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Le supervirus H5N1 de la confusion mentale se répand chez les scientifiques et les politiques

Publié par wikistrike.com sur 15 Décembre 2011, 12:42pm

Catégories : #Santé - psychologie

Le "virusator" H5N1 de la confusion mentale se répand chez les scientifiques et les politiques

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Comme son célèbre prédécesseur issu de la nature, le H1N1 de 2009, le nouveau virus H5N1, obtenu cette fois en laboratoire, a suscité des craintes qui se sont répandues à travers le milieu qui transmet les peurs à une incroyable vitesse, je veux parler des médias. Pour l’instant, ce virus reste confiné dans le laboratoire P3 néerlandais où il a été élaboré grâce à un protocole expérimental dont la publication dans la revue Science est bloqué mais dont on peut obtenir quelques détails puisque ces travaux ont été présentés lors d’une conférence à Malte consacrée aux risques grippaux. Le contexte sanitaire des années 2000 fournit le ressort de ces investigations. Il se disait que le virus H5N1 est très peu contagieux mais qu’il tue 60% des personnes infectées. En fait, quelques centaines de décès imputés au virus H5N1 ont été recensés mais ces résultats ne sont pas exempts d’un biais assez important dans la mesure où la recension des personnes ayant contracté le virus n’est pas fiable pour la bonne raison que si ces individus ne finissent pas à l’hosto, ils ne sont pas repérés par la « patrouille statistique ». En plus, rien n’indique la part imputable au H5N1 dans les décès constatés car tout dépend de la fragilité de la personne contaminée et d’éventuels co-facteurs. Bref, il se pourrait bien que les scientifiques aient créé une menace fantôme et que toute cette mayonnaise ait pris avec le principe de précaution, les agences sanitaires, les pouvoirs politiques, les laboratoires, la propagande et les crédits qui vont avec.

Courant octobre 2007, les médias ont évoqué une mutation naturelle du virus H5N1, relayant les inquiétudes émises par le virologue Kawaoka qui précisait tout de même que plusieurs autres mutations devraient se produire avant que la grippe aviaire ne devienne pandémique. Pour l’instant, le H5N1 ne provoque qu’une épizootie, décimant les oiseaux par milliers. Si on veut être honnête, il faut reconnaître que c’est la promiscuité des volatiles dans les élevages qui rend le virus plus létal qu’il ne l’est lorsqu’il se propage dans la nature. Des centaines de millions d’oiseaux sont morts depuis suite aux abattages préventifs diligentés par les pouvoirs publics dans les élevages présentant les signes d’une contamination. Il faut garder à l’esprit quelques notions d’écologie et notamment le fait que le destin d’un virus, mutations, infections et propagations, dépend des organismes hôtes et du milieu. Jusqu’à présent, tous les virus grippaux propagés par l’homme possèdent le déterminant antigénique H1, H2 ou H3. Les dernières grippes les plus sévères remontent bien avant l’usage intensif des méthodes de séquençage pratiquées en laboratoire. On s’aperçoit maintenant que cette science censée nous protéger et sécuriser notre santé est devenue prétexte à façonner des inquiétudes. Tel se dessine l’étrange paradoxe du savoir scientifique. Plus on en sait, moins le vivant est perçu comme maîtrisable car le savoir engendre des hypothèses apparemment rationnelles mais qui devraient rester du domaine de l’improbable. Sauf qu’avec le principe de précaution, tout ce qui est scientifiquement concevable doit être examiné comme une menace et faire l’objet d’études de faisabilité assorties de travaux permettant de répondre à cette menace. Ce constat n’est rien d’autre qu’une variante du principe de Gabor énonçant que tout ce qui est techniquement possible sera réalisé au moins une fois. 

Jusqu’à présent, le virus H5N1 n’est pas dangereux pour l’homme, même s’il a été agité par d’imprudents virologues à des fins qu’on ne cherchera pas à cerner. Et comme il faut absolument se protéger de tout, alors les scientifiques essayent depuis quelques années de produire un variant pouvant présenter un danger pour l’homme. Le big one n’a pas été observé dans la nature, alors créons-le ! Quelques laboratoires travaillent sur ces projets, disposant de technologies très pointues nécessitant des crédits mais aussi l’aval des autorités car si un méchant virus était créé, il ne faudrait pas qu’il sorte par une porte et se répande dans l’atmosphère. D’où les normes de sécurité requises. Plusieurs stratégies sont utilisées pour fabriquer un virus dangereux. Il est possible de jouer sur les réassortiments, c’est-à-dire sur les échanges de segments d’ARN. C’est ce que fit par exemple Kawaoka qui effectua il y a deux ans des manipulations visant à réaliser les 256 combinaisons possibles à partir d’une souche H3N2 humaine et une souche H5N1 aviaire. Ces travaux n’ont pas vocation à jouer aux apprentis sorciers mais à tester l’éventualité d’un réassortiment possible qui ne peut se produire que si un individu est infecté à la fois par le virus humain (souche A, H3N2, Tok 07) et le H5N1 aviaire. Cette éventualité est hautement improbable, tout comme l’est celle d’un réassortiment réussi et la libération d’un virus pandémique dans la nature. Mais bon, c’est de la science, c’est de la curiosité, il faut savoir et les travaux présentés ont été réalisés en prenant comme modèle la souris. Parmi les 75 virus fabriqués et présentant l’antigène H5, 22 se sont révélés plus virulents que le H5N1 ayant servi aux réassortiments. Ces 22 souches ont la particularité de posséder le segment PB2 présent dans le virus de la grippe A. Et donc la conclusion est qu’un virus H5N1 faiblement pathogène sur la souris peut le devenir s’il incorpore l’élément Pb2 de la souche humaine (Chenjung Li et al. PNAS,publié en ligne le 22 février 2010).

