique de Shimon Peres consista à rendre hommage à l'ex-Grand rabbin Ovadia Yossef, décédé la semaine dernière et pourtant réputé pour son racisme viscéral à l'encontre des Palestiniens, des Afro-Américains et des non-juifs.

« Il y quelques heures, je suis allé à l'hôpital dire adieu à mon professeur, mon rabbin, mon ami Ovadia Yossef. Ce fut un moment difficile. 

Mes yeux étaient embués de larmes et ma gorge était saisie par l'émotion. J'ai tenu sa main qui était encore chaude et j'ai embrassé son front. 

Quand je pressais sa main, je sentais que j'étais en train de toucher l'Histoire et quand j'ai embrassé sa tête, c'était comme si j'embrassais exactement la grandeur d'Israël. »

Dans un billet étayé, Richard Silverstein, blogueur juif américain, a dénoncé la célébration unanime du personnage par les autorités israéliennes et les leaders internationaux de la communauté juive. 

Qu'à ne cela tienne : aux yeux de ses émules et de ses chantres, particulièrement nombreux en France, Shimon Peres (dont le mandat se terminera en août 2014) continuera à incarner le visage aimable de l'expansionnisme sioniste, plus avenant que la rudesse d'un Nentanyahou ou la brutalité d'un Sharon. C'est d'ailleurs en compagnie de ce dernier que Shimon Peres avait occupé le poste stratégique de ministre des Affaires étrangères en 2001/2002. L'homme, autrefois co-responsable d'attentats sous faux drapeau commis en Egypte, était idéalement placé pour gérer et alimenter la communication diplomatique de crise suscitée par les évènements du 11 septembre. Et contrairement à l'opération Susannah de 1954 (dont la véracité historique ne fait plus débat), la connexion israélienne du 11-Septembre, largement étayée par un ensemble de faits concordants et indéniables, n'a pas été, pour l'instant, portée à son "crédit" ou à celui des autres dirigeants israéliens (Ariel Sharon, Ehud Barak et Benyamin Netanhayou) qui ont préparé (en amont et avec la complicité de relais américains dévoués à la cause ultra-sioniste) l'opération mystificatrice de New York. 

Mais ceci est une autre histoire...