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Le Portugal sur le chemin du défaut

Publié par wikistrike.com sur 30 Janvier 2012, 01:47am

Catégories : #Economie

Le Portugal sur le chemin du défaut

 

ruine.jpgL’appât du gain semble attirer de nombreux acteurs. Dans le monde financier, une petite musique commence à se répandre, soulignant qu’un défaut total de la Grèce ne serait, après tout, pas si catastrophique, car personne ne serait pris par surprise, les deux années de crise ayant permis à chacun de se préparer. L’argent facile en aveugle beaucoup.

 

Le paiement des CDS, sur lequel ils spéculent tant, serait un vrai événement de crédit. Une nouvelle boîte noire s’ouvrirait : les quatre principales banques américaines, qui contrôlent 80 % de ce marché estimé à plusieurs milliers de milliards de dollars, ont bien encaissé les primes d’assurance mais n’ont pas constitué les provisions en face pour pouvoir assurer les paiements, si jamais la garantie était un jour activée. On imagine le désastre à venir. Pire que la faillite de Lehman Brothers, pronostiquent certains. Les responsables politiques se rappelleraient sans doute alors leurs promesses de 2008 d’encadrer et de réglementer le monde financier, alors que depuis ils n’ont cessé de laisser prospérer des mondes totalement opaques et dangereux.

 

En attendant, tout ce petit monde se retrouve sur une ligne : la Grèce doit continuer dans l’austérité et les réformes. Le dernier plan d’austérité ne fonctionne pas. Quatre mois à peine après sa mise en vigueur, les finances publiques dérapent à nouveau gravement. Les rentrées fiscales ne sont pas là, les déficits explosent, tout comme le chômage désormais à plus de 18 %, l’économie entame sa cinquième année de récession. Qu’importe ? Il faut à nouveau appliquer le régime de déflation sociale. Après avoir supprimé des avantages sociaux, diminuer les retraites, les services publics, le nombre de fonctionnaires, le dernier point du programme est dans la ligne de mire : abaisser les salaires du privé.

 

Bien sûr, des économistes et même quelques hommes politiques s’élèvent pour désigner l’absurdité de cette politique. Mais les responsables européens n’en démordent pas : leur voie est à la bonne. De plus, ils entendent agir de telle sorte que l’exemplarité du cas grec soit si forte qu’elle dissuade tous les autres pays de la zone euro à demander un jour une restructuration de leur dette. Il en va de la crédibilité de la signature européenne, répètent-ils. La Grèce doit demeurer un cas unique, à part.

 

L’exemple unique de la Grèce, pourtant, pourrait se répéter plus vite que prévu : le Portugal file à grand pas sur le chemin d’Athènes. En décembre, le gouvernement portugais a dû avouer que les objectifs de limitation du déficit ne seraient pas tenus, ni pour 2011 ni pour 2012 : il est à plus de 7 % au lieu des 5,9 % attendus. L’économie est en pleine déroute, le chômage atteint plus de 13 % et les jeunes, encouragés par le gouvernement, ont retrouvé le chemin de l’émigration, comme du temps de Salazar. Ils partent vers l’Angola, le Brésil, l’Australie. Partout, sauf en Europe considérée désormais comme une terre maudite.

 

La dérive de la situation portugaise est patente et s’inscrit désormais dans les marchés. Le Portugal est ainsi classé en junk bonds, catégorie pourrie. Les taux d’emprunt sont stratosphériques : ils sont à plus de 14 % pour les emprunts à dix ans et ont dépassé les 21 % pour les prêts à trois ans. La question, pour les financiers, n’est plus de savoir si le Portugal va demander une nouvelle aide, et si elle va faire défaut mais quand.

 

Cette semaine, le gouvernement portugais a démenti avoir besoin de toute aide supplémentaire. Les 78 milliards d’euros apportés par l’Europe et le FMI fin 2010 lui suffisaient. Tout plan d’aide et encore plus tout projet de restructuration de sa dette étaient simplement inimaginables. Ces dénégations n’ont trompé personne : elles sont le préambule à l’arrivée prochaine des experts du FMI et de l’Europe, pour procéder aux mêmes purges.

 

Que diront alors les responsables européens ? Ils ne pourront plus plaider l’exception grecque. Mais leur incapacité à appréhender cette crise depuis deux ans est si immense que bien d’autres crises risquent de devoir s’ajouter avant qu’ils n’acceptent de regarder la réalité en face. «Les bons politiciens ont toujours des doutes, et se demandent constamment s’ils sont sur le bon chemin», a expliqué Angela Merkel dans un entretien à plusieurs journaux européens cette semaine. Cette concession faite, la chancelière allemande, qui impose sa vision à l’ensemble de l’Europe, s’est empressée d’ajouter : «Mais nous serons capables de renforcer notre monnaie commune que si nous coordonnons nos politiques plus étroitement et nous nous préparons à abandonner plus de pouvoir à l’Europe.» En un mot, il n’y a pas d’autre voie que la politique de déflation sociale. Avec de tels principes, l’Europe ne pourra éviter d’entrer désormais très rapidement dans une nouvelle dimension de la crise : elle sera non seulement financière mais sociale et politique.

 

Source: Mediapart

http://www.mediapart.fr/journal/economie/280112/apres-une-breve-accalmie-la-crise-europeenne-reprend?page_article=3

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