On retrouve dans l’actualité ce même Kawaoka dont un article sur H5N1 est lui aussi bloqué, comme celui du sulfureux Fouchier à l’origine de cette tempête médiatique concernant la production d’un supervirus. On peut penser que l’intéressé a été assez maladroit en criant sur les toits sa découverte. La concomitance du film Contagion et du blocage de son article ont fait le reste. Mais c’est surtout Paul Keim, le directeur de l’agence de biosécurité américaine, qui a affolé les médias en déclarant que, comparé au virus de Fouchier, l’anthrax ne lui fait même pas peur.

 J’ai fini par trouver quelques informations scientifiques sérieuses, divulguées par Fouchier lui-même dans la revue Scientific American qui a couvert la conférence de Malte début septembre. Fouchier a d’abord fabriqué par des méthodes génétiques un virus H5N1 présentant la capacité de se fixer sur des muqueuses nasales et trachéales. Il a suffit de cinq mutations pour rendre le virus aviaire perméable au système respiratoire. Ce mutant fut testé sur le furet et là, surprise, ou plutôt non, le virus était très peu contagieux. C’est alors que, selon les dires de Fouchier, une personne de son labo lui a conseillé de faire quelque chose de stupide. Il s’agissait d’infecter un furet par le nez, puis une fois malade, de récupérer les sécrétions nasales pour en infecter un second et ainsi de suite. Au bout de dix opérations, le virus était devenu contagieux. Et c’est de là qu’est partie le buzz H5N1. Qui a fini par se solder par une discussion des ministres du GHSI, groupement d’échange d’informations sanitaires réunissant le G7, le Mexique, la Commission européenne et l’OMS représentée par sa présidente M. Chan. Ces messieurs ont réfléchi avec des experts sur l’opportunité de mener ces recherches mais surtout, on soulevé des questions sur la manière de communiquer ce type d’information sensible dans les médias. Quant au virus, certains envisagent de le mettre à l’autoclave.

Et la science dans tout ça ? Ce virus était-il une menace, une sorte de big one pandémique pouvant tuer des millions d’individus ? Cette hypothèse est assez improbable puisque le propre d’un virus contagieux est de se transmettre en jouant de concert avec les systèmes moléculaires de l’hôte. Il n’est pas du tout certain que ce virus soit adapté à l’homme, surtout si l’on prend en compte sa méthode de fabrication assez artificielle, utilisant la main du scientifique plutôt que la main de dame nature. Et c’est d’ailleurs toute la question de l’épistémologie de laboratoire qui ressurgit. Une question que de rares philosophes des sciences ont étudiée, comme Florence Burgat qui évoqua les critiques de Lorenz minimisant l’éthologie lors qu’elle est proche d’une épistémologie de laboratoire ; suivie Marion Thomas dont les travaux portent sur « l’expérimentation dans les sciences du comportement animal, entre pratiques de terrain et de laboratoire, en particulier dans le contexte de la "transformation de la biologie" qui, au tournant du XIXe et du XXe siècle, voit l’épistémologie du laboratoire s’imposer à celle du terrain. En privilégiant deux modèles, celui des sociétés d’insectes et des singes, et à travers deux questions, celle des facultés mentales et de l’organisation des sociétés, cette recherche vise à révéler la dimension anthropocentrique des études sur le comportement animal »

Ce cadre épistémologique peut être transposé dans le contexte de l’étude des virus. La dimension anthropocentrique s’y exerce sur un autre plan, celui de la confusion entre ce que les hommes produisent dans un environnement maîtrisé, contrôlé, et le cours des choses lorsqu’elles se déroulent dans la nature. Pour résumer, le scientifique croit que ce qu’il manipule existe réellement dans la nature. La confusion est édifiante. Ces études ne permettent pas de tirer la moindre conclusion sur ce qui pourrait se produire dans une nature où les virus mutent spontanément et où les animaux n’échangent pas leurs sécrétions nasales. Bref, les supputations sur ce supervirus sont infondées. Les virologues finissent par devenir aussi suspects que les climatologues et les politiques semblent enclins à se servir des craintes virales pour agiter les peurs et asseoir leur pouvoir. Le virologue confus croit reproduire dans un laboratoire la nature, le climatologue confus croit que la terre est comme une pièce dont on peut régler la température. Comme quoi la science n’élargit pas l’esprit, bien au contraire. Et la politique adhère aux visions rétrécissantes. Et donc même verdict que dans mon livre sur la pandémie H1N1, nous vivons dans une époque crépusculaire. La lumière des savoirs est filtrée par des œillères.

 

Source: agoravox

